Hydrocarbures : le Bénin réintègre le cercle des producteurs de pétrole
22 septembre 2026

Hydrocarbures : le Bénin réintègre le cercle des producteurs de pétrole

Par Timothée Adjogla

Les points clés :

  • Après 27 ans d’interruption, le Bénin relance la commercialisation de sa propre production pétrolière issue du gisement offshore de Sèmè.
  • Le pays combine désormais la vente de son brut local et le transit de l’oléoduc géant Niger-Bénin, acquérant un statut géopolitique inédit en Afrique de l’Ouest.
  • La cession prochaine d’une première cargaison de 250 000 barils par Akrake Petroleum doit ouvrir de nouvelles perspectives de recettes publiques et d'autonomie énergétique.

 


 

Cotonou opère un retour stratégique sur la scène pétrolière internationale. Vingt-sept ans après la mise à l’arrêt du gisement offshore de Sèmè, qui avait extrait 22 millions de barils entre 1982 et 1998 avant d’être gelé sous la pression de cours mondiaux au plus bas, le Bénin prépare la vente d'une première cargaison commerciale de 250 000 barils de brut. Ce nouvel envol industriel permet au pays d'intégrer le club restreint des nations ouest-africaines dotées à la fois d'une production nationale et d'un corridor d’exportation stratégique.

L'opérateur Akrake Petroleum face aux défis techniques du forage

La relance du Bloc 1 abritant le gisement de Sèmè est conduite par Akrake Petroleum Benin, filiale du groupe singapourien Rex International Holding et de Lime Petroleum, associée à l’État béninois (15 %) et à la société Octogone Trading (9 %). Malgré un potentiel à terme évalué à 15 000 barils par jour grâce au succès d’un forage horizontal de 1 405 mètres sans présence d’eau, la production initiale plafonne pour l’instant autour de 3 000 barils quotidiens.

Cette sous-performance temporaire s’explique par des complications géomécaniques rencontrées dans des formations de schiste instables. L'impossibilité d'atteindre la cible lors du premier forage a contraint l'opérateur à démarrer les flux exclusivement à partir d'un second puits. Les équipements d'extraction de pointe déployés sur zone, notamment l’unité mobile de production Stella Energy 1 et le navire de stockage Kristina, restent néanmoins prêts à monter en charge à mesure des ajustements techniques.

Le double rôle de producteur et de hub logistique régional

Au-delà de l'extraction extractive, le Bénin tire profit d’un cumul d'activités exceptionnel dans le golfe de Guinée. Le pétrole extrait à Sèmè s'ajoute au flux massif du Pipeline Export Niger-Bénin géré par la société Wapco. Cette infrastructure transfrontalière de 1 982 kilomètres, dont 684 kilomètres parcourent le territoire béninois, achemine le brut lourd des champs d’Agadem au Niger jusqu'à la station terminale de Sèmè-Kpodji.

Cette position charnière transforme Cotonou en un carrefour énergétique régional indispensable. En dépit des décotes habituelles appliquées aux bruts émergents lors de leur introduction sur le marché physique, l'orientation haussière des cours internationaux devrait garantir des rendements budgétaires confortables pour les premières livraisons.

Pourquoi est-ce important ?

La réouverture du gisement de Sèmè marque une inflexion majeure dans la structure économique du Bénin. En monétisant son propre sous-sol tout en percevant des droits de transit sur le pétrole nigérien, le pays diversifie ses sources de devises et renforce considérablement sa souveraineté financière.

À long terme, cette configuration renforce le poids diplomatique et géopolitique de Cotonou au sein de la CEDEAO. Les recettes fiscales directes générées par l'exploitation pétrolière offriront un soutien déterminant pour le financement des investissements publics nationaux, tandis que l'accès direct aux hydrocarbures soutiendra l'autonomie énergétique du pays.

Article précédent

Finances publiques : la dette togolaise repasse so...

Laisser un commentaire

Commentaires (0)

Recevez toutes les newsletters

Ne vous inquiétez pas, nous n'allons pas faire de spam.