Les points clés :
Le Bénin franchit une nouvelle étape dans la structuration de son secteur minier. Réuni en Conseil des ministres le mercredi 7 octobre 2026, le gouvernement a adopté le décret portant création de la Société béninoise des mines (SoBeMines) S.A. Cette décision ouvre la voie à un nouvel instrument public dont les attributions opérationnelles n’ont pas encore été détaillées dans le compte rendu officiel. L’initiative intervient alors que le sous-sol béninois présente des potentialités diversifiées. Selon le ministère chargé des Mines, le pays dispose notamment de ressources en or, en fer, en phosphate et en matériaux de construction, dont le calcaire et le marbre. Des indices de nickel, de rutile, de zircon et de diamant figurent également parmi les cibles de recherche. Le potentiel géologique est donc identifié, mais sa valorisation dépend encore de l’exploration, de la viabilité des gisements, des investissements et des conditions d’exploitation.
Le calcaire est déjà exploité pour les besoins de l’industrie cimentière. Le ministère béninois fait état de gisements évalués à plus de 140 millions de tonnes à Onigbolo, Massè et Bakpodji, exploités respectivement par SCB Lafarge, la Nouvelle Cimenterie du Bénin (NOCIBE) et CALCIM. Le gisement de phosphate de Mékrou, quant à lui, est estimé à 5,5 millions de tonnes, avec une teneur moyenne de 25,2 % de P₂O₅. Sa localisation dans la zone du Parc W constitue toutefois une contrainte environnementale majeure. La création de SoBeMines pourrait permettre à l’État de jouer un rôle plus structuré dans le développement de cette filière, notamment en participant à la mise en valeur de certains gisements et en facilitant d’éventuels partenariats avec des investisseurs privés. Mais il serait prématuré d’attribuer à la société un portefeuille de projets ou des objectifs de production qui n’ont pas encore été officiellement précisés.
L’expérience du Togo voisin offre un point de comparaison. La Société nouvelle des phosphates du Togo (SNPT), créée le 14 mai 2007, intervient dans l’extraction, le traitement, le transport et la commercialisation du phosphate marchand. L’entreprise annonce une production moyenne de 1 100 000 tonnes par an grâce à ses installations. Ce modèle illustre la possibilité d’organiser l’exploitation d’une ressource autour d’un opérateur public, sans garantir pour autant que le même dispositif soit directement transposable au Bénin. Pour SoBeMines, l’enjeu dépassera donc la seule création juridique. Il faudra déterminer les ressources prioritaires, les sites concernés, les besoins en capitaux, les mécanismes de gouvernance et la place accordée aux partenaires privés. La transformation locale des minerais, la création d’emplois qualifiés, les recettes publiques et la maîtrise des impacts environnementaux seront autant de critères permettant d’évaluer les résultats de cette nouvelle structure.
Le contexte béninois impose également une vigilance particulière sur les conditions d’exploitation. Le gouvernement a déjà engagé des mesures contre les carrières ouvertes illégalement, notamment par la fermeture des sites présentant des risques pour l’environnement et la sécurité, ainsi que par le renforcement des contrôles. La montée en puissance du secteur minier devra ainsi s’accompagner d’une réglementation appliquée, d’un suivi environnemental et d’une prise en compte des communautés concernées.
Au cours du même Conseil des ministres, l’exécutif a également adopté les statuts de l’Agence Bénin Partenariats et Expertise. Celle-ci doit servir de guichet unique pour coordonner les demandes étrangères de partage d’expériences et de mobilisation de compétences béninoises. Les deux décisions participent à une démarche plus large de structuration des instruments publics, même si leurs domaines d’intervention sont distincts. À ce stade, le compte rendu du 7 octobre ne précise ni les missions détaillées de SoBeMines, ni les minerais qu’elle exploitera, ni les sites retenus, ni les modalités d’association des investisseurs privés. L’impact économique de cette société dépendra donc de ses statuts, de son modèle de financement et des projets effectivement mis en œuvre.
Pourquoi c’est important ?
Le Bénin dispose de ressources minérales susceptibles de soutenir l’activité industrielle, l’emploi et les recettes publiques. La création de SoBeMines constitue une étape institutionnelle, mais elle ne garantit pas à elle seule une meilleure valorisation du sous-sol. Le véritable enjeu sera de convertir le potentiel géologique en richesse durable, grâce à des investissements viables, à la transformation locale, à une gouvernance transparente et au respect des exigences environnementales.
Ne vous inquiétez pas, nous n'allons pas faire de spam.
Copyright © WestafDaily - 2026
Commentaires (0)