Vers un référentiel Bio-SPG au Togo : un tournant pour la certification et la compétitivité de l’agriculture biologique

Les points clés :

  • Un référentiel national de production biologique est en cours de validation à Lomé pour encadrer la filière bio togolaise.

  • Ce document, élaboré avec l’appui de l’ANABIO-Togo et de la coopération allemande (GIZ), vise à faciliter l’accès à la certification biologique.

  • Le référentiel devrait renforcer la compétitivité des produits bio locaux sur les marchés nationaux et internationaux.


Sous l’ombre des enjeux agricoles contemporains, le Togo amorce une étape stratégique dans la structuration de son agriculture biologique en élaborant un référentiel national destiné à encadrer et certifier la production bio. Cette initiative marque une avancée importante pour un segment agricole en pleine croissance et qui, jusque-là, dépendait majoritairement de certifications internationales tout en cherchant à consolider son identité locale.

Depuis le mardi 3 février 2026, un atelier de validation se tient à Lomé sous l’égide de l’Association Nationale de l’Agriculture Biologique au Togo (ANABIO-Togo) en partenariat avec la coopération allemande à travers la GIZ, dans le cadre du projet AgSys (Systèmes et politiques agricoles durables).
Les travaux visent à finaliser un référentiel Bio-SPG qui fixera des normes locales de production et de commercialisation des produits biologiques. Selon Dr Combé K. Sélom Anani, président de l’ANABIO-Togo, cet engagement a commencé dès 2020 pour élaborer un cadre défini avec les acteurs de terrain, y compris les producteurs et exploitations agroécologiques.

Actuellement, la certification biologique au Togo repose principalement sur des organismes internationaux accrédités, comme Ecocert ou Control Union, qui appliquent des standards tels que EU Organic Regulation ou la norme USDA Organic pour les marchés externes.
Cette réalité signifie que, sans un référentiel local, les producteurs doivent souvent se conformer à des organismes tiers pour apparaître comme « bio ». Cela introduit des coûts supplémentaires, des contraintes logistiques et parfois des obstacles pour de nombreux agriculteurs ruraux.

Le référentiel en cours de validation devrait intégrer non seulement les exigences de production biologique végétale et animale, mais aussi des cadres de gouvernance, de traçabilité et de conformité adaptés au contexte togolais. Selon Dr Essot’na Héyou Bodjona, directeur général de l’Agence Togolaise de Normalisation (ATN), le document rassemblera ces exigences afin d’anticiper une certification plus accessible et localisée.

Cette démarche découle d’une dynamique qui s’est construite sur plusieurs années. Des ateliers et échanges antérieurs ont eu lieu dans diverses localités du pays, notamment à Atakpamé, Kpalimé et Sokodé, réunissant producteurs, transformateurs, ONG, et acteurs étatiques.
Elle reflète aussi l’ambition de développer une norme reconnue localement mais compatible avec les certifications internationales, répondant aux besoins d’un secteur qui, historiquement, dépendait de labels extérieurs pour valider la qualité biologique de ses produits.

Le Bio-SPG a déjà une existence pratique dans certaines filières. Par exemple, certaines entreprises togolaises comme Label d’Or Togo ou ALL BIO Togo travaillent depuis plusieurs années avec des certifications internationales et des systèmes de production biologique conformes aux standards mondiaux, notamment pour des produits comme le soja, l’ananas, la papaye et d’autres cultures destinées à l’exportation vers l’Union européenne.
Cependant, l’absence d’un référentiel national uniforme rendait jusqu’ici difficile l’harmonisation de ces initiatives au bénéfice de petits producteurs et d’initiatives locales plus modestes.

La consolidation d’un référentiel bio togolais intervient dans un contexte international où les normes de certification deviennent plus strictes et complexes. Par exemple, les nouvelles exigences européennes et américaines poussent les filières à renforcer la traçabilité et la qualité pour maintenir leur accès à des marchés haut de gamme.
Dans ce cadre, une norme nationale reconnue pourrait faciliter la mise en conformité des petits producteurs, améliorer leur compétitivité et réduire les contraintes financières liées à l’obtention répétée de certifications étrangères.

L’effort de structuration s’inscrit aussi dans un mouvement plus large, où les acteurs agricoles cherchent à y associer la transition agroécologique, un modèle qui met l’accent sur des pratiques durables, la préservation de la biodiversité, et l’adaptation aux changements climatiques.

Pourquoi est-ce important ?

La validation d’un référentiel national pour la production biologique au Togo constitue une étape clé pour la consolidation de la filière bio, qui a montré un fort potentiel économique et environnemental ces dernières années. D’une part, un cadre normatif local renforce l’inclusion des petits producteurs ruraux dans les circuits certifiés, leur permettant de bénéficier de labels fiables sans dépendre exclusivement de coûteuses certifications internationales. Cela peut également encourager les consommateurs locaux à favoriser les produits bio locaux, en augmentant la demande intérieure tout en réduisant la dépendance aux importations.

D’autre part, la certification biologique est un levier de compétitivité sur les marchés internationaux. Le Togo, déjà classé parmi les acteurs africains notables dans l’exportation de produits biologiques, pourrait mieux structurer son offre et renforcer son positionnement face aux nouvelles exigences réglementaires et commerciales imposées par l’Union européenne ou les États-Unis.

Enfin, ce référentiel s’inscrit dans une dynamique de développement durable et d’agroécologie qui répond à des enjeux cruciaux pour l’avenir du continent : adaptation aux changements climatiques, préservation des sols et des ressources naturelles, amélioration des revenus agricoles et insertion des jeunes dans des filières porteuses. En dotant le secteur biologique d’un cadre normatif solide, le Togo se positionne pour attirer plus d’investissements, structurer ses filières et participer plus activement à l’économie verte régionale et mondiale.

En somme, la création d’un référentiel Bio-SPG national est plus qu’un simple outil réglementaire : c’est une pierre angulaire pour garantir qualité, crédibilité, et opportunités économiques durables pour les acteurs de l’agriculture biologique togolais, tout en contribuant à relever les défis économiques, environnementaux et sociaux du pays et de la région.

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