Les points clés :
Le Mali crée une École des Mines et du Pétrole pour renforcer les compétences nationales.
Une nouvelle agence doit structurer la recherche sur les ressources minérales, pétrolières et gazières.
Le secteur extractif a généré 1 023,38 milliards de FCFA en 2024, dont 978,29 milliards encaissés par le Trésor.
Le Mali veut renforcer sa maîtrise de son sous-sol. Réuni le 30 septembre 2026 au Palais de Koulouba sous la présidence du général d’armée Assimi Goïta, le Conseil des ministres a adopté des textes portant création, organisation et fonctionnement d’une École des Mines et du Pétrole, ainsi que d’une Agence pour la Recherche et le Développement des Ressources minérales. Deux réformes qui placent le capital humain et la connaissance du sous-sol au cœur de la politique extractive malienne.
La future École des Mines et du Pétrole aura pour vocation d’assurer la formation initiale et continue des ressources humaines dans les domaines des mines et du pétrole. Le gouvernement justifie cette création par l’importance des ressources minières et pétrolières du Mali, mais aussi par l’insuffisance des structures spécialisées et la couverture incomplète de certaines spécialités dans les formations existantes. L’objectif est de disposer de cadres, d’ingénieurs et de techniciens capables d’accompagner l’exploration, l’exploitation et la valorisation des ressources nationales.
Cette orientation prolonge d’ailleurs des initiatives déjà engagées. En juillet 2026, le ministère des Mines avait annoncé le lancement de la deuxième cohorte du Projet Mentorat-Mines, un programme d’accompagnement destiné notamment aux jeunes étudiantes des universités et grandes écoles publiques dans les disciplines liées au secteur extractif.
La seconde réforme concerne la recherche. Le Programme pour le Développement des Ressources minérales, créé par la loi du 11 octobre 1990 pour exécuter les travaux de la Direction nationale de la Géologie et des Mines, doit être transformé en établissement public à caractère scientifique et technologique. Le gouvernement estime que son statut, son cadre institutionnel et juridique ainsi que ses mécanismes de mobilisation des ressources financières présentent des insuffisances. Le dispositif existant ne couvrait pas non plus suffisamment les dimensions liées à la recherche pétrolière et gazière.
La nouvelle Agence pour la Recherche et le Développement des Ressources minérales devra ainsi développer la recherche, la production, la sécurisation, la valorisation et la diffusion des connaissances dans les domaines géologique, minier, pétrolier et gazier, sur l’ensemble du territoire malien. En clair, Bamako cherche à mieux documenter son sous-sol et à disposer d’un outil scientifique capable d’accompagner les activités d’exploration et de valorisation.
L’enjeu est particulièrement important au regard du poids économique du secteur. Le rapport ITIE Mali 2024, officiellement remis au ministre des Mines le 17 avril 2026, confirme la place centrale de l’extractif dans l’économie nationale. Selon ce rapport, les revenus générés par le secteur extractif ont atteint 1 023,38 milliards de FCFA en 2024, dont 978,29 milliards de FCFA encaissés par le Trésor public. Le secteur minier représentait parallèlement 9,5 % du PIB, 40,9 % des recettes fiscales de l’État et 78,8 % des recettes d’exportation. Les données ont été établies à partir des informations de 37 entreprises extractives.
Cette distinction entre revenus générés et recettes encaissées est importante. Les 1 023,38 milliards de FCFA correspondent aux revenus du secteur extractif, tandis que les 978,29 milliards de FCFA représentent la part effectivement encaissée par le Trésor. Il ne s’agit donc pas de deux estimations concurrentes, mais de deux indicateurs différents de la contribution du secteur aux finances publiques.
L’or reste le principal moteur de cette économie. En 2024, la production aurifère déclarée s’est établie à 54,88 tonnes, pour une valeur estimée à 1 632 milliards de FCFA, soit près de 95 % de la valeur de la production minérale totale, évaluée à environ 1 719 milliards de FCFA. Le rapport souligne ainsi la forte concentration de la production autour du métal jaune, alors que le Mali cherche également à développer d’autres ressources, notamment le lithium.
Cette dépendance à l’or explique aussi l’importance accordée à la diversification et à la connaissance géologique. Au 31 décembre 2024, le Mali comptait 705 permis et autorisations actifs, selon les données rapportées lors de la dissémination du rapport ITIE. L’or représentait 522 de ces titres, devant notamment le diamant avec 71 et le calcaire avec 27.
La réforme institutionnelle intervient par ailleurs dans une période de réorganisation plus large du secteur minier. Le Conseil des ministres du 30 septembre a également adopté des textes portant renouvellement de permis de recherche d’or et de substances minérales du groupe 2. Neuf permis bénéficient d’un premier renouvellement de trois ans, renouvelable une fois, tandis qu’un permis détenu par Africa Mining à Dandoko, dans le cercle de Kéniéba, obtient un deuxième renouvellement. Ces autorisations avaient été affectées par la suspension du renouvellement des permis de recherche entre décembre 2022 et mars 2025.
Cette politique de renouvellement doit cependant être distinguée d'une mise en production immédiate. Un permis de recherche renouvelé donne aux opérateurs du temps supplémentaire pour confirmer le potentiel d'un gisement, réaliser les études techniques et environnementales et mobiliser les financements nécessaires. Son impact sur les recettes publiques ou la production minière ne peut donc être considéré comme automatique.
Sur le plan régional, la démarche malienne s'inscrit aussi dans une volonté plus large de renforcer les capacités nationales autour des ressources naturelles au sein de l'espace de l'Alliance des États du Sahel. Lors d'une rencontre régionale récente, le ministre malien des Mines, Amadou Keïta, a défendu l'idée qu'il ne suffisait pas d'exploiter les ressources, mais qu'il fallait également les transformer localement afin de créer davantage de valeur ajoutée, d'emplois et de revenus.
Pour Bamako, la création simultanée d'une école spécialisée et d'une agence de recherche répond donc à deux contraintes structurelles : former les compétences nécessaires et mieux connaître la richesse du sous-sol. La réussite de la réforme dépendra désormais des moyens affectés à ces nouvelles structures, de leur capacité à produire des données fiables et de leur articulation avec l'administration minière, les universités et les entreprises.
Le contexte impose également une exigence de transparence. En 2026, l'ITIE Mali a engagé une campagne de dissémination de son rapport 2024 auprès des médias, de la jeunesse, des collectivités, des acteurs de l'exploitation artisanale et du monde universitaire. L'objectif affiché est de renforcer l'appropriation citoyenne des données et la redevabilité dans la gestion des ressources naturelles.
Pourquoi c’est important ?
Parce qu'avec 978,29 milliards de FCFA encaissés par le Trésor en 2024 et une contribution de 40,9 % aux recettes fiscales, le secteur extractif représente un enjeu majeur pour les finances publiques maliennes. La création d'une École des Mines et du Pétrole et d'une agence dédiée à la recherche cherche à agir en amont : former davantage de compétences nationales, mieux documenter le sous-sol et renforcer la capacité de l'État à suivre et valoriser ses ressources. L'enjeu, pour Bamako, n'est donc plus seulement de disposer de ressources minières, mais de renforcer les capacités nationales nécessaires pour mieux les connaître, les exploiter et en mesurer les retombées économiques.
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