Agro-industrie : Le Togo face au défi de la transformation et des cours mondiaux
29 septembre 2026

Agro-industrie : Le Togo face au défi de la transformation et des cours mondiaux

Par Timothée Adjogla

Les points clés :

  • Portées par le cacao et le coton, les exportations agricoles togolaises ont progressé pour atteindre 176,2 milliards FCFA en 2024.
  • La campagne 2025-2026 subit un coup de frein marqué sur le café-cacao en raison du repli des cours mondiaux et des tensions de commercialisation.
  • Le Togo accélère la transformation locale au sein de la Plateforme industrielle d'Adétikopé en imposant une taxe sur l'exportation des matières brutes.

 


 

Entre 2020 et 2024, le commerce extérieur agricole du Togo a franchi un palier quantitatif majeur. Selon les séries statistiques de la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO), la valeur des expéditions de produits agricoles s’est hissée de 122,5 milliards à 176,2 milliards FCFA. Ce saut de performance s'explique en grande partie par le comportement très dynamique du cacao et du coton-fibre, venus compenser la baisse d'orientation constatée sur certains produits végétaux tels que le soja.

De l'envolée des cours du cacao au brutal retournement de 2026

Au cours de la période récente, le cacao a servi de principal moteur aux recettes d’exportation togolaises. Les flux financiers générés par la fève ont quadruplé entre 2023 et 2024, passant de 16,7 milliards à 54,1 milliards FCFA pour un volume expédié de 21 017 tonnes. Cette trajectoire ascendante s’est d’abord prolongée lors de la campagne 2024-2025, durant laquelle le pays a exporté 24 000 tonnes de cacao et 4 400 tonnes de café.

Cependant, l'exercice commercial 2025-2026 s'est heurté à un brutal inversement de conjoncture. En dépit d’une production physique en hausse continue, ressortie à 23 084 tonnes de cacao et 30 472 tonnes de café, la baisse des cours mondiaux et la rigidité des réseaux d’achats ont provoqué une chute des exportations de 62,9 % pour le cacao (8 900 tonnes) et de 40,9 % pour le café (2 600 tonnes). Ce décalage a laissé un stock invendu d'environ 1 500 tonnes au démarrage de l'année 2026.

Afin de préserver cette filière qui représente 1,2 % du produit intérieur brut national et fait vivre près de 32 000 exploitations familiales, les autorités ont renforcé les investissements qualitatifs. Un premier centre de traitement post-récolte d’excellence a été mis en service à Kessibo-Abréwankor pour un coût de 160 millions FCFA, secondé par une infrastructure similaire à Mpoti et par la régénération de 705 hectares de plantations au moyen de 940 000 jeunes plants.

La relance du coton et le tournant industriel d'Adétikopé

Du côté du coton-fibre, la dynamique d’activité s’est redressée de manière spectaculaire, générant 31,4 milliards FCFA de recettes en 2024, soit une progression de 64 % sur un an. Portée par un engagement public de 5,8 milliards FCFA en subventions d’engrais et plus de 115 980 hectares emblavés au milieu de l'année 2026, la filière vise une production de 80 000 tonnes pour la campagne 2025-2026 puis de 105 000 tonnes à l'horizon 2026-2027.

Concernant les oléagineux (soja, anacarde, karité), la stratégie nationale s'est déplacée du simple négoce brut vers l'industrialisation locale. Pour décourager la sortie des matières premières non transformées, une taxe à l’exportation sur les produits bruts est entrée en vigueur en janvier 2026. Cette orientation a trouvé sa première concrétisation industrielle à la Plateforme industrielle d'Adétikopé (PIA), d'où sont parties en septembre 2026 les premières cargaisons de beurre de karité transformé. Pour préserver les marges des producteurs face à un environnement international complexe, marqué notamment par les surtaxes douanières américaines de 10 % instaurées en 2025, l'État a déployé un accompagnement financier de 170 millions FCFA couplé à un programme de mécanisation.

Pourquoi est-ce important ?

La trajectoire des exportations agricoles togolaises résume le grand arbitrage économique auquel font face les pays producteurs d’Afrique de l’Ouest. La vulnérabilité constatée lors de la campagne cacao 2025-2026 démontre qu’une hausse des volumes physiques reste insuffisante pour sécuriser les revenus nationaux tant que les cours sont fixés sur les marchés financiers internationaux.

L'imposition de la taxe sur l'exportation des matières brutes et le démarrage des expéditions de produits transformés depuis la PIA marquent une rupture structurelle. Si le Togo réussit le pari de la transformation locale du karité, du soja et du coton, le pays parviendra à capter davantage de valeur ajoutée, à se protéger de la volatilité des matières premières et à créer des emplois industriels durables.

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