États-Unis – Afrique : un geste tarifaire relance les espoirs d’un continent
Les points clés :
Les États-Unis ont supprimé, le 14–15 novembre 2025, les droits de douane réciproques sur une liste de produits agricoles (café, cacao, bananes, fruits tropicaux, bœuf, etc.), offrant une fenêtre d’opportunité pour les exportateurs africains.
Malgré une baisse de 13 % en 2024 des exportations africaines sous le régime African Growth and Opportunity Act (AGOA), l’Afrique maintient une croissance régulière des ventes agricoles (+6,05 % par an entre 2020 et 2024), suggérant un potentiel de reconquête du marché américain.
La donne reste complexe : l’expiration d’AGOA en 2025, l’incertitude sur sa reconduction, et le contexte global de protectionnisme américain peuvent compromettre les gains potentiels.
En novembre 2025, le président Donald J. Trump a signé un décret visant à lever les droits de douane « réciproques » qu’il avait lui-même instaurés plus tôt cette année sur diverses importations. Parmi les produits désormais exemptés figurent des denrées alimentaires que les États-Unis ne produisent pas en quantités suffisantes : café, thé, cacao, fruits tropicaux (bananes, oranges, mangues…), certaines viandes (bœuf), tomates, épices, et jus de fruits.
Ce volte-face s’explique officiellement par la volonté de faire baisser le coût de la vie pour les consommateurs américains, dans un contexte d’inflation persistante. Pour l’Afrique, cette décision constitue un revers spectaculaire dans un environnement mondial tendu, mais aussi une opportunité, si les acteurs africains savent s’y insérer.
L’Afrique agricole : une dynamique qui persistait malgré les vents contraires
Malgré des incertitudes croissantes, les exportations agricoles africaines vers les États-Unis suivaient une dynamique positive avant 2025. Selon un article récent, les achats américains de produits agricoles en provenance d’Afrique ont augmenté en moyenne de 6,05 % par an entre 2020 et 2024, passant de 3,13 milliards USD à 3,96 milliards USD.
Même si la part de l’Afrique dans les importations agricoles américaines reste limitée (moins de 5 %), cette progression régulière indique que certains exportateurs africains, notamment dans le cacao, le café, les fruits tropicaux et les épices, trouvent progressivement un ancrage stable sur le marché américain.
Mais le contexte reste fragile. En 2024, les exportations sous AGOA ont enregistré une baisse de 13 % (8 milliards USD en 2024 contre un niveau supérieur en 2023) selon un rapport du Congressional Research Service (CRS). Cette contraction illustre les effets des incertitudes sur la politique commerciale américaine, et le recul de la confiance des acheteurs américains vis-à-vis de certains flux africains.
Une fenêtre d’opportunité, si l’Afrique sait saisir le moment
L’allègement tarifaire de novembre 2025 crée une fenêtre, peut-être temporaire, pour les exportateurs africains. Les produits exemptés (café, cacao, fruits tropicaux, bananes, certaines viandes) correspondent en effet à une partie importante de l’offre agricole de l’Afrique subsaharienne.
À condition que les producteurs et exportateurs africains disposent des capacités logistiques, qualité, traçabilité, et des volumes suffisants, ils peuvent profiter de ce contexte pour reconquérir une part plus significative du marché américain. L’exonération des droits de douane peut en outre améliorer la compétitivité de leurs prix, face à des concurrents en Amérique latine, en Asie ou en Europe.
Sur le long terme, si une bonne partie des exportations agricoles africaines se stabilise, le continent pourrait progressivement développer des chaînes de valeur plus fortes, de l’agriculture à l’exportation, voire à la transformation, pour aller au-delà des matières premières non transformées.
Mais des risques majeurs pèsent sur cette dynamique
Toutefois, plusieurs incertitudes pèsent lourd sur l’avenir. D’abord, le régime de préférences commerciales AGOA, qui a longtemps été un moteur des exportations africaines vers les États-Unis, a expiré en septembre 2025. Malgré des appels à son renouvellement, l’isolement du dossier dans un Congrès américain concentré sur la lutte contre le déficit budgétaire rend l’avenir incertain.
Ensuite, la politique commerciale américaine reste volatile. Comme on l’a vu en 2025, des cycles de droits de douane et d’exonérations peuvent se succéder, rendant l’environnement incertain pour les exportateurs africains. Une mauvaise planification ou une dépendance trop forte aux préférences américaines pourrait s’avérer risquée.
Enfin, l’Afrique reste en concurrence avec des régions mieux structurées (Amérique latine, Asie, Europe) qui disposent de chaînes logistiques, de qualité de production, de standards sanitaires, d’habitudes sur le marché américain, des atouts parfois supérieurs à ceux des exportateurs africains.
Selon le rapport 2024 de l’USDA, les importations agricoles des États-Unis ont atteint un record en 2024, avec une forte demande pour les produits horticoles, fruits, légumes, produits transformés, des segments dominés par des fournisseurs établis. Cela signifie que l’Afrique devra non seulement proposer des prix compétitifs, mais aussi répondre à des standards non tarifaires (qualité, traçabilité, SPS et normes sanitaires et phytosanitaires) pour percer réellement. Un travail de long terme donc, loin de la simple euphorie.
Pourquoi est-ce important ?
Cette décision américaine de novembre 2025 n’est pas un simple geste tarifaire. Elle révèle un retournement de politique qui, pour l’Afrique, compense, peut-être de manière inattendue, des années de doute et d’incertitudes sur l’accès au marché américain.
D’abord parce qu’elle offre aux producteurs agricoles africains une nouvelle fenêtre d’opportunité concrète : la demande américaine pour produits tropicaux, café, cacao, fruits exotiques, viandes importées reste forte, et l’exonération tarifaire améliore la compétitivité de l’offre africaine.
Ensuite parce qu’elle pourrait stimuler une diversification des exportations africaines : loin de la simple matière première brute, les pays africains pourraient investir dans des chaînes de valeur, promouvoir l’agro-transformation, renforcer la qualité, la traçabilité, l’accès aux marchés mondiaux.
Enfin parce qu’à l’échelle macroéconomique, un regain des exportations agricoles africaines vers les États-Unis pourrait générer des devises importantes, améliorer les revenus des agriculteurs et des ruraux, soutenir des filières agricoles, créer de l’emploi, dans un contexte de fragilité économique structurelle pour beaucoup de pays africains.
Mais l’impact réel dépendra de la capacité des États africains, des exportateurs, des agriculteurs, à se structurer, qualité, logistique, conformité, pour transformer cette fenêtre d’opportunité en relance durable. Le geste de Washington est peut-être l’étincelle : encore faut-il que l’Afrique en fasse un feu durable.