Les points clés :
Le CCFCC célèbre ses 30 ans en mettant le café et le cacao togolais à l’honneur.
La Maison du Café, le Terroir de Lomé a ouvert ses portes aux jeunes et au grand public ce jeudi à l'occasion de la journée du café, du cacao et du chocolat
La nouvelle campagne démarre avec 2 576 tonnes de café et 8 841 tonnes de cacao exportées en 2025-2026.
À Lomé, le café et le cacao togolais se sont invités au cœur de la célébration de leurs journées internationales. Ce jeudi 1er octobre 2026, la Maison du Café, le Terroir de Lomé a accueilli des jeunes venus découvrir les produits issus de ces deux filières, leurs modes de transformation et les métiers qui leur sont associés. L’initiative, portée par le Comité de Coordination pour les Filières Café et Cacao (CCFCC), prend une résonance particulière cette année : l’institution célèbre ses 30 ans d’existence, ses « Noces de Perle ».
À travers cette journée, le CCFCC entendait surtout déplacer le regard sur le café et le cacao : ne plus les considérer uniquement comme des produits agricoles destinés à l’exportation, mais comme des matières premières pouvant générer davantage de valeur au Togo grâce à la transformation, à la consommation locale et au développement de nouveaux métiers. « Cette Maison se veut donc un espace ouvert, vivant et accessible. Un espace où l’on vient découvrir le café, apprendre à l’apprécier, comprendre son parcours et mieux mesurer toute la valeur qu’il représente. Mais elle est également un espace de transmission. Nous souhaitons particulièrement accompagner la jeunesse, notamment les étudiants en arts culinaires et tous ceux qui souhaitent découvrir les métiers liés au café », a indiqué la responsable de la Maison du Café, le Terroir de Lomé, Mme Fankjah Wattara, Présidente de KAWA-TOGO.

La rencontre a également permis de rappeler que derrière chaque tasse de café ou chaque produit à base de cacao se trouve une chaîne de valeur qui commence dans les plantations. « La célébration de la Journée internationale du café est une occasion de mettre en valeur les producteurs de café et de cacao, mais également de souligner leurs conditions de travail. Ces filières représentent une importante source de revenus pour de nombreuses communautés », a expliqué Gandé Koffi Guillaume, représentant du secrétaire général du CCFCC, Enselme Gouthon. Le responsable a également insisté sur les enjeux liés au commerce équitable et à la protection de l’environnement, deux questions devenues centrales pour la compétitivité internationale des filières.

Les visiteurs ont pu suivre les différentes étapes de transformation, de la production à la tasse pour le café, et de la fève au chocolat pour le cacao. Torréfaction, moulage, préparation, dégustations gratuites, jeux de questions-réponses et distribution de cadeaux ont rythmé cette journée destinée à rendre les filières plus accessibles au public, particulièrement aux jeunes.
Cette volonté de rapprocher la production de la consommation intervient dans un contexte où le Togo cherche à renforcer la compétitivité de ses filières. Lors de la campagne de commercialisation 2025-2026, les exportations ont atteint 2 576 tonnes de café et 8 841 tonnes de cacao, pour 39 opérateurs économiques. Le CCFCC a toutefois identifié la contrebande, la qualité, la traçabilité et la professionnalisation comme des défis persistants. La campagne 2026-2027, officiellement lancée le 4 septembre à Kpalimé, a démarré le 1er octobre 2026.

Le calendrier de cette célébration est d’autant plus significatif que le Togo dispose désormais de nouveaux plans de développement pour les filières café et cacao, adoptés en 2024 et couvrant l’horizon 2030. Ils misent notamment sur l’amélioration de la productivité, de la qualité et de la transformation locale. En 2025, le nombre de boutures de caféiers distribuées aux producteurs devait passer de 490 325 à 800 000, tandis que les cabosses de cacaoyers mises à disposition devaient progresser de 23 770 à 30 000. Le Togo cherche parallèlement à mieux préparer ses produits aux exigences des marchés internationaux. Le CCFCC travaille notamment sur la traçabilité des producteurs et des plantations ainsi que sur la géolocalisation des parcelles, dans le cadre de la préparation à l'application du Règlement européen sur la déforestation (RDUE). Cette exigence est appelée à peser davantage sur l'accès aux marchés européens pour les produits agricoles concernés.
Sur le marché intérieur, le défi est tout aussi important. Le CCFCC s'appuie notamment sur l'initiative de l'Organisation interafricaine du café (OIAC), « Drink African Coffee, Build Africa », pour promouvoir la consommation africaine du café. La célébration du 1er octobre intervient ainsi pendant le mois consacré au « consommer local », offrant une occasion supplémentaire de stimuler la demande pour le café, le cacao et leurs produits transformés au Togo. Cette stratégie répond à une fragilité structurelle : les pays producteurs restent souvent davantage tournés vers l'exportation de matières premières que vers leur consommation et leur transformation locales. En janvier 2026, Enselme Gouthon résumait cette dépendance en ces termes : « Les pays producteurs de café et de cacao restent structurellement fragiles. Nous produisons ce que nous ne consommons pas et consommons ce que nous ne produisons pas. Cette dépendance nous expose pleinement à la loi du marché mondial, dominée par les grands pays consommateurs qui fixent les prix ».

Le contexte de la campagne 2026-2027 montre d'ailleurs que cette exposition aux marchés internationaux demeure une réalité. Alors que les exportations de la campagne 2024-2025 avaient atteint 4 400 tonnes de café et 24 000 tonnes de cacao, les fluctuations des cours mondiaux ont pesé sur le rythme des exportations au début de 2026. Le CCFCC avait notamment fait état d'environ 1 500 tonnes de stocks de cacao invendus à une période donnée. Le Togo dispose néanmoins d'un tissu productif important. Selon les données communiquées par les autorités en 2025, près de 400 000 producteurs cultivaient le café et le cacao sur une superficie totale de 72 762 hectares, dont 45 117 hectares de café et 27 645 hectares de cacao. Les cultures sont principalement concentrées dans les régions des Plateaux et de la Centrale. Ensemble, elles représentaient alors 1,4 % du PIB et 5,5 % de la valeur ajoutée agricole.
La valorisation ne passe toutefois pas uniquement par les volumes. En mai 2026, le CCFCC a ainsi annoncé la mise en place d'un Centre de traitement post-récolte de cacao d'excellence à Kessibo-Abréwankor, dans la préfecture de Wawa. D'une superficie de 1,37 hectare, l'infrastructure doit contribuer à améliorer le traitement post-récolte et la qualité du cacao togolais.

Autre signe de la volonté de positionner davantage l'expertise togolaise sur la scène internationale : Enselme Gouthon a été élu en septembre 2026 président du Comité administratif et financier de l'Organisation internationale du cacao (ICCO), pour un mandat de deux ans, avec une prise de fonction le 1er octobre 2026. Ainsi, la célébration des journées internationales du café et du cacao dépasse le cadre d'une simple opération de promotion. Pour le CCFCC, elle s'inscrit dans une stratégie plus large visant à rapprocher les consommateurs des producteurs, à intéresser les jeunes aux métiers de la chaîne de valeur et à encourager la transformation locale. Le symbole est d'autant plus fort que le CCFCC, créé en 1996, entre dans sa 30e année. Trois décennies après sa création, l'institution veut donc conjuguer expérience et renouvellement, en misant notamment sur la jeunesse, la qualité, la traçabilité et la consommation locale.
Pourquoi c'est important ?
Parce que l'avenir des filières café et cacao togolaises ne se joue plus uniquement dans les plantations ou sur les marchés d'exportation. Il se joue aussi dans la capacité à transformer localement, à créer des métiers et de la valeur ajoutée, à attirer les jeunes et à développer une véritable culture de consommation des produits togolais. Avec 2 576 tonnes de café et 8 841 tonnes de cacao exportées durant la campagne 2025-2026, le potentiel existe. L'enjeu consiste désormais à faire en sorte qu'une part croissante de cette valeur soit créée, captée et consommée au Togo.
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