AMF-UMOA : Kossi Tenou prends les rênes
AMF-UMOA, Kossi Tenou prends les rênes
Les points clés :
Le 25 novembre 2025, le UEMOA a nommé Kossi Tenou à la présidence de l’AMF-UMOA, en remplacement de Badanam Patoki, appelé au gouvernement togolais.
Kossi Tenou, ancien haut fonctionnaire de la BCEAO, apporte une forte expertise macroéconomique et monétaire, un atout au moment où le marché financier régional s’approfondit et se diversifie.
Cette transition intervient à un moment stratégique : l’UEMOA cherche à consolider la gouvernance, améliorer la transparence, attirer des investisseurs et dynamiser les émissions obligataires régionales.
Le mardi 25 novembre 2025 restera une date clé pour le marché financier ouest-africain. Lors d’une session extraordinaire tenue par visioconférence, le Conseil des ministres de l’UEMOA a entériné la nomination de Kossi Tenou à la tête de l’Autorité des marchés financiers de l’Union monétaire ouest‑africaine (AMF-UMOA). Il succède à Badanam Patoki, appelé à rejoindre le gouvernement togolais pour occuper le poste de ministre de l’Économie et de la Veille stratégique.
L’institution a formellement salué le travail du président sortant, remerciant Patoki pour son leadership, la qualité des réformes engagées, et l’amélioration de la transparence sur le marché financier régional.
Ce renouvellement arrive à un moment où l’AMF-UMOA, régulateur unique des marchés de capitaux dans l’Union, voit son rôle s’élargir, dans un contexte de diversification des instruments financiers, d’augmentation des émissions obligataires et d’un besoin accru de gouvernance et de crédibilité.
Kossi Tenou : l’homme de l’équilibre monétaire et de la rigueur financière
Kossi Tenou s’impose comme un technicien reconnu de la finance ouest-africaine. Ancien Directeur national de la BCEAO pour le Togo, il a rejoint en 2023 l’équipe de la banque centrale comme conseiller du Gouverneur. Plus récemment, en octobre 2025, il avait été nommé ministre délégué au Commerce et au Contrôle de la qualité.
Son profil, mêlant expertise en régulation bancaire, politique monétaire, macroéconomie et gestion publique, correspond aux défis actuels de l’AMF-UMOA. À une époque où le marché financier régional doit inspirer confiance aux investisseurs locaux et internationaux, Tenou incarne la rigueur nécessaire pour renforcer la crédibilité de la place régionale.
Les attentes sont élevées : protection des investisseurs, digitalisation des procédures, bonne gouvernance, conformité, et déploiement de nouveaux instruments financiers, autant de chantiers dans lesquels Tenou devra s’impliquer avec détermination.
Un contexte favorable : marché en expansion et défis d’intégration
Le marché financier de l’UEMOA traverse une période d’intensification. Les récents appels d’offre sur le marché obligataire régional illustrent l’intérêt croissant pour le financement via titres. Entre le 20 et le 24 octobre 2025, plusieurs États de l’Union (dont le Togo) ont levé 126,3 milliards FCFA, soit au-delà de l’objectif initial.
Ce dynamisme s’accompagne d’une diversification des instruments : plusieurs fonds d’investissement, OPCVM, titres de créances, obligataires, sont désormais agréés et supervisés par l’AMF-UMOA. L’enjeu est double : offrir aux États une alternative crédible au financement externe, et aux entreprises locales un accès au capital.
Mais cette montée en puissance du marché nécessite un régulateur solide, capable de garantir transparence, intégrité, protection des investisseurs et conformité. C’est dans ce cadre que la nomination de Tenou prend tout son sens.
Priorités et défis : ce à quoi s’attendre
Sous la direction de Kossi Tenou, l’AMF-UMOA devra relever plusieurs défis majeurs. D’abord, intensifier les « réformes structurantes » pour rendre le marché plus profond, plus liquide, plus attractif pour les capitaux privés tant nationaux qu’internationaux. L’objectif est d’attirer des investisseurs à long terme, d’encourager les émissions obligataires, mais aussi de développer des instruments diversifiés (obligations vertes, produits structurés, fonds communs, emprunts sécurisés, etc.).
Ensuite, la question de la protection des investisseurs se pose avec acuité. Pour que le marché inspire confiance, il faudra renforcer la surveillance, améliorer la transparence des opérations et garantir un cadre réglementaire robuste, avec des sanctions dissuasives en cas de manquements.
Un autre chantier important sera la digitalisation des procédures. Dans un contexte où la finance traditionnelle et les fintech se croisent, l’AMF-UMOA devra moderniser ses outils, faciliter l’accès aux marchés financiers, réduire les délais, et permettre une inclusion plus large des acteurs : PME, investisseurs individuels, diaspora, institutions privées.
Enfin, l’harmonisation et l’intégration régionale ne sont pas à négliger. L’UEMOA demeure, par essence, un marché de 8 pays, pour que le potentiel soit pleinement exploité, il faut que tous les États membres adoptent les standards définis, réforment leurs cadres nationaux, et coopèrent étroitement.
Pourquoi est-ce important ?
La nomination de Kossi Tenou à la tête de l’AMF-UMOA prend tout son sens dans le contexte d’une Afrique de l’Ouest en quête d’approfondissement financier. En garantissant une gouvernance crédible, une régulation rigoureuse et une ouverture à l’innovation, l’institution peut devenir un véritable moteur de financement pour les États, les entreprises régionales, et les projets de développement.
Pour les pays de l’UEMOA, cela signifie une alternative durable au financement extérieur, moins dépendante des aléas des institutions internationales. Un marché régional robuste peut permettre de financer des infrastructures, des projets sociaux, des PME, des entreprises innovantes, tout en mobilisant l’épargne locale ou de la diaspora.
Pour les investisseurs (locaux ou internationaux), c’est un signal fort : l’UEMOA affirme sa volonté d’être un espace fiable, régulé, transparent, donc propice aux investissements à long terme. Cela pourrait attirer des capitaux nouveaux, diversifier l’économie, et favoriser l’émergence d’un secteur privé dynamique.
À l’échelle continentale, le renforcement du marché financier ouest-africain s’inscrit dans une tendance plus large : celle d’une intégration économique renforcée, d’un développement financier endogène et d’une meilleure résilience face aux chocs exogènes. Si l’expérience réussit, cela peut servir de modèle pour d’autres unions ou communautés régionales.
En somme, ce renouvellement à la tête de l’AMF-UMOA n’est pas un simple changement de personnel : c’est un moment charnière qui peut déterminer la trajectoire financière de l’UEMOA pour les années à venir. Avec Kossi Tenou aux commandes, l’institution a désormais l’opportunité de faire de la régulation un levier de croissance, d’intégration et de crédibilité financière pour l’ensemble de la région ouest-africaine.