Afrique francophone : la BAD et l’OIF s’allient pour former les jeunes aux métiers du numérique dans cinq pays
26 juin 2026

Afrique francophone : la BAD et l’OIF s’allient pour former les jeunes aux métiers du numérique dans cinq pays

Par Timothée Adjogla

Les points clés :

  • L’Afrique francophone accélère sa transition numérique grâce à un nouveau partenariat entre la Banque africaine de développement (BAD) et l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).
  • Le programme ciblera dans un premier temps cinq pays avec des formations en intelligence artificielle, cybersécurité, développement web et analyse de données.
  • L’objectif est de renforcer l’employabilité des jeunes et des femmes tout en stimulant l’innovation et l’entrepreneuriat numérique sur le continent.

Le partenariat entre la Banque africaine de développement (BAD) et l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) ouvre une nouvelle étape dans la stratégie de transformation numérique du continent africain. Signé le 24 juin 2026 à Paris par le président de la BAD, le Dr Sidi Ould Tah, et la secrétaire générale de l’OIF, Louise Mushikiwabo, cet accord vise à répondre à l’un des plus grands défis économiques de l’Afrique : créer suffisamment d’emplois qualifiés pour une jeunesse en forte croissance tout en préparant les économies africaines aux mutations de la révolution numérique.

Le programme sera déployé dans une première phase pilote de douze à vingt-quatre mois au Bénin, au Cameroun, en Guinée, en République démocratique du Congo et à Madagascar. Les bénéficiaires recevront des formations dans des métiers à forte valeur ajoutée comme le développement web et mobile, la cybersécurité, l'intelligence artificielle et l'analyse de données. Au-delà des compétences techniques, l'accord prévoit également des parcours d'accompagnement à l'entrepreneuriat, des stages en entreprise, des activités de prototypage ainsi que des partenariats avec des incubateurs et accélérateurs locaux afin de faciliter l'insertion professionnelle. 

Cette initiative intervient dans un contexte où l'économie numérique devient progressivement un moteur essentiel de croissance en Afrique. Selon la BAD, près de 420 millions de jeunes âgés de 15 à 35 ans vivent aujourd'hui sur le continent, un chiffre qui pourrait pratiquement doubler d'ici le milieu du siècle. Pourtant, chaque année, entre 10 et 12 millions de jeunes arrivent sur le marché du travail africain alors que seulement environ 3,1 millions d'emplois formels sont créés. Ce déséquilibre structurel explique pourquoi les institutions africaines cherchent désormais à faire du numérique un puissant levier de création d'emplois et de nouvelles entreprises.

Pour la BAD, cette stratégie s'inscrit pleinement dans la vision portée par son nouveau président autour des « Quatre points cardinaux », dont l'un consiste précisément à transformer le dividende démographique africain en moteur de croissance économique. L'idée est simple : plutôt que de considérer la jeunesse comme un défi social, elle doit devenir un avantage compétitif grâce à l'investissement massif dans les compétences numériques, l'innovation et l'entrepreneuriat. 

L'accord signé avec l'OIF ne part pas d'une feuille blanche. Depuis plusieurs années, l'organisation francophone développe déjà le programme D-CLIC destiné à former les jeunes aux métiers du numérique dans plusieurs pays francophones. Selon l'OIF, près de 19 000 jeunes ont déjà bénéficié de ces formations dans l'espace francophone, créant ainsi une base solide sur laquelle le nouveau partenariat avec la BAD pourra s'appuyer pour changer d'échelle.

L'approche retenue dépasse largement le simple cadre de la formation professionnelle. Les deux institutions souhaitent créer de véritables écosystèmes d'innovation capables de générer durablement des emplois. Les autorités nationales, les universités, les centres de formation et les acteurs privés seront directement associés afin d'adapter les contenus aux besoins spécifiques des économies locales. Cette logique d'appropriation nationale devrait permettre une meilleure pérennité des programmes et éviter les écueils observés dans certains projets de coopération internationale.

L'accent mis sur les femmes constitue également l'un des axes majeurs du partenariat. Les secteurs technologiques restent encore largement masculins dans plusieurs pays africains. En renforçant l'accès des jeunes femmes aux métiers du numérique, la BAD et l'OIF espèrent réduire les inégalités sur le marché du travail tout en augmentant le potentiel d'innovation des économies concernées. Les études internationales montrent en effet que la diversification des profils dans les secteurs technologiques favorise la créativité, la compétitivité et la croissance des entreprises.

Au-delà des formations, les deux organisations souhaitent également faciliter la mobilisation de nouveaux financements publics et privés. L'OIF présente d'ailleurs cette convention comme la première concrétisation d'une stratégie plus large visant à attirer des financements innovants en faveur de projets francophones à fort impact économique et social. Les partenariats public-privé, les investisseurs spécialisés et les fonds dédiés à l'innovation devraient ainsi être davantage sollicités dans les prochaines phases du programme.

Pour les cinq pays retenus, les retombées pourraient dépasser le seul secteur numérique. Une main-d'œuvre mieux formée facilite l'implantation d'entreprises internationales, stimule l'essor des start-up locales, améliore la compétitivité des PME et accélère la digitalisation des administrations publiques. Dans un contexte où la transformation numérique touche désormais la finance, l'agriculture, la santé, l'éducation et les services publics, disposer de compétences locales devient un enjeu majeur de souveraineté économique.

Cette initiative s'inscrit également dans la dynamique de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), qui ambitionne de créer un vaste marché intégré. Des compétences numériques harmonisées entre plusieurs pays pourraient favoriser la circulation des talents, l'émergence d'entreprises technologiques régionales et l'intégration des chaînes de valeur numériques africaines.

Pourquoi est-ce important ?

Ce partenariat entre la BAD et l'OIF dépasse largement le cadre d'un simple programme de formation. Il traduit une évolution des politiques de développement africaines, qui misent désormais sur le capital humain, les compétences numériques et l'innovation comme moteurs de croissance. Dans un continent confronté à une forte pression démographique et à un déficit chronique d'emplois formels, investir dans les métiers du numérique apparaît comme une réponse stratégique pour améliorer l'employabilité des jeunes, soutenir la création d'entreprises et renforcer la compétitivité des économies africaines. Si la phase pilote produit les résultats attendus, elle pourrait servir de modèle pour une généralisation à l'ensemble de l'espace francophone, contribuant ainsi à faire du numérique l'un des principaux leviers de transformation économique du continent.

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