Washington relance l’AGOA
Les points clés :
La Chambre des représentants américaine a adopté une prolongation de trois ans de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), rétablissant l’accès sans droits de douane au marché américain pour les produits africains.
Ce texte, désormais en attente d’examen au Sénat, est salué par l’Union africaine et de nombreux gouvernements africains, mais certains pays font face à des incertitudes sur leur éligibilité.
L’enjeu dépasse le simple commerce bilatéral et touche à la compétitivité, à l’emploi et à l’intégration des économies africaines dans les chaînes de valeur mondiales.
L’African Growth and Opportunity Act (AGOA) est plus qu’une simple loi commerciale : depuis son adoption en 2000, elle structure l’accès des économies subsahariennes aux marchés américains en franchise de droits de douane. Le 12 janvier 2026, la Chambre des représentants des États-Unis a voté massivement en faveur de la AGOA Extension Act (H.R. 6500), ouvrant la voie à une prolongation jusqu’au 31 décembre 2028, après l’expiration du régime le 30 septembre 2025. Ce vote, acquis par 340 voix contre 54, reflète un consensus bipartisan sur la valeur stratégique de l’AGOA pour les intérêts économiques américains et africains.
L’importance de cette initiative ne se mesure pas uniquement au nombre de voix parlementaires, mais à l’impact économique direct sur les partenaires africains. Dans les dernières années avant l’expiration de l’accord, les importations américaines en provenance des pays éligibles sous AGOA ont avoisiné 10 milliards de dollars par an, avec plus de 1 800 produits accédant au marché sans droits de douane. L’accès préférentiel a permis à de nombreux secteurs, textiles, agroalimentaire, produits manufacturés, de prospérer, créant des emplois et stimulant la transformation industrielle locale. L’interruption de l’accord fin 2025 avait plongé plusieurs économies dans l’incertitude, menaçant des milliers d’emplois dépendants de l’exportation vers les États-Unis.
La réaction des gouvernements africains a été immédiate et largement positive. L’Union africaine a salué le vote de la Chambre comme un « pilier des relations commerciales USA-Afrique », soulignant le rôle de l’AGOA dans la promotion de l’industrialisation, la création d’emplois et l’intégration des chaînes de valeur régionales. Au Kenya, le gouvernement estime que l’extension apportera de la clarté à plus de 80 000 emplois directs dans le secteur de l’habillement et environ 250 000 emplois indirects, particulièrement dans les zones franches d’exportation. Au Ghana, la décision est perçue comme un stimulant pour la production locale et la création d’emplois dans les industries du textile et de l’agro-transformation.
Cependant, des zones d’ombre demeurent, notamment concernant l’éligibilité de certains pays. L’Afrique du Sud, qui représente à elle seule près de 54 % des exportations africaines vers les États-Unis sous AGOA, a salué l’issue du vote, mais fait face à des interrogations sur sa participation future du fait de tensions diplomatiques et géopolitiques. Dans la pratique, ces questions d’éligibilité pourraient peser sur la confiance des investisseurs et des opérateurs économiques, qui avaient déjà souffert de plusieurs mois de tarifs MFN (Most Favoured Nation) standard depuis l’expiration de l’accord.
La prolongation proposée jusqu’en 2028 apporte une fenêtre de visibilité commerciale indispensable à des industries qui avaient été contraintes de payer des droits de douane élevés – parfois jusqu’à 30 % – sur des produits qui bénéficiaient historiquement d’exonérations sous AGOA. Pour des PME africaines, ce régime préférentiel est souvent synonyme de compétitivité internationale : le maintien de l’accès sans droits sur des produits agricoles, des biens manufacturés légers et des textiles alimente non seulement les recettes d’exportation, mais favorise aussi l’adoption de normes de production conformes aux marchés développés.
Sur le plan diplomatique, la poursuite de l’AGOA est également perçue comme un outil de coopération stratégique. Aux États-Unis, certains parlementaires ont explicitement lié la reconduction du programme à la nécessité de contrer l’influence croissante de puissances concurrentes, telles que la Chine et la Russie, sur le continent africain. Ce lien entre commerce et géopolitique économique souligne la valeur de l’AGOA non seulement comme instrument commercial, mais aussi comme vecteur d’alliances et de leadership sur les routes du commerce mondial.
L’impact de cette dynamique est particulièrement sensible pour les économies ouest-africaines, où l’intégration régionale et l’accès aux marchés internationaux demeurent un défi permanent. L’extension de l’AGOA offre à des pays comme le Bénin, le Burkina Faso, le Ghana, le Kenya ou le Sénégal une opportunité de renforcer leurs filières exportatrices, d’attirer des investissements directs étrangers et de diversifier leurs économies au-delà des ressources primaires. Dans un paysage commercial global où les accords de libre-échange et les initiatives régionales comme la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) prennent de l’ampleur, maintenir un accès préférentiel à un marché majeur comme celui des États-Unis s’avère un levier précieux pour stimuler la croissance.
Pourquoi est-ce important ?
L’adoption par la Chambre des représentants de la prolongation de l’AGOA constitue une étape décisive pour le commerce entre les États-Unis et l’Afrique, et plus largement pour le développement économique du continent. En offrant une stabilité juridique jusqu’à fin 2028, elle permet de restaurer la confiance des exportateurs et des investisseurs, qui avaient été ébranlés par l’expiration du régime en septembre 2025. Cette visibilité est cruciale pour planifier les expansions industrielles, renforcer les chaînes de valeur régionales et attirer les capitaux nécessaires à la transformation économique.
À l’échelle ouest-africaine, l’AGOA contribue à l’ancrage des économies dans les flux commerciaux mondiaux, à la création d’emplois formels et à la montée en compétence des entreprises locales. Dans un contexte de concurrence internationale où les économies africaines cherchent à diversifier leurs partenaires commerciaux, cette prolongation offre un cadre d’opportunité pour accroître les exportations hors matières premières et consolider des secteurs manufacturiers naissants. Enfin, l’issue favorable attendue au Sénat américain pourrait envoyer un signal fort à l’ensemble de la communauté économique mondiale, renforçant l’attractivité du continent comme un espace viable pour les investissements durables et mutuellement bénéfiques dans les décennies à venir.