UEMOA : Le Togo accélère pour combler son retard de réformes
30 septembre 2026

UEMOA : Le Togo accélère pour combler son retard de réformes

Par Timothée Adjogla

Les points clés :

  • Enregistrant un recul de son taux d'exécution des réformes de 77,9 % à 68,7 % en 2025, le Togo mobilise ses administrations au CASEF pour résorber son retard de transposition de 22 textes communautaires.
  • Le volet opérationnel de l'intégration régionale démontre une forte dynamique avec un taux d'exécution des projets et programmes de l'UEMOA atteignant 91,6 % sur le territoire togolais.
  • Les travaux préparatoires de trois jours lancés le 29 septembre 2026 ouvrent la voie à une réponse institutionnelle coordonnée en vue de l'évaluation ministérielle décisive prévue en novembre.

 

Le Togo engage un ajustement stratégique de sa feuille de route communautaire. Ce mardi 29 septembre 2026, au Centre administratif des services économiques et financiers (CASEF) de Lomé, les hauts cadres des ministères sectoriels, les représentants de la Commission de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et les acteurs des ordres professionnels ont ouvert les travaux préparatoires de la 12e revue annuelle des réformes, politiques, programmes et projets de l’Union. L'objectif institutionnel vise à dresser un bilan rigoureux de la mise en œuvre des règles communautaires et à résorber les goulots d'étranglement administratifs avant l'échéance ministérielle officielle programmée pour novembre 2026.

Le sursaut de la gouvernance face au ralentissement normatif

L'évaluation de la gouvernance économique révèle un repli des indicateurs d'harmonisation juridique. En 2025, le taux d'exécution global des réformes communautaires au Togo s'est établi à 68,7 %, marquant un retrait de 9,2 points par rapport aux 77,9 % comptabilisés lors de l'exercice 2024. Sur les 145 réformes soumises au suivi de la Commission, le pays accumule 22 textes en souffrance de transposition dans son ordre juridique interne, dont 19 directives, deux règlements et une décision. Ces retards d'assimilation réglementaire affectent particulièrement des secteurs névralgiques de l'économie nationale, notamment l'agronomie, la culture et l'artisanat.

Face à cette contraction de l'indicateur normatif, les autorités financières privilégient une approche corrective axée sur la responsabilisation des administrations sectorielles. Essokiza Anakpa, secrétaire permanent de la Cellule CEDEAO-UEMOA, agissant au nom du ministre de l’Économie et des Finances, a rappelé devant le collège des délégués que la transposition des textes communautaires constitue un impératif juridique engageant la crédibilité internationale de l'État. De son côté, Alioune Sène, représentant résident de l’UEMOA à Lomé, a souligné que ce tassement conjoncturel ne saurait altérer la trajectoire de convergence du Togo, faisant état des consultations engagées avec le Secrétariat général du gouvernement pour accélérer la validation des projets de loi harmonisés.

L'efficacité opérationnelle comme levier d'entraînement

Cette modération de la cadence législative contraste avec la très solide performance enregistrée sur le terrain de la gestion de projets. Le taux d’exécution des programmes et projets financés par l’UEMOA au Togo s’est hissé à 91,6 %, contre 78,9 % lors du cycle d'évaluation précédent, soutenu par un taux de décaissement effectif des ressources financières de 83,6 %. Cette capacité d'absorption budgétaire témoigne de la maturité technique des unités de gestion de projets et de la fluidité de la coordination interministérielle dans la phase d'implémentation terrain.

Pendant trois jours, les groupes de travail experts réunis au CASEF mènent un audit analytique texte par texte afin d'identifier les facteurs de blocage, qu'ils soient d'ordre légistique, institutionnel ou budgétaire. Les livrables de cet atelier technique doivent formaliser une matrice de mesures d'urgence permettant de finaliser la transposition des directives prioritaires et de renforcer la position du Togo lors du grand oral de l'Union à la fin de l'année.

Pourquoi est-ce important ?

La capacité d'un État membre à transposer avec célérité le droit communautaire détermine l'attractivité financière et la compétitivité globale de son environnement des affaires. Pour le Togo, qui ambitionne de consolider son statut de hub logistique et financier sous-régional, l'alignement strict de ses réglementations nationales sur les standards de l'UEMOA garantit la libre circulation des capitaux, la sécurité juridique des investissements directs étrangers et la prévisibilité fiscale pour les opérateurs économiques.

Par ailleurs, ce double constat, ralentissement légal mais accélération des projets d'infrastructures, met en lumière l'enjeu crucial de la modernisation administrative. En transformant les recommandations du CASEF en actes législatifs concrets d'ici novembre 2026, le pays démontre sa résilience institutionnelle, sécurise le rendement économique des programmes communautaires déjà déployés et réaffirme son leadership au sein du processus d'intégration ouest-africain.

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