NNPC : des bénéfices records pour 2024
Les points clés :
Le NNPC Limited (compagnie publique nigériane transformée en société commerciale) a annoncé un bénéfice net record de ₦ 5,4 trillion pour 2024 (soit environ 3,6–3,7 milliards de dollars), pour un chiffre d’affaires de ₦ 45,1 trillion, des hausses respectives de 64 % et 88 % par rapport à 2023.
L’entreprise a dévoilé un plan d’investissement de 60 milliards de dollars d’ici 2030, visant à porter la production de pétrole à 3 millions de barils/jour, le gaz naturel à 12 billion de pieds cubes/jour, tout en développant des infrastructures gazières majeures, affermissant sa place comme acteur central de l’énergie en Afrique.
Ces résultats illustrent les effets concrets de la transformation institutionnelle de NNPC : plus d’efficacité opérationnelle, meilleure discipline des coûts, optimisations du downstream, et un afflux de revenus lié à la réévaluation monétaire, un signal fort de redynamisation du secteur énergétique nigérian et sous-régional.
La publication le 24 novembre 2025 des comptes audités 2024 de NNPC Limited marque un tournant. Selon le communiqué officiel, la compagnie a enregistré un bénéfice après impôt (PAT) de ₦ 5,4 trillion, sur un chiffre d’affaires de ₦ 45,1 trillion. Ce résultat représente respectivement une hausse de 64 % du bénéfice net et de 88 % du chiffre d’affaires par rapport à 2023. Le bénéfice par action (EPS) s’élève à ₦ 27,07, également en progression de 64 %.
Ces chiffres confirment que la transformation institutionnelle de NNPC, amorcée avec son passage en société commerciale au regard de la loi Petroleum Industry Act (PIA) de 2021, commence à porter ses fruits de façon tangible.
Les moteurs de la performance 2024
Le bond des résultats de NNPC s’explique par plusieurs leviers conjugués. Premièrement, la réforme du marché en aval (downstream) et une meilleure discipline des coûts ont permis de rationaliser les opérations, réduisant les dépenses non essentielles.
Deuxièmement, la décision de flotter la monnaie nationale, la Naira, aurait eu un impact favorable sur les comptes de NNPC, en amplifiant les gains de change lors de la conversion des revenus en devises étrangères.
Enfin, l’amélioration de l’efficacité opérationnelle, tant en amont (exploration-production) qu’en aval, a contribué à stabiliser et accroître la rentabilité, tout en posant les bases d’un développement durable.
Une stratégie ambitieuse vers 2030
Forte de ces résultats, NNPC a dévoilé un vaste plan d’investissement de 60 milliards de dollars d’ici 2030, couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur, amont, midstream, aval, distribution, et même les énergies “propres”.
Les objectifs sont clairs : porter la production de pétrole à 2 millions de barils/jour d’ici 2027, puis 3 millions bpd d’ici 2030. Parallèlement, le gaz naturel doit passer à 10 milliards de pieds cubes/jour d’ici 2027, puis 12 milliards d’ici 2030.
Pour atteindre ces cibles, NNPC prévoit de finaliser plusieurs infrastructures majeures, telles que les gazoducs Ajaokuta-Kaduna-Kano pipeline (AKK), Escravos-Lagos Pipeline System (ELPS), et Obiafu-Obrikom-Oben pipeline (OB3).
Cette stratégie traduit l’ambition de NNPC non seulement comme producteur de pétrole, mais comme un pilier de la sécurité énergétique nationale et un fournisseur clé d’énergie pour le marché intérieur nigérian, tout en offrant un potentiel d'intégration gazière à l’échelle régionale.
Au-delà des chiffres : ce que cela révèle de la transformation de NNPC et du secteur énergétique nigérian
Le retour à la rentabilité massive de NNPC n’est pas simplement un miracle comptable. Il est le reflet d’un repositionnement stratégique profond, celui d’un État qui modernise, structure et renforce ses actifs pétro-gaziers pour en faire des leviers de développement.
Le passage d’une compagnie d’État traditionnellement décriée pour son inefficacité à une entreprise commerciale performante illustre la capacité de réformes institutionnelles à produire des résultats tangibles lorsque la gouvernance, la discipline de gestion, et le cadre réglementaire (PIA) sont bien mis en œuvre.
Ce redressement s’accompagne d’un changement de paradigme : NNPC ne se contente plus d’être un simple extracteur de ressources, mais vise à bâtir un pôle énergétique intégré, capable d’assurer l’approvisionnement domestique, d’exporter du gaz, d’attirer l’investissement étranger, et de jouer un rôle central dans la transition énergétique africaine.
Mais les défis restent nombreux. Pour convertir ses ambitions en réalité, NNPC devra sécuriser ses infrastructures, souvent vulnérables au vandalisme, au vol de pétrole, aux sabotages, renforcer la transparence dans ses opérations, et mobiliser des partenariats extérieurs efficaces, en particulier pour relancer les capacités de raffinage.
Pourquoi est-ce important ?
Pour l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest, le succès de NNPC constitue un signal encourageant : il montre qu’une compagnie nationale, bien réformée, peut redevenir un moteur de croissance et de développement. Pour des pays comme le Togo, le Bénin, le Ghana, le Nigeria ou encore le Niger, confrontés à la volatilité des marchés, aux crises fiscales, à l’accès limité à l’énergie, cela ouvre des perspectives : un marché énergétique plus stable, plus intégré, capable d’attirer des investissements massifs.
Si NNPC parvient à porter sa production, à développer les gazoducs régionaux, et à exporter du gaz ou des produits raffinés, cela pourrait renforcer l’interconnexion énergétique sous-régionale, stabiliser les prix, et favoriser le développement industriel dans plusieurs pays de la zone.
Plus largement, c’est un message fort pour les États africains : que la valorisation des ressources naturelles, pétrole, gaz, n’est rentable qu’au prix d’un cadre institutionnel solide, d’une gestion rigoureuse, et d’une vision stratégique. Dans un contexte global de transition énergétique, les revenus tirés du pétrole et du gaz peuvent servir de tremplin pour financer des infrastructures, diversifier les économies, et accompagner la mutation vers des énergies plus propres.
Le redressement de NNPC est donc bien plus qu’un simple record financier : il incarne une nouvelle ère pour le secteur énergétique africain, structurée, ambitieuse, tournée vers l’avenir.