Togo : révolution fiscale avec facture électronique certifiée, nouvelles taxes et un budget ambitieux pour booster les recettes


Les points clés :

  • Le budget 2026 du Togo s’équilibre à 2 751,5 milliards FCFA, en forte progression de près de 15 % par rapport à 2025, marquant une ambition accrue de mobilisation interne des ressources.

  • L’introduction de la facture électronique certifiée vise à renforcer la traçabilité des transactions et lutter contre la fraude fiscale, en particulier pour la TVA collectée.

  • De nouvelles mesures fiscales incluent une retenue à la source sur les jeux, des exonérations ciblées, et une taxe à l’exportation sur certaines matières premières agricoles pour stimuler la transformation locale.


Alors que de nombreux pays ouest-africains peinent à mobiliser des recettes internes suffisantes pour financer leurs politiques publiques, le Togo a fait de 2026 une année charnière pour l’innovation fiscale et le renforcement de la gouvernance budgétaire. Le budget de l’État pour 2026 a été définitivement adopté le 29 décembre 2025 par l’Assemblée nationale, s’équilibrant en ressources et en dépenses à 2 751,5 milliards FCFA, soit une progression de 14,8 % par rapport à 2025.

Cette hausse notable du budget reflète une stratégie gouvernementale claire, centrée sur la mobilisation de recettes propres, la consolidation de la croissance économique, et une réponse plus structurée aux besoins sociaux et économiques d’une population jeune et dynamique. Le montant initial présenté en Conseil des ministres était légèrement inférieur, à 2 740,5 milliards FCFA, mais l’ajustement parlementaire final n’a pas altéré l’ambition globale du texte.

Une des innovations les plus importantes de la loi de finances 2026 est l’introduction de la facture électronique certifiée pour toutes les transactions commerciales. Ce mécanisme, déjà en cours de déploiement dans d’autres pays africains comme le Burkina Faso, qui a prévu de lancer un système similaire en janvier 2026, vise à assurer une traçabilité en temps réel des flux économiques, améliorer la collecte de la Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) et réduire les opportunités de fraude ou d’évasion fiscale. En centralisant automatiquement les données des factures, l’administration fiscale est mieux équipée pour vérifier la conformité des entreprises et détecter les comportements d’évitement fiscal.

Outre cette réforme numérique, la loi de finances 2026 introduit des mesures ciblées censées élargir l’assiette fiscale tout en favorisant certains comportements économiques. Parmi ces mesures figure une retenue à la source libératoire de 5 % sur les gains issus des paris et jeux de hasard lorsque le montant par pari dépasse 500 000 FCFA, déjà mise en œuvre. Cette décision permet d’encadrer un segment économique souvent informel, de capter une part des revenus générés et d’augmenter les recettes publiques.

Le gouvernement togolais a également ajusté la fiscalité sur les produits agricoles. Une taxe à l’exportation a été introduite sur certaines matières premières comme les noix de cajou, les graines de soja et les noix de karité. Cette mesure a pour objectif affiché de limiter l’exportation de produits agricoles à l’état brut, encourager leur transformation locale et ainsi accroître la valeur ajoutée nationale plutôt que de se contenter de vendre des matières premières sans transformation.

Sur le plan social, la loi de finances 2026 intègre des dispositions innovantes d’inclusion économique et patrimoniale. Un crédit d’impôt non remboursable de 120 000 FCFA par salarié et par an est accordé aux entreprises qui recrutent des personnes en situation de handicap. Cette mesure vise à encourager l’emploi des personnes vulnérables tout en renforçant l’équité dans le marché du travail. Parallèlement, les marchés publics réservés aux jeunes et aux femmes entrepreneurs bénéficient d’une procédure d’enregistrement simplifiée avec paiement différé des droits d’enregistrement, facilitant leur accès à la commande publique.

La fiscalité patrimoniale n’est pas en reste. Un droit proportionnel de 3,5 % est appliqué sur l’augmentation de valeur lors des demandes de réévaluation d’immeubles, une manière d’adapter la fiscalité aux évolutions du marché immobilier et de capter une part du gain de valeur nette réalisé par les propriétaires, ce qui peut contribuer à la justice fiscale tout en augmentant les recettes.

La mobilisation des recettes repose en grande partie sur l’Office togolais des recettes (OTR), l’administration chargée de la collecte fiscale et douanière, qui a bénéficié de réformes législatives visant à renforcer son efficacité, sa transparence et sa capacité à soutenir la croissance des recettes. Ce renforcement s’inscrit dans des réformes plus larges engagées par le Togo pour moderniser son système fiscal et douanier, augmentant la confiance des opérateurs économiques et des partenaires.

Les innovations fiscales ne se développent pas dans un vide. Elles s’inscrivent dans une logique régionale où plusieurs pays ouest-africains explorent aussi l’introduction de systèmes de facturation électronique certifiée pour améliorer la collecte et réduire la fraude. Le Burkina Faso, par exemple, a annoncé le déploiement de son propre système en début 2026.

Pourquoi est-ce important ?

La loi de finances 2026 du Togo n’est pas simplement un instrument budgétaire annuel : elle annonce un changement de paradigme dans la gestion fiscale et la mobilisation des ressources internes, élément central de la souveraineté économique nationale. Dans un contexte régional où la pression externe (volatilité des marchés, contraintes budgétaires, besoins sociaux croissants) reste élevée, la capacité à tirer davantage de recettes propres sans dépendre excessivement des financements externes est un levier de stabilité et de développement durable.

L’introduction de la facture électronique certifiée est particulièrement significative : elle modernise l’administration fiscale et rapproche le Togo des meilleures pratiques internationales en matière de transparence et de collecte de l’impôt. Cela peut réduire durablement les pertes liées à la fraude à la TVA, un phénomène répandu dans plusieurs économies africaines, tout en améliorant la capacité de l’État à financer des services publics essentiels.

De plus, la focalisation sur la transformation locale des produits agricoles via des taxes incitatives témoigne d’une volonté de renforcer les chaînes de valeur nationales plutôt que de rester dépendant des exportations de matières premières brutes. Cette orientation est cohérente avec les objectifs d’industrialisation et de création d’emplois durables.

Sur le plan social, les incitations fiscales pour l’emploi des personnes handicapées et la facilitation de l’accès aux marchés publics pour les jeunes et les femmes entrepreneurs signalent une vision qui intègre croissance économique et inclusion sociale.

Pour l’économie ouest-africaine, ces mesures renforcent la dynamique de mobilisation des recettes internes, ce qui est crucial dans une région confrontée à des défis communs tels que l’élargissement de la base fiscale, la lutte contre la fraude, et l’adaptation aux transformations économiques mondiales. Si le Togo parvient à mettre en œuvre efficacement ces innovations, il pourrait devenir un modèle régional de réforme fiscale et de gestion budgétaire innovante, inspirant d’autres nations de la CEDEAO à suivre une voie similaire de mobilisation durable des ressources publiques.

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