Semoa décroche l’agrément BCEAO « full service »
Les points clés :
Semoa obtient l’agrément de niveau 3 de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), devenant ainsi le premier établissement de paiement “full service” togolais.
La fintech a traité plus de 4 millions de transactions pour plus de 161 millions d’euros de flux depuis sa création en 2016.
Cet agrément permet désormais à Semoa d’offrir tous les services de paiement, y compris les transferts d’argent et opérations transfrontalières.
Dans un climat économique ouest-africain en pleine mutation, marqué par la digitalisation accélérée des services financiers et des réformes réglementaires importantes, l’octroi par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) d’un agrément de niveau 3 à Semoa Group représente une étape décisive pour l’écosystème fintech de la région. Officiellement annoncé le 27 janvier 2026, ce statut de prestataire de services de paiement “full service” confère à cette startup togolaise l’autorisation d’opérer pleinement dans l’espace de l’Union monétaire ouest-africaine (UEMOA) en proposant l’ensemble des services liés aux paiements numériques, y compris les transferts monétaires et les opérations transfrontalières, un niveau de licence jusque-là inédit pour une fintech originaire du Togo.
Fondée en 2016 par l’ingénieur togolais Edem Adjamagbo, Semoa s’est rapidement imposée comme un acteur innovant dans la digitalisation des paiements. Dès ses premières années, la startup a été distinguée internationalement, remportant notamment le prix de « Startup of the Year » lors d’un événement à Casablanca en 2018, ce qui a contribué à asseoir sa réputation dans l’écosystème africain des technologies financières.
L’histoire de Semoa est aussi celle d’une progression graduelle vers la conformité réglementaire et l’expansion régionale. Au fil des années, l’entreprise a signé plus de 330 partenariats avec des institutions publiques et privées et collaboré avec plus d’une vingtaine d’institutions financières majeures, telles qu’Ecobank, Orabank ou Cofina. Ces alliances ont permis de renforcer sa présence dans l’UEMOA et de poser les fondations d’une expansion hors du Togo, avec des filiales établies au Bénin, en Guinée, en Côte d’Ivoire et au Sénégal.
Sur le plan des produits et services, Semoa a développé une suite de solutions numériques adaptées aux besoins de différents segments de clients. Parmi celles-ci, WhatsApp Banking permet aux utilisateurs d’effectuer des opérations financières sans se déplacer, utilisant un canal de communication populaire sur le continent, une approche qui a convaincu près de 300 000 utilisateurs au Togo à ce jour. La fintech propose également Semoa Pro, une solution d’interopérabilité des paiements conçue pour les entreprises et les institutions, et CashPay, une plateforme centralisée pour agréger divers moyens de paiement, ainsi qu’un système sécurisé de gestion de vouchers et timbres fiscaux sécurisés.
Depuis sa création, Semoa a traité plus de 4 millions de transactions, représentant plus de 161 millions d’euros de flux, avec plus de 552 000 bénéficiaires au total. Ces chiffres témoignent non seulement de la croissance soutenue de l’entreprise mais aussi de l’appétit croissant pour les solutions de paiement numérique dans les économies ouest-africaines en transition vers des modèles économiques plus inclusifs et numériques.
L’agrément de niveau 3, attribué par la BCEAO, est particulièrement significatif dans le contexte des récentes réformes réglementaires qui visent à structurer davantage le marché des paiements numériques dans la région. En 2024, la BCEAO avait instauré une nouvelle instruction exigeant que les prestataires de services de paiement obtiennent une licence formelle pour opérer légalement dans l’espace UEMOA, avec des exigences de capital et de conformité renforcées.
Cette évolution s’inscrit dans une stratégie plus large de la Banque centrale pour promouvoir la digitalisation des services financiers, améliorer la sécurité des transactions et stimuler l’inclusion financière, en particulier dans un contexte où les fintechs représentent une part significative des acteurs innovants dans le domaine des paiements au sein de l’Union. Le rapport annuel 2023 de la BCEAO souligne l’importance de ces initiatives, notant la multiplication des fintechs enregistrées dans la région et l’élaboration de stratégies pour promouvoir l’innovation fintech dans l’UEMOA.
Semoa n’est pas seule dans cette dynamique : d’autres fintechs telles que Julaya ont également obtenu des licences d’établissements de paiement dans la région, ce qui reflète l’élargissement progressif du paysage réglementé des services de paiement numérique au sein de l’espace monétaire ouest-africain.
Pourquoi est-ce important ?
L’octroi de l’agrément « full service » à Semoa par la BCEAO est un jalon stratégique pour l’écosystème fintech ouest-africain, avec des implications économiques et sociales profondes. D’une part, cette reconnaissance institutionnelle renforce la confiance des investisseurs, des institutions financières et des utilisateurs finaux dans les solutions de paiement numérique régionales, un élément essentiel pour attirer davantage de capitaux, stimuler l’adoption technologique et soutenir la croissance des économies locales.
D’autre part, l’autorisation de proposer des services transfrontaliers positionne Semoa comme un acteur clé de l’intégration économique régionale, facilitant les échanges commerciaux, les transferts de fonds et les paiements interentreprises à travers l’UEMOA. Dans un contexte où les économies ouest-africaines cherchent à réduire les frictions liées aux paiements traditionnels et à favoriser l’inclusion financière, la capacité de Semoa à opérer à grande échelle apporte une réponse concrète aux besoins des consommateurs et des entreprises qui sont souvent exclus des services bancaires classiques.
Enfin, cette avancée soulève l’ambition d’un modèle fintech africain et panafricain, où des entreprises locales peuvent rivaliser avec des acteurs internationaux tout en proposant des services adaptés aux réalités socio-économiques du continent. L’expérience de Semoa illustre que, avec un cadre réglementaire favorable et une vision stratégique, les fintechs africaines peuvent devenir des moteurs de transformation économique, stimulant l’innovation, la compétitivité et l’accès aux services financiers pour des millions de citoyens à travers l’Afrique de l’Ouest.