Les trois points clés :
Sept années d’intervention, près de 2,7 milliards FCFA mobilisés et 299 organisations de producteurs forestiers et agricoles accompagnées : le Mécanisme Forêts et Paysans (FFF) arrive au terme de sa deuxième phase au Togo avec un bilan qui met autant l’accent sur les résultats obtenus que sur la question de leur pérennisation.
Lancé en 2019 avec l’appui de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le mécanisme a ciblé les organisations paysannes, l’entrepreneuriat rural et la gestion durable des ressources naturelles. Les résultats ont été présentés mardi 29 septembre 2026 à Lomé, lors d’une rencontre consacrée au bilan des sept années d’intervention et à la capitalisation des acquis.
Selon les données présentées par la FAO, le programme compte plus de 22 000 bénéficiaires directs, dont 47 % de femmes et 30 % de jeunes. Les appuis ont porté notamment sur la gouvernance des organisations, le renforcement des capacités, l’accès à des ressources et le développement d’activités génératrices de revenus.
Le bilan environnemental constitue également un indicateur central. Selon des données rapportées lors de la restitution, plus de 4 300 hectares de paysages auraient été restaurés ou placés sous gestion durable. Cette approche traduit l’un des principes du FFF : faire de la restauration des écosystèmes non seulement un objectif environnemental, mais aussi une source de revenus et de résilience pour les populations rurales. La FAO présente d’ailleurs le mécanisme comme un dispositif destiné à renforcer les capacités techniques et commerciales des petits producteurs forestiers et agricoles, tout en améliorant leurs moyens d’existence.
Le contexte togolais donne une portée particulière à cette approche. Le pays s’est engagé, dans le cadre de l’initiative panafricaine AFR100, à restaurer 1,4 million d’hectares de terres dégradées d’ici 2030. Cette ambition intervient alors que la pression sur les ressources naturelles reste forte. La FAO estime que le Togo a perdu plus de 130 000 hectares de couverture végétale entre 2001 et 2025, sous l’effet notamment de la déforestation, de l’expansion agricole et de l’urbanisation.
La restauration ne peut donc être dissociée de la question des revenus ruraux. C’est précisément le pari poursuivi dans les Plateaux-Ouest, où la FAO a renforcé en 2026 son programme AFR100. En mai, un appel à projets a été lancé dans les préfectures de Kloto, Agou, Danyi, Amou et Kpélé, avec des subventions pouvant atteindre 28 millions FCFA pour des initiatives consacrées à la restauration forestière, à l’agroforesterie et à la création d’activités génératrices de revenus durables. Les projets retenus doivent être exécutés sur une période pouvant aller jusqu’à 12 mois.
Cette nouvelle séquence montre que le FFF ne constitue pas un programme isolé. La FAO présente aujourd’hui l’AFR100 au Togo comme une continuité des interventions antérieures, notamment celles du FFF, avec l’ambition de consolider les acquis, de changer d’échelle et de démontrer que la restauration des terres peut devenir un levier de développement rural.
La question est désormais celle de l’après-FFF. Aucune troisième phase n’a été annoncée à l’issue de la rencontre du 29 septembre. Le principal enjeu consiste donc à éviter que les organisations accompagnées restent dépendantes de financements extérieurs une fois les programmes arrivés à leur terme. Autrement dit, la réussite du mécanisme se mesurera désormais moins au volume des ressources mobilisées qu’à la capacité des organisations soutenues à maintenir leurs activités, accéder à d’autres financements, créer des revenus et poursuivre elles-mêmes les efforts de restauration.
Cette logique est d’autant plus importante que le financement demeure l’un des principaux obstacles auxquels sont confrontés les petits producteurs forestiers et agricoles. La FAO souligne elle-même que ces acteurs disposent souvent d’un accès limité aux mécanismes de financement, alors qu’ils jouent un rôle central dans la restauration des paysages et la résilience des économies rurales.
Le bilan des sept années du FFF apparaît ainsi comme un point de passage plutôt qu’un aboutissement. Avec 2,7 milliards FCFA mobilisés, 299 organisations appuyées, plus de 22 000 bénéficiaires directs, 47 % de femmes, 30 % de jeunes et plus de 4 300 hectares restaurés ou placés sous gestion durable, le programme laisse derrière lui une base d’organisations et d’initiatives qu’il faudra désormais consolider.
Pourquoi c’est important ?
Le véritable défi commence après la fin du financement. Pour le Togo, restaurer 1,4 million d’hectares d’ici 2030 ne pourra pas reposer uniquement sur des projets successifs financés par les partenaires. L’enjeu est de faire de la restauration des terres une activité économiquement viable pour les producteurs, en particulier les femmes et les jeunes, afin que protection des ressources naturelles et création de revenus deviennent durablement complémentaires. Le FFF aura donc surtout laissé un héritage utile s’il permet aux organisations accompagnées de continuer à produire, investir et restaurer les paysages au-delà du calendrier des bailleurs. (FAOHome)
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