Boom des métaux précieux : pourquoi l’or, l’argent et le platine s’envolent vers des sommets inédits
Les points clés :
Les prix de l’or, de l’argent et du platine ont connu une hausse historique en 2025, tirés par une forte demande refuge, des achats massifs des banques centrales et des tensions géopolitiques globales.
L’or a brièvement dépassé 4 300 dollars l’once, et plusieurs institutions financières majeures projettent des niveaux encore plus élevés en 2026, certains objectifs approchant 5 000 $ l’once.
La dynamique de l’argent et du platine est également portée par une combinaison de croissance industrielle, d’offres limitées et de repositionnement stratégique des flux d’investissement.
L’année 2025 restera gravée dans les annales des marchés des matières premières comme une période de surperformance spectaculaire pour les métaux précieux, avec des hausses qui ont redéfini les dynamiques d’investissement mondiales et redessiné la place des actifs refuges dans les portefeuilles. Cette tendance, loin d’être isolée, se situe au croisement de facteurs macroéconomiques, géopolitiques, monétaires et structurels, qui poussent les métaux précieux vers de nouveaux sommets et au-delà.
L’or, traditionnellement considéré comme la valeur refuge par excellence, a particulièrement brillé. En 2025, ses prix ont augmenté d’environ 42 à 67 % selon les sources, un rallye qui s’apparente à celui observé à la fin des années 1970 dans un contexte d’incertitude mondiale croissante. Cette montée spectaculaire s’explique notamment par la combinaison d’une demande robuste des investisseurs institutionnels, de flux massifs vers les véhicules d’investissement adossés au métal (ETF) et de gains considérables réalisés par les banques centrales dans leurs réserves stratégiques. La Banque nationale suisse, par exemple, a enregistré en 2025 l’un des plus hauts profits de son histoire en grande partie grâce à la hausse des prix de l’or détenu.
D’autres estimations récentes prolongent cette dynamique. Des analystes de grandes institutions financières envisagent que l’or pourrait atteindre 5 000 $ l’once ou davantage d’ici à la fin de 2026, reflet d’un consensus de marché de plus en plus haussier si les moteurs structurels restent en place. Ces projections reposent sur plusieurs vecteurs : la poursuite des achats officiels de banques centrales, la faiblesse persistante du dollar américain, des anticipations de baisse des taux d’intérêt aux États-Unis, et un contexte géopolitique mondial marqué par l’incertitude.
L’argent, jadis relégué au second plan derrière l’or, a connu lui aussi une expansion sans précédent en 2025. Les cours ont atteint des sommets autour de 54 $ l’once avant de se stabiliser, soutenus à la fois par son rôle de valeur refuge et par une demande industrielle en croissance, notamment dans les technologies liées aux énergies renouvelables et aux composants électroniques, secteurs qui représentent plus de la moitié de la demande globale. Cette double nature de l’argent, à la fois actif financier et matière première industrielle, en fait un élément central des stratégies d’investissement dans un monde en transition énergétique.
Les perspectives pour l’argent restent globalement positives pour 2026, avec une demande qui devrait dépasser l’offre, créant un moteur haussier sur les prix malgré la volatilité attendue. Des institutions projetteraient même, dans des scénarios extrêmes, des niveaux de prix encore supérieurs, illustrant l’intérêt croissant pour ce métal à des fins stratégiques et industrielles.
Le marché du platine, quant à lui, a également enregistré des progrès substantiels en 2025, avec des prix portés par des contraintes d’approvisionnement structurelles et une demande stable, bien que légèrement plus modérée dans certains segments industriels. L’Afrique du Sud, qui demeure le premier producteur mondial de platine, voit sa production limitée par des défis opérationnels persistants, tandis que le recyclage progresse mais ne compense pas entièrement le déficit structurel entre offre et demande. Sur la période de prévision, le platine devrait poursuivre une tendance haussière, reflétant une situation d’offre tendue face à une demande qui reste présente dans l’automobile, la joaillerie et certains secteurs industriels, même si la part de la demande automobile est susceptible de se réduire avec l’avènement des véhicules électriques.
Au plan géopolitique, la forte demande de métaux précieux reflète une période d’incertitude accrue, où les investisseurs cherchent à se protéger contre les risques de volatilité financière, d’instabilité politique et de pressions inflationnistes. Un rapport de la Banque mondiale sur les commodités souligne que les prix des métaux précieux ont atteint des niveaux records en grande partie à cause des tensions politiques globales et de l’affaiblissement du dollar, des facteurs qui continuent d’influencer les marchés jusqu’en 2026. Dans ce contexte, les banques centrales, particulièrement dans les marchés émergents, renforcent leurs réserves en or, doublant presque leur part de la demande totale par rapport à la période 2015-2019.
La dynamique des métaux précieux n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans un panorama plus large de redistribution des réserves financières, de diversification des portefeuilles et de recherche d’actifs ayant une faible corrélation avec les marchés actions et obligataires traditionnels. Cela reflète un mouvement global des capitaux vers des valeurs plus tangibles, souvent perçues comme des « actifs de protection » en période de turbulences macroéconomiques.
Pourquoi est-ce important ?
L’emballement des métaux précieux a des implications profondes pour l’économie mondiale et, par extension, pour les économies ouest-africaines. Dans une région où les marchés financiers sont encore en développement et où une grande partie de l’économie dépend des échanges avec les centres financiers internationaux, les mouvements des prix de l’or, de l’argent et du platine influencent directement les stratégies d’investissement, les flux de capitaux et la confiance des marchés.
Pour les États situés dans la zone UEMOA et au-delà, ces métaux représentent également des avenues d’investissement potentiels ou de diversification des réserves de change. Historiquement, plusieurs banques centrales africaines ont accru leurs achats d’or ces dernières années pour stabiliser leurs réserves face à un dollar volatil et à des risques géopolitiques croissants, une tendance qui pourrait s’amplifier si les dynamiques actuelles persistent.
Sur le plan industriel, le rôle croissant de l’argent dans les technologies d’énergie renouvelable indique que la transition énergétique, particulièrement pertinente pour les économies cherchant à développer des industries vertes et durables, pourrait stimuler une demande durable sur le long terme. Cela peut ouvrir des opportunités pour les pays exportateurs de matières premières stratégiques ou pour les économies désireuses de développer des capacités locales de transformation.
Pour les investisseurs et les gestionnaires de fonds, la volatilité des métaux précieux appelle à une stratégie d’allocation prudente et bien informée, où l’intégration de ces actifs dans les portefeuilles peut servir à réduire le risque global et à améliorer la résilience face aux chocs macroéconomiques. Enfin, pour les politiques économiques, comprendre ces tendances permet d’anticiper les pressions inflationnistes mondiales, de calibrer les réponses monétaires et de saisir les opportunités pour renforcer la stabilité financière régionale.
En définitive, l’envolée des métaux précieux en 2025 et les projections pour 2026 ne traduisent pas seulement une variation de prix : elles racontent l’histoire d’un monde en mutation, à la recherche de sécurité et d’équilibre, où les valeurs tangibles redeviennent des repères dans un climat économique incertain, un signal fort pour les décideurs, les investisseurs et les économies émergentes.