Diaspora togolaise : près d’un milliard de dollars de transferts poussent à transformer l’aide en investissement


Les points clés :

  • En 2023, la diaspora togolaise a envoyé 950 millions de dollars vers le Togo, un montant qui excède largement l’aide publique au développement.

  • Le Haut Conseil des Togolais de l’Extérieur (HCTE), forte de 1,5 million de membres, voit son mandat prolongé pour encourager une participation plus structurée à l’économie nationale.

  • Les autorités togolaises cherchent à canaliser ces transferts vers des investissements productifs, en incitant la diaspora à s’engager dans des entreprises ou des projets durables.


Le Togo vit une période charnière dans sa politique de développement, dans laquelle la diaspora joue un rôle central. Selon le site officiel de la République togolaise, les 48 délégués-pays du Haut Conseil des Togolais de l’Extérieur (HCTE) ont vu leur mandat prolongé d’une année, afin de renforcer leur implication dans les réformes nationales et la mobilisation de la diaspora.

Estimée à environ 1,5 million de membres, la diaspora togolaise est répartie dans plusieurs zones géographiques, notamment en Afrique, en Europe et en Amérique du Nord. Cette communauté n’est pas pour autant passive : elle envoie des sommes très importantes au pays d’origine. Selon les chiffres officiels, 950 millions de dollars ont été transférés vers le Togo en 2023, un montant qui dépasse largement l’aide publique au développement.

Au niveau macroéconomique, ces transferts pèsent fortement. Selon le site TheGlobalEconomy, les envois de fonds vers le Togo représentaient 6,10 % du PIB en 2023. Ce niveau montre que la diaspora n’est pas seulement un acteur social ou culturel : elle est un acteur économique de premier plan, dont les ressources peuvent jouer un rôle stratégique dans la transformation du pays.

Le HCTE : instrument d’interface, de représentation et de mobilisation

Le Haut Conseil des Togolais de l’Extérieur (HCTE) constitue l’un des principaux leviers mis en place par le gouvernement pour structurer les relations avec la diaspora. Créé dans le cadre de la feuille de route dédiée aux Togolais à l’étranger, il est conçu comme une plateforme permanente d’échanges entre l’État togolais et les Togolais de l’extérieur. Son rôle : fédérer les associations diasporiques, promouvoir la participation économique des Togolais de l’extérieur, et les inciter à investir dans leur pays d’origine.

Le règlement intérieur du HCTE prévoit explicitement que l’un de ses objectifs est de “susciter l’épargne des Togolais de l’extérieur… au fin d’investissement au Togo” et “favoriser l’émergence de groupes d’investisseurs” au sein de la diaspora. Pour accompagner cette mission, une cellule technique, appelée Guichet Diaspora, est opérationnelle : elle élabore des stratégies pour encourager l’investissement diasporique, mobiliser des partenaires et structurer l’épargne des expatriés.

Par ailleurs, le HCTE joue un rôle diplomatique : il symbolise la volonté du gouvernement de faire de la diaspora un acteur stratégique. Lors de l’installation des délégués-pays, le ministère des Affaires étrangères a souligné que leur mission sera de “faire réseau”, de proposer des projets concrets, et d’être un pont entre les Togolais de l’extérieur et les réformes nationales.

De l’argent “simplement envoyé” à l’investissement productif : un défi majeur

Malgré le poids des transferts, les autorités togolaises sont claires sur leurs ambitions : elles veulent aller au-delà de l’envoi régulier d’argent. Le défi consiste à convertir la diaspora d’une source de remises en un partenaire d’investissement, capable de participer à des projets avec des retombées économiques durables.

Dans les discours officiels, il ne s’agit plus uniquement de considérer la diaspora comme des “envoyeurs d’argent”, mais comme des investisseurs potentiels. Le gouvernement mise sur des investissements dans des entreprises, des commerces, voire des projets structurants. Pour cela, le HCTE et le ministère en charge des Togolais de l’extérieur renforcent leur partenariat, et mettent en place des mécanismes pour retenir cette épargne dans des circuits productifs.

Le ministère des Affaires étrangères explique que la prorogation du mandat du HCTE vise précisément à “accompagner les réformes en cours” et à donner davantage de temps à ces délégués pour consolider des projets concrets.

Les limites des données : un paradoxe entre perception et réalité

Il existe toutefois un certain décalage entre les chiffres avancés dans certaines sources officielles et les données économiques externes. Par exemple, alors que le gouvernement évoque 950 millions de dollars comme volume des transferts en 2023, la base de données TheGlobalEconomy retrace un chiffre plus modeste. Selon cette dernière, les remises vers le Togo en 2023 sont de l’ordre de 559,76 millions de dollars. Cette différence peut s’expliquer par divers facteurs : méthodologies de comptage, canaux informels non enregistrés, ou excès d’estimations dans des communications politiques.

Le BTI Country Report 2024 note que les transferts de la diaspora dépassent l’aide au développement, mais fournit aussi un chiffre de 650 millions de dollars, correspondant à environ 8,6 % du PIB du Togo. Cette disparité entre les sources publiques internes et les institutions bilatérales ou internationales met en lumière le défi de la transparence statistique et la difficulté à mesurer précisément l’impact réel de la diaspora sur l’économie nationale.

Enjeux de gouvernance et de stratégie

Transformer cette masse d’argent en épargne productive nécessite une stratégie claire et une gouvernance efficace. Plusieurs enjeux apparaissent. Premièrement, il faut renforcer la capacité d’absorption du Togo : les investisseurs diaspora doivent pouvoir identifier des projets viables, bien structurés, et bénéficiant d’un cadre réglementaire favorable.

Deuxièmement, il faut bâtir une relation de confiance entre l’État et la diaspora : les délégués du HCTE doivent être perçus non seulement comme des représentants symboliques, mais comme des facilitateurs d’investissement. Cela implique la transparence du processus, des mécanismes de suivi des projets et des retours d’expérience concrets pour les investisseurs.

Troisièmement, il faut créer des instruments financiers adaptés : des fonds d’investissement diaspora, des partenariats public-privé, des mécanismes d’épargne spécifiques ou des incitations fiscales pourraient jouer un rôle clé pour canaliser les remises vers des activités économiques durables.

Enfin, la dimension inclusive est cruciale. Si la diaspora investit, il faut que ces investissements profitent non seulement à quelques entreprises, mais aussi à des petites entreprises, aux zones rurales, et aux populations marginalisées. Le Guichet Diaspora doit donc encourager des projets à fort impact social autant qu’économique.

Pourquoi est-ce important ?

L’implication croissante de la diaspora togolaise dans l’économie nationale constitue un levier stratégique de développement. Avec près d’un milliard de dollars envoyés en 2023, la diaspora dépasse les flux d’aide extérieure et offre une source de financement privée durable, potentiellement plus stable et moins imposée que les dons ou subventions. En transformant ces transferts en investissements productifs, le Togo peut stimuler l’entrepreneuriat, créer des emplois, et renforcer son tissu économique.

Cette dynamique joue un rôle aussi dans la souveraineté financière du pays : moins dépendant des bailleurs de fonds internationaux, le Togo pourrait s’appuyer sur une diaspora engagée pour financer des projets nationaux prioritaires. De plus, en mobilisant des compétences et des capitaux à l’international, il renforce son attractivité et son intégration dans l’économie mondiale.

Pour l’Afrique de l’Ouest et plus largement pour d’autres pays du continent, le modèle togolais peut servir d’exemple : structurer la diaspora, institutionnaliser son rôle via des organes comme le HCTE, et créer des ponts entre les transferts financiers et les investissements réels est une voie prometteuse. Si d’autres nations adoptent des stratégies similaires, cela pourrait contribuer à une nouvelle ère de financement privé, plus inclusif, pour le développement africain.

Enfin, sur le plan social, l’engagement de la diaspora dans des projets d’investissement durable peut renforcer le sentiment d’appartenance et de responsabilité : les Togolais de l’extérieur ne seraient plus seulement des soutiens financiers, mais des acteurs à part entière du développement national. Ce lien renouvelé entre la diaspora et la patrie peut devenir un moteur de cohésion et de progrès.

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