L’or artisanal révolutionne l’économie minière en Afrique de l’Ouest

Les points clés :

  • Les mines artisanales d’or d’Afrique de l’Ouest représentent désormais une part significative de la production nationale, transformant un secteur historiquement informel en moteur économique.

  • La formalisation, appuyée par des réformes institutionnelles comme le GoldBod au Ghana ou la structuration étatique au Burkina Faso, a permis des exportations massives et des recettes record.

  • Ces transformations soulignent le rôle stratégique croissant de l’or artisanal, tout en mettant en lumière des défis persistants tels que la traçabilité, le smuggling et la durabilité.


Dans les profondeurs des zones rurales d’Afrique de l’Ouest, là où naguère l’exploitation aurifère artisanale (Artisanal and Small-Scale Mining, ASM) était assimilée à une économie de subsistance, s’opère aujourd’hui une révolution silencieuse mais systémique. Longtemps relégué au rang de « maillon faible » des filières minières, ce segment génère désormais des volumes et des recettes qui rivalisent avec ceux des grandes exploitations industrielles, transformant le visage du secteur minier régional.

Le Burkina Faso, par exemple, a franchi une étape historique en 2025 : le pays a produit une quantité record d’or, dépassant les 94 tonnes sur l’année, soit environ 30 tonnes de plus qu’en 2024, grâce à une forte contribution des mineurs artisanaux. Sur ce total, près de 42 tonnes proviennent du secteur artisanal, qui auparavant n’était qu’un acteur marginal. Cette performance inédite, confirmée par des données officielles burkinabè, illustre l’impact des réformes promues par l’État, notamment la création et l’opérationnalisation d’une structure publique dédiée à la structuration et à l’achat de l’or artisanal et semi-mécanisé.

Au Ghana, l’évolution est tout aussi significative. La mise en place, depuis le 1ᵉʳ mai 2025, de la Ghana Gold Board (GoldBod) comme unique acheteur et exportateur de l’or produit par les petits exploitants a bouleversé la logique de l’ASM dans ce pays. Grâce à ce cadre, 41,5 tonnes d’or artisanal évaluées à environ 4 milliards de dollars ont été exportées entre février et mai 2025, marquant un record et confirmant la viabilité d’une approche intégrée et réglementée.

Ces réformes symbolisent une rupture majeure : là où l’or artisanal était jadis considéré comme informel, difficile à monitorer et souvent associé à des circuits opaques, il est progressivement intégré dans les canaux légaux de production, de commercialisation et d’exportation. L’objectif est clair : maximiser les recettes fiscales, assurer une meilleure traçabilité et professionnaliser une activité qui emploie des millions d’acteurs ruraux.

Cette transformation est d’autant plus notable qu’elle s’opère dans un contexte où l’Afrique fournit une part substantielle de la production mondiale d’or, exploitant des réserves qui représentent environ 30 % des réserves mondiales selon les données récentes du World Gold Council. Pourtant, malgré cet atout, une grande partie de la valeur générée par ce métal a souvent échappé aux États africains à cause de l’absence de régulation, de fraudes et de circuits informels.

Les réformes institutionnelles observées à Accra et à Ouagadougou cherchent justement à corriger cette situation. Au Ghana, la disparition progressive des intermédiaires non autorisés et la centralisation des achats autour du GoldBod ont permis à l’ASM de dépasser pour la première fois la production des grandes compagnies minières dans certaines périodes de 2025, illustrant ainsi la capacité de l’artisanal à générer des volumes comparables à ceux de l’industrie.

Au Burkina Faso, l’intégration de l’artisanal via des mesures étatiques efficaces a également rendu possible un bond de la production nationale, qui a servi de levier à une augmentation historique des recettes budgétaires, estimées à plus de 776 milliards FCFA en 2025. Cette manne provient de la combinaison d’une plus forte production nationale et d’une collecte plus rigoureuse grâce à la formalisation des circuits.

Cependant, cette transformation ne se fait pas sans défi : la persistance du smuggling, malgré les efforts de formalisation, reste un problème majeur. Par exemple, une analyse de l’ONG Swissaid rapportait qu’entre 2019 et 2023, le Ghana aurait perdu quelque 11,4 milliards USD à cause de l’or artisanal non déclaré, souvent expédié via des circuits informels vers des hubs comme les Émirats arabes unis. Cette réalité souligne que, malgré les réformes, une partie substantielle de l’activité reste difficile à capturer dans les statistiques officielles.

Pour d’autres pays de la région, comme le Mali ou la Côte d’Ivoire, des données mettent également en évidence une production artisanale significative, bien que souvent insuffisamment documentée ou encadrée pour figurer pleinement dans les bilans nationaux. Ces pistes laissent entrevoir un potentiel sous-exploré que la région pourrait exploiter davantage à travers des politiques publiques plus intégrées et des mécanismes de traçabilité robustes.

Pourquoi est-ce important ?

L’émergence de l’or artisanal comme composante stratégique du secteur minier ouest-africain redéfinit la manière dont les économies locales peuvent mobiliser leurs ressources naturelles pour soutenir le développement. Là où l’informel prédominait, la formalisation permet désormais de transformer des activités jadis opaques en contributions directes aux recettes publiques, à l’emploi rural et à l’intégration des acteurs locaux dans les chaînes de valeur légales.

Sur le plan macroéconomique, une production aurifère plus intégrée et transparente renforce la balance commerciale, stabilise les devises et fournit des ressources budgétaires essentielles pour financer des projets sociaux et infrastructurels, comme l’a illustré le record des recettes au Burkina Faso en 2025. À l’échelle régionale, l’évolution positive de l’ASM traduit une capacité accrue des États à capter davantage la valeur ajoutée de leurs ressources, contribuant à réduire la dépendance à l’égard des exportations de matières premières non transformées.

Pour les populations locales, cette dynamique offre des perspectives d’emplois structurés et d’accès à des marchés formels, réduisant la vulnérabilité associée à l’informalité. Enfin, les efforts de traçabilité et de régulation peuvent contribuer à limiter les impacts négatifs de l’exploitation artisanale, comme le travail non déclaré ou le financement de réseaux illicites, tout en soutenant des pratiques plus durables et responsables.

Dans un contexte où les prix de l’or restent soutenus sur les marchés internationaux, l’optimisation de la filière artisanale représente un levier crucial de croissance inclusive et de souveraineté économique pour l’Afrique de l’Ouest.

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