Le poulet brésilien conquiert l’Afrique : hausse de 74 % des importations en cinq ans
Les points clés :
Les importations africaines de poulet brésilien ont atteint 965 699 tonnes en 2024, en hausse de 18,25 % sur un an et de 74 % en cinq ans selon l’ABPA.
L’Afrique du Sud domine le marché africain, concentrant environ un tiers des achats, suivie par la Libye, le Ghana et l’Angola.
La flambée des exportations brésiliennes se heurte désormais à des risques sanitaires (grippe aviaire) qui pourraient redessiner les dynamiques commerciales d’ici 2025–2026.
Depuis plusieurs années, le poulet brésilien s’est imposé comme une composante majeure de l’alimentation en Afrique, continent structurellement déficitaire en production de viande blanche et fortement dépendant des importations pour satisfaire une demande croissante en protéines animales. Selon le dernier rapport annuel 2025 de l’Association brésilienne des protéines animales (ABPA), les pays africains ont importé 965 699 tonnes de viande de poulet en provenance du Brésil au cours de l’année 2024, soit une augmentation de 18,25 % par rapport à 2023, confirmant l’essor continu de cette filière dans l’économie alimentaire du continent.
Cette progression s’inscrit dans une croissance de 74 % sur cinq ans, puisque les exportations brésiliennes vers l’Afrique sont passées de 555 734 tonnes en 2020 à plus de 965 000 tonnes en 2024, avec un taux de croissance annuel moyen estimé à 14,81 % entre 2020 et 2024. Cette dynamique illustre à la fois l’intégration croissante de l’Afrique dans les réseaux commerciaux globaux et la transformation des habitudes alimentaires urbaines et rurales, où la viande de poulet occupe une place centrale dans les apports en protéines.
Sur le plan géographique, l’Afrique du Sud demeure de loin le premier débouché pour le poulet brésilien sur le continent, important 325 409 tonnes en 2024, soit environ un tiers du volume total. Derrière Pretoria, la Libye représente 10,34 % des importations africaines, suivie du Ghana (9,74 %), de l’Angola (9,11 %) et de la République du Congo (4,98 %). Au total, 44 pays africains ont acheté du poulet brésilien en 2024, preuve de la diversité des marchés couverts.
Plusieurs marchés africains se distinguent par des rythmes de croissance spectaculaires. Le Ghana est l’exemple le plus frappant : ses importations ont été multipliées par six entre 2020 et 2024, passant de 15 268 tonnes à 94 130 tonnes, positionnant désormais le pays en troisième place des clients africains du Brésil. De même, la République du Congo a vu ses achats plus que quadrupler sur la même période, de 11 239 tonnes à 48 170 tonnes, faisant émerger ce marché comme un débouché en forte croissance pour les exportateurs brésiliens.
Cette montée en puissance du poulet importé s’explique par plusieurs facteurs interdépendants. D’une part, la production locale dans de nombreux pays africains demeure insuffisante pour répondre à une demande alimentaire et démographique en expansion. D’après l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), les importations de volaille représentent une part importante des besoins du continent, avec un marché global qui avoisine 1,8 million de tonnes par an, dont près de 40 % provenaient du Brésil déjà en 2023. D’autre part, la compétitivité du poulet brésilien est renforcée par des coûts de production relativement bas au Brésil, une grande capacité logistique et une longue tradition d’exportation vers les marchés internationaux, où le Brésil est l’un des principaux fournisseurs mondiaux de volaille.
L’Afrique, du reste, ne se contente pas d’importer davantage : elle représente aujourd’hui le troisième marché mondial pour le poulet brésilien, derrière l’Asie et le Moyen-Orient, ce qui illustre l’importance stratégique de ce continent pour les exportateurs sud-américains. En 2023, le rapport annuel de l’ABPA indiquait déjà que l’Afrique avait absorbé 816 000 tonnes, soit 16 % des exportations totales brésiliennes, une proportion qui s’est accrue en 2024 avec l’évolution observée.
Toutefois, cette dynamique ascendante n’est pas sans défis. En mai 2025, le Brésil a confirmé la présence de la grippe aviaire (H5N1) dans un élevage commercial situé dans l’État du Rio Grande do Sul, principal centre d’exportation de volaille du pays. Cette crise sanitaire, qui a entraîné des suspensions temporaires de commandes de certains partenaires commerciaux notamment la Chine et l’Union européenne, pourrait aussi impacter les flux vers l’Afrique si des restrictions durables étaient décidées par les autorités sanitaires ou commerciales locales.
Dans ce contexte, plusieurs pays africains avaient déjà adopté des mesures prudentes au lendemain de l’annonce du foyer de grippe aviaire. En 2025, par exemple, l’Afrique du Sud avait temporairement interdit certaines importations brésiliennes, tandis que l’Angola avait opté pour des restrictions partielles, illustrant la sensibilité des marchés africains aux enjeux sanitaires internationaux.
D’un point de vue économique, l’essor du poulet brésilien en Afrique traduit plus qu’un simple gain de parts de marché : il est le reflet d’une interdépendance croissante entre économies agricoles mondiales et chaînes d’approvisionnement alimentaires africaines. Alors que la demande de protéines animales augmente avec l’urbanisation et la croissance démographique, les pays africains se tournent vers des fournisseurs capables d’offrir volumes, régularité et prix compétitifs. Pour certains gouvernements, cette dépendance pose toutefois des questions de souveraineté alimentaire et de soutien aux filières locales, souvent fragiles face à la concurrence d’importations bon marché.
Pourquoi est-ce important ?
L’ascension du poulet brésilien sur les marchés africains a des implications multiples pour l’économie ouest-africaine et africaine en général. Sur le plan nutritionnel et social, elle contribue à l’accès à une source essentielle de protéines pour des millions de consommateurs, tout en contribuant à la stabilité alimentaire dans des contextes de pression démographique. Sur le plan économique, cette dépendance accrue aux importations expose les économies africaines aux aléas des marchés mondiaux, des fluctuations de prix et des risques sanitaires comme ceux liés à la grippe aviaire. Enfin, du point de vue politique et industriel, la situation met en lumière la nécessité pour les pays africains d’investir davantage dans leurs propres capacités de production avicole, afin de réduire leur vulnérabilité externe tout en valorisant les chaînes de valeur locales. Dans un contexte où la sécurité alimentaire est un objectif stratégique pour les gouvernements et les organisations régionales, la trajectoire du poulet brésilien en Afrique constitue un indicateur clé des défis et opportunités du commerce agricole globalisé.