Dangote décroche les étoiles avec Honeywell, un pari audacieux pour doubler sa capacité de raffinage
Les points clés :
La Dangote Refinery s’associe à la multinationale américaine Honeywell International Inc. pour porter sa capacité de raffinage de 650 000 à 1,4 million de barils par jour d’ici 2028, via une montée en puissance technologique.
Cet accord inclut l’adoption de la technologie Oleflex de Honeywell pour produire jusqu’à 2,4 millions de tonnes de polypropylène par an, doublant presque la capacité actuelle de production pétrochimique.
En transformant la raffinerie en un géant mondial, Dangote vise non seulement à satisfaire la demande nigériane, mais potentiellement à alimenter le marché pétrolier et pétrochimique ouest-africain, une perspective de souveraineté et d’intégration régionale.
Le 25 novembre 2025, la nouvelle est tombée : Dangote Refinery a officiellement sélectionné Honeywell International pour l’aider à doubler sa capacité de raffinage. L’accord, rendu public via le canal de presse de Honeywell, prévoit l’ajout de technologies de pointe, d’équipements spécialisés et de catalyseurs propriétaires visant à permettre à la raffinerie de traiter une plus grande diversité de bruts et de multiplier les volumes raffinés.
Actuellement, la raffinerie située dans la zone franche de Lekki (État de Lagos, Nigéria) fonctionne à 650 000 barils par jour, ce qui en fait déjà la plus grande raffinerie “single-train” d’Afrique, voire du monde. L’objectif de 1,4 million bpd, atteint d’ici 2028, ferait basculer Dangote dans le club très fermé des raffineries les plus grandes du monde, avec un impact majeur sur le marché énergétique africain.
Au-delà du raffinage, le partenariat s’étend au secteur pétrochimique : grâce à la technologie Oleflex de Honeywell, Dangote prévoit d'augmenter sa production annuelle de polypropylène à environ 2,4 millions de tonnes, contre des volumes beaucoup plus modestes actuellement. Ces matériaux, utilisé dans l’emballage, l’automobile, l’industrie plastique, pourrait rencontrer une demande croissante sur le continent, ouvrant des débouchés industriels larges pour le Nigéria et ses voisins.
Selon plusieurs sources médiatiques, le contrat entre Dangote et Honeywell pourrait dépasser les 250 millions de dollars, un investissement conséquent, mais cohérent avec l’ampleur du projet. Dangote avait initialement investi quelque 20 milliards de dollars pour bâtir la raffinerie de Lekki.
Au cœur de la stratégie : technologie, souveraineté, économies d’échelle
Le choix de Honeywell n’est pas anodin. Depuis près d’une décennie, la division UOP de l’américain fournit déjà des technologies de raffinage à Dangote, catalyseurs, régénérateurs, échangeurs, colonnes de distillation… Autant de briques techniques qui ont permis à la raffinerie de fonctionner et de dégager progressivement de la valeur.
L’accord de 2025 marque un passage à la vitesse supérieure : en améliorant la flexibilité des unités, c’est-à-dire la capacité à traiter des bruts variés, Dangote sécurise un approvisionnement plus stable, ce qui réduit la dépendance aux importations de produits raffinés. Dans un pays longtemps dépendant des importations malgré une production nationale de pétrole, c’est un bouleversement.
D’un point de vue économique, les économies d’échelle sont significatives : plus de volume raffiné, plus de produits à vendre, essence, diesel, kérosène, mais aussi produits pétrochimiques. Cela permet de lisser les coûts, amortir les investissements, et potentiellement offrir des prix plus compétitifs tant pour le marché domestique que pour l’exportation.
Enfin, l’essor de la production de polypropylène ouvre des perspectives industrielles : fabrication d’emballages, composants plastiques, pièces automobiles, autant de secteurs susceptibles de se développer sur le continent africain, avec un approvisionnement local en matières premières, réduction des importations de plastiques, et création d’emplois.
Défis et incertitudes sur le chemin de la transformation
Si le plan apparaît robuste, plusieurs obstacles pourraient freiner la pleine réalisation des ambitions. D’abord, l’ampleur de l’investissement, plusieurs centaines de millions de dollars, implique un horizon de rentabilité long, et une dépendance à la stabilité des marchés pétroliers mondiaux. Or, comme l’a souligné récemment un rapport cité par certains médias, la surproduction mondiale pourrait ramener le prix du baril à un niveau bas d’ici 2027, ce qui rend les marges moins prévisibles.
Ensuite, la logistique et l’approvisionnement en brut de qualité adaptée peuvent poser problème. Même si Honeywell promet la capacité de traiter une gamme large de bruts, l’acheminement, le stockage, la continuité de la production restent des défis opérationnels non négligeables.
Sur le plan politique et institutionnel, le succès dépend aussi de la régulation, de la gouvernance du secteur, transparence, prévention des sabotages, marché interne stable, mais aussi harmonisation régionale si Dangote veut exporter et alimenter des pays voisins.
Enfin, pour que la transformation profite à l’économie réelle, emplois, industries locales, prix abordables, il faudra que les gains ne soient pas captés uniquement par des acteurs internationaux ou des élites, mais redistribués dans le pays et la sous-région.
Pourquoi est-ce important ?
Le rapprochement entre Dangote et Honeywell n’est pas seulement une affaire nigériane : c’est potentiellement un tournant pour l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest. En créant une raffinerie de cette ampleur, le Nigéria, premier producteur de pétrole du continent, franchit un palier vers la souveraineté énergétique. Cela pourrait réduire drastiquement les importations de carburants raffinés, libérer des ressources en devises, stabiliser les prix à la pompe, et rendre l’énergie plus fiable.
Pour les pays voisins, Togo, Bénin, Ghana, Côte d’Ivoire, et au-delà, cela ouvre la perspective d’un approvisionnement régional en carburants et produits pétrochimiques, moins coûteux et moins soumis aux fluctuations mondiales. À terme, cela pourrait faciliter le développement d’industries locales (plastiques, emballage, automobile, matériaux), grâce à un accès plus abordable aux intrants.
Sur le plan macroéconomique, la montée en puissance de Dangote pourrait renforcer la balance commerciale nigériane, améliorer la stabilité monétaire, et attirer des investissements étrangers, un signal positif dans un contexte africain souvent fragilisé par la volatilité des matières premières.
Mais surtout, ce projet illustre ce que peuvent accomplir des entrepreneurs africains quand ils combinent vision industrielle, partenariats technologiques internationaux, et ancrage local : une transformation structurelle, devenue possible, capable de changer la donne énergétique du continent.
Le pari de Dangote, s’il aboutit, remettra en question le modèle importateur, fera tomber les barrières à l’industrialisation, et pourrait inspirer d’autres projets similaires ailleurs en Afrique. Un tournant majeur, potentiellement historique.