Burkina Faso : la bonne mobilisation des recettes ouvre la voie à 1 579,79 milliards FCFA d’investissements publics
29 septembre 2026

Burkina Faso : la bonne mobilisation des recettes ouvre la voie à 1 579,79 milliards FCFA d’investissements publics

Par Timothée Adjogla

Les points clés :

  • 1 972,85 milliards de FCFA de recettes ont été mobilisés au premier semestre 2026.

  • Le budget rectificatif porte les recettes à 3 728 milliards et les dépenses à 4 215 milliards de FCFA.

  • 1 579,79 milliards de FCFA sont désormais destinés aux investissements exécutés par l’État.

 

Le Burkina Faso revoit à la hausse ses ambitions budgétaires. Réunie en séance plénière le 23 septembre 2026, l’Assemblée législative du Peuple (ALP) a adopté la loi de finances rectificative pour l’exercice 2026, ouvrant de nouvelles marges de manœuvre à l’État grâce à une mobilisation des recettes jugée supérieure aux prévisions. Le gouvernement entend convertir cette amélioration des ressources en investissements, notamment dans les infrastructures et les projets inscrits au Plan RELANCE 2026-2030.

Adopté le 27 décembre 2025, le budget initial prévoyait 3 431,5 milliards de FCFA de recettes pour 3 918,3 milliards de FCFA de dépenses. Avec le collectif budgétaire, les recettes sont portées à 3 728 milliards de FCFA, contre 4 215 milliards de FCFA de dépenses. Le gouvernement maintient ainsi un déficit budgétaire global de 486,76 milliards de FCFA, soit 2,6 % du PIB nominal. Les données du Conseil des ministres du 23 juillet 2026 font état de montants plus précis de 3 728 526 588 000 FCFA en recettes et de 4 215 289 001 000 FCFA en dépenses, contre respectivement 3 431 526 595 000 FCFA et 3 918 289 008 000 FCFA dans la loi de finances initiale.

Cette révision s’appuie d’abord sur les performances enregistrées au premier semestre. Au 30 juin, le Burkina Faso avait mobilisé 1 972,85 milliards de FCFA de recettes, tandis que les dépenses exécutées s’établissaient à 1 853,44 milliards de FCFA, soit un taux d’exécution global de 47,30 %. La dynamique des recettes permet ainsi au gouvernement de revoir à la hausse ses capacités d’intervention pour le reste de l’exercice.

Le ministre de l’Économie et des Finances, Aboubakar Nacanabo, a indiqué que 301 milliards de FCFA de recettes supplémentaires avaient été ouverts dans le cadre de la loi de finances rectificative. L’épargne budgétaire dépasse désormais 900 milliards de FCFA, avec un niveau établi à 908,03 milliards de FCFA, contre 669,68 milliards dans la loi de finances initiale. Cela représente une progression d’environ 35 %.

Le chiffre de 301 milliards de FCFA avancé par le ministre correspond donc aux recettes supplémentaires ouvertes dans le cadre de la révision. Il ne doit pas être confondu avec l’augmentation de 297 milliards de FCFA des prévisions de recettes entre le budget initial et le budget rectifié, qui ressort des données officielles du Conseil des ministres. Cette distinction permet de mieux comprendre la mécanique du collectif budgétaire.

La principale traduction de cette marge de manœuvre se trouve dans les dépenses en capital. Elles atteignent désormais 1 609,79 milliards de FCFA, dont 1 579,79 milliards de FCFA correspondant aux investissements exécutés directement par l’État. Le gouvernement prévoit notamment de renforcer les infrastructures routières et immobilières, d’acquérir des équipements et des véhicules pour le parc de l’État et de financer plusieurs projets du Plan RELANCE.

Cette orientation s’inscrit dans le nouveau référentiel national de développement 2026-2030. Présenté en mai aux députés, le Plan RELANCE repose sur quatre piliers : la consolidation de la sécurité, de la cohésion sociale et de la paix ; la refondation de l’État et l’amélioration de la gouvernance ; le développement du capital humain ; et le développement des infrastructures ainsi que la transformation durable de l’économie. Son coût global est évalué à environ 36 000 milliards de FCFA sur cinq ans, dont près des deux tiers devraient provenir des ressources propres.

Dans cette logique, le gouvernement veut notamment accélérer les projets d’investissements structurants du Plan RELANCE et engager la deuxième phase du projet Smart. Celui-ci doit notamment renforcer la surveillance urbaine, la gestion de la circulation et la verbalisation. Le projet Smart Burkina avait été initialement conçu autour de la vidéosurveillance et du renforcement des communications des services de sécurité dans les villes de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso.

Mais l’amélioration des recettes ne règle pas à elle seule la question de l’efficacité de la dépense publique. Lors de l’examen du collectif budgétaire, les députés ont notamment interrogé le gouvernement sur les nouvelles mesures fiscales, les exonérations et leur évaluation, ainsi que sur l’exécution des investissements. La Commission des finances et du budget a recommandé un meilleur suivi des exonérations, le respect des obligations d’information du Parlement concernant les ouvertures de crédits à titre d’avance, la poursuite de la digitalisation des procédures et un allègement des procédures afin d’améliorer la consommation des crédits d’investissement.

Ces recommandations mettent en évidence le principal enjeu du collectif budgétaire : transformer la performance enregistrée dans la mobilisation des ressources en résultats effectivement visibles. Le gouvernement a lui-même appelé les régies de recettes à poursuivre leurs efforts et les ordonnateurs de crédits à veiller à une exécution efficace des dépenses, afin que les ressources engagées contribuent effectivement à l’amélioration des conditions de vie des populations.

Dans un Burkina Faso qui fait du développement endogène, de la souveraineté économique et des investissements structurants des axes centraux du Plan RELANCE, l’enjeu dépasse donc la simple augmentation des lignes budgétaires. La progression des recettes donne à l’État une capacité financière supplémentaire ; la question sera désormais celle de la qualité, de la rapidité et de l’impact de leur utilisation.

Pourquoi c’est important ?

Parce que le collectif budgétaire transforme une amélioration de la mobilisation des recettes en une capacité accrue d’investissement public. Avec 1 579,79 milliards de FCFA d’investissements exécutés par l’État, le Burkina Faso dispose d’une enveloppe renforcée pour ses infrastructures et ses projets prioritaires. Mais les recommandations formulées par les députés rappellent que la mobilisation des ressources n’est qu’une première étape : l’efficacité du budget se mesurera surtout à la capacité de l’État à exécuter ces crédits et à produire des résultats concrets pour les populations.

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