Crise migratoire et répercussions économiques : les États-Unis gèlent les visas d’immigration pour 75 pays, 26 d’Afrique
Les points clés :
La suspension du traitement des visas d’immigration pour 75 pays, dont 26 États africains, par les États-Unis entrera en vigueur le 21 janvier 2026 et reste indéfinie.
La mesure, motivée par la volonté de réduire les entrées de personnes susceptibles d’utiliser des aides publiques, ne touche pas les visas temporaires (tourisme, affaires, études).
Cette décision aura des implications économiques transcontinentales, affectant non seulement les migrations, mais aussi les investissements, les envois de fonds et les liens entre États-Unis et Afrique.
L’annonce faite le 14 janvier 2026 par le département d’État des États-Unis d’une suspension indéfinie du traitement des visas d’immigration pour ressortissants de 75 pays représente une évolution significative de la politique migratoire américaine, à forte portée économique et géopolitique. Cette décision s’inscrit dans la continuité des orientations « America First » réaffirmées par l’administration du président Donald Trump, motivées par la volonté affirmée de réduire la dépendance de l’immigration légale vis-à-vis des aides publiques américaines, ce que Washington qualifie de « charge publique » ou public charge.
La suspension, qui prend effet le 21 janvier 2026, concerne exclusivement les visas d’immigration permanente (destinés à la résidence durable aux États-Unis), tout en épargnant les visas non-immigrants tels que les visas touristiques (B-1/B-2), d’affaires, d’études ou de travail temporaire. Les autorités américaines ont précisé que les entretiens consulaires pourraient encore se tenir, mais qu’aucune décision favorable ne sera prise tant que la suspension restera en vigueur, ce qui crée de facto une paralysie administrative pour des dizaines de milliers de demandeurs.
Sur le plan politique, c’est l’application plus stricte de la règle de la charge publique qui est mise en avant : l’administration affirme vouloir garantir que les futurs immigrants ne deviendront pas « un fardeau pour les programmes sociaux américains ». Cette justification s’inscrit dans une rhétorique plus large de contrôle migratoire durcie amorcée depuis la présidence précédente, amplifiée récemment par des mesures telles que l’expulsion de centaines de milliers de personnes et la révocation de plus de 100 000 visas, selon des chiffres rapportés par les médias internationaux.
La liste des pays concernés est vaste et diversifiée, incluant des nations d’Afrique, d’Asie, du Moyen-Orient, d’Amérique latine et d’Europe. Parmi les 26 pays africains touchés figurent l’Algérie, le Cameroun, le Cap-Vert, la Côte d’Ivoire, l’Égypte, l’Érythrée, l’Éthiopie, la Gambie, le Ghana, la Guinée, le Liberia, la Libye, le Maroc, le Nigeria, le Rwanda, le Sénégal, la Sierra Leone, la Somalie, le Soudan, le Soudan du Sud, la Tanzanie, le Togo, la Tunisie, et l’Ouganda. Cette mesure ne cible pas des pays spécifiques en fonction de leur situation géopolitique, mais selon une évaluation administrative des risques de dépendance aux prestations sociales, une approche qui a suscité de vives critiques de la part de nombreux observateurs.
Sur le plan socio-politique, la mesure a aussi été discutée dans le contexte d’un débat plus large aux États-Unis sur l’immigration légale et les aides sociales. Selon certaines analyses rapportées par la presse internationale, ce type de restrictions pourrait réduire le nombre de visas accordés de manière significative, privant potentiellement des dizaines de milliers de familles de la possibilité d’émigrer vers les États-Unis dans un futur proche.
D’un point de vue économique, cette suspension du traitement des visas d’immigration aura des répercussions multiples. Les migrations légales jouent un rôle crucial dans les économies africaines, notamment à travers les envois de fonds (remittances). En 2024, par exemple, les transferts des migrants dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne représentaient jusqu’à 10 % du PIB dans certaines économies, soutenant la consommation intérieure et l’investissement local. Le fait de restreindre durablement l’accès à l’immigration légale américaine risque donc de réduire ces flux monétaires essentiels, avec des effets en chaîne sur la consommation, la stabilité des comptes courants et les investissements privés dans les pays d’origine.
Les secteurs économiques liés à l’éducation et à la formation internationale seront également affectés. Bien que les visas d’études et temporaires ne soient pas directement suspendus par la mesure, la perception d’un durcissement global de la politique migratoire américaine peut dissuader des étudiants potentiels ou des talents hautement qualifiés de s’engager dans des parcours menant à la mobilité permanente. Ce phénomène pourrait, à terme, réduire les retombées positives de la diaspora en termes de transfert de compétences et de capital humain vers les économies africaines.
En parallèle, la mesure américaine intervient dans un contexte mondial de reconfiguration des politiques migratoires et des relations économiques internationales. Alors que des régions comme l’Union européenne et le Canada débattent également de l’équilibre entre attractivité pour les talents et pression sur les systèmes sociaux, l’approche américaine, plus restrictive, pourrait entraîner une redistribution des flux migratoires vers d’autres marchés, avec des implications pour la compétitivité des pays africains sur le plan des investissements directs étrangers (IDE) et des coopérations bilatérales.
Cette décision américaine a aussi un effet politique sur les relations diplomatiques entre Washington et les pays africains concernés. Certains gouvernements pourraient se retrouver sous pression interne, face à des populations dont les aspirations migratoires sont freinées, ce qui pourrait modifier les priorités politiques internes et les stratégies de partenariat extérieur.
Pourquoi est-ce important ?
La suspension du traitement des visas d’immigration par les États-Unis pour 75 pays, dont 26 africains, est un événement aux implications économiques, sociales et géopolitiques profondes. Au-delà des considérations strictement migratoires, cette mesure représente un choc potentiel pour les économies africaines, en perturbant les envois de fonds, en freinant la mobilité de la main-d’œuvre qualifiée et en affectant les plans d’investissement dans les pays d’origine des migrants. Dans une période où les économies africaines s’efforcent de renforcer leur intégration régionale, notamment à travers des initiatives comme la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), et d’attirer des capitaux internationaux, des restrictions sur l’accès aux marchés internationaux du travail et de l’immigration risquent de réduire la compétitivité globale du continent dans l’économie mondiale. Cette décision américaine met en lumière la nécessité pour les pays africains de développer des stratégies économiques internes robustes, diversifier leurs opportunités migratoires et renforcer leurs partenariats avec d’autres régions, afin de transformer les défis migratoires en opportunités de développement durable et inclusif.