Inégalités économiques en Afrique : Quatre milliardaires plus riches que 750 millions d’Africains
Un fossé vertigineux dans la répartition de la richesse africaine (Crédit image : HCR/S.Schulman)
Les points clés :
L’Afrique profonde compte 750 millions de personnes ayant moins de richesse que quatre milliardaires.
Ces super-riches, Aliko Dangote, Johann Rupert, Nicky Oppenheimer et Nassef Sawiris, détiennent collectivement 57,4 milliards $.
Le fossé se creuse : les 5 % les plus riches possèdent près de 4 000 milliards $, plus du double du reste du continent.
Un fossé vertigineux dans la répartition de la richesse africaine
Le nouveau rapport d’Oxfam, publié le 9 juillet, révèle une inégalité choquante : seulement quatre milliardaires africains détiennent plus de richesse que la moitié de la population du continent, soit environ 750 millions de personnes. Ces quatre figures dominantes rassemblent 57,4 milliards de dollars, tandis que les 5 % les plus riches d’Afrique concentrent près de 4 000 milliards, surpassant le reste des citoyens africains . Cette concentration extrême s’est intensifiée : en 2000, l’Afrique ne comptait aucun milliardaire, aujourd’hui ils sont 23, cumulant 112,6 milliards, soit +56 % en cinq ans.
Dans le détail, Aliko Dangote, l’industriel nigérian, mène le peloton avec 23,4 milliards $, suivi des Sud-Africains Johann Rupert (14,6 milliards $) et Nicky Oppenheimer (10,5 milliards $), puis de l’Égyptien Nassef Sawiris (9,6 milliards $). Ces fortunes dépassent le PIB nominal de plusieurs pays subsahariens, comme le Mali ou Liberia.
Mécanismes d’injustice structurelle
Oxfam attribue cette accumulation à des politiques fiscales injustes, à la dérégulation économique et aux politiques d’austérité imposées par des institutions internationales. Les gouvernements africains prélèvent en moyenne seulement 0,3 % du PIB via les taxes sur la fortune, soit très en-deçà d’autres régions (Asie 0,6 %, Amérique latine 0,9 %, OCDE 1,8 %). Parallèlement, l’essentiel des recettes fiscales provient de la TVA, renchérissant la pression sur les ménages modestes.
Le rapport d’Oxfam montre également que 94 % des pays africains ayant des prêts du FMI et de la Banque mondiale ont réduit les budgets sociaux entre 2023 et 2024. En parallèle, des flux financiers illicites continuent d’affaiblir les économies locales.
Conséquences économiques et démocratiques
À mesure que les ultra-riches s’enrichissent, la pauvreté et l’insécurité alimentaire s’aggravent : 70 % des personnes en extrême pauvreté vivent en Afrique, et près de 850 millions souffrent d’insécurité alimentaire, soit 20 millions de plus depuis 2022. Cette inégalité croissante compromet les systèmes démocratiques, minant la crédibilité des institutions publiques et renforçant la pression politique pour des réformes + inclusives.
Oxfam préconise une réforme fiscale ambitieuse : une surtaxe de 1 % sur la fortune et de 10 % sur les revenus des 1 % les plus riches permettrait de générer 66 milliards $ par an, assez pour financer l’éducation gratuite et l’électrification universelle. L’organisation appelle également à la lutte contre les flux financiers illicites et à la répression des paradis fiscaux.
Certaines avancées méritent d’être saluées : le Maroc taxe la propriété foncière tandis que l’Afrique du Sud a revu ses impôts sur le capital, et le Kenya a récemment triplé la taxe sur les gains en capital, générant 64 millions $ par an . Ces exemples montrent une volonté politique possible de corriger les déséquilibres.
Pourquoi est-ce important ?
La concentration extrême de richesse en Afrique n’est pas seulement un sujet statistique, mais un enjeu structurel. Elle freine la croissance inclusive, intensifie la pauvreté et fragilise l’État de droit : l’accaparement des ressources par une minorité empêche le financement des services essentiels. L’impact sur l’économie ouest-africaine est concret : l’accès limité à l’éducation et à l’énergie handicape la productivité, et accentue les migrations.
Les pays conscients de cette réalité, comme le Maroc ou l’Afrique du Sud, montrent la voie en améliorant leur fiscalité et en réinvestissant dans le développement humain. Le Togo, comme d’autres nations de la région, pourrait s’inspirer de ces modèles en renforçant sa fiscalité progressive, en luttant contre les flux illicites et en se dotant d’un système fiscal plus équitable pour financer ses politiques publiques et accélérer la croissance inclusive.
L’Oxfam rappelle que la richesse existe : elle doit être partagée. Sans action, le fossé entre minorité riche et majorité démunie continuera de compromettre toute ambition de développement durable en Afrique de l’Ouest, menaçant la stabilité sociale et la cohésion régionale. Actions concrètes, volonté politique et solidarité fiscale restent les leviers d’une transformation réelle.