UMOA-Titres : vers une mobilisation record de 463 milliards FCFA en 2026 au Togo
Les points clés :
Le Togo prévoit de lever 463 milliards FCFA via le marché régional des titres publics UMOA-Titres en 2026, soit +39,5 % par rapport à l’objectif initial de 332 milliards FCFA en 2025.
Cette stratégie s’appuie sur des émissions combinées de Bons Assimilables du Trésor (BAT) et d’Obligations Assimilables du Trésor (OAT) étalées sur l’année pour financer le budget national de 2 751,5 milliards FCFA.
Le marché UMOA-Titres continue d’attirer des investisseurs régionaux, avec des couvertures d’offres très supérieures aux objectifs lors des adjudications récentes.
Dans la perspective budgétaire 2026, le Togo fait le pari d’une mobilisation substantielle de ses ressources financières via le marché régional des titres publics coordonné par l’agence Umoa-Titres, avec une ambition affichée de 463 milliards FCFA à lever auprès des investisseurs institutionnels et individuels de la sous-région. Cette projection, formalisée dans la loi de finances 2026, représente une hausse notable de 39,5 % par rapport à l’objectif prévu pour l’année précédente (332 milliards FCFA).
Cette démarche répond à un double impératif : d’une part, renforcer les financements internes pour réduire la dépendance à l’égard de ressources externes potentiellement coûteuses ; d’autre part, soutenir le financement des priorités du gouvernement inscrites dans un budget national équilibré en recettes et en dépenses à 2 751,5 milliards FCFA pour 2026. Dans une région où la gestion de la dette publique est un enjeu central, l’augmentation des ressources levées via UMOA-Titres traduit une volonté affirmée de consolider la crédibilité financière du Togo auprès des investisseurs de l’Union Monétaire Ouest Africaine.
Le recours aux Bons Assimilables du Trésor (BAT) et aux Obligations Assimilables du Trésor (OAT) est devenu, ces dernières années, une composante stratégique de la gestion de la dette publique togolaise. Les BAT, titres à court terme généralement émis sur des maturités de moins d’un an, permettent d’ajuster les besoins de trésorerie à court terme, tandis que les OAT, avec des maturités plus longues, contribuent à structurer le portefeuille de dette en étalant les échéances. Des émissions régulières tout au long de l’année permettent ainsi de lisser les pressions financières et d’entretenir la présence du Togo sur le marché régional.
Les performances du pays sur ce segment sont encourageantes. En mai 2025, une émission a permis au Togo de lever 22 milliards FCFA, dépassant son objectif initial, avec un taux de couverture très élevé de 399,56 %, signe de l’appétit des investisseurs pour les titres publics togolais. Plus récemment, en octobre 2025, le Togo a mobilisé 27,5 milliards FCFA, une opération également bien couverte par le marché. Ces émissions isolées s’inscrivent dans un calendrier plus large d’actions qui ont permis au pays de rapprocher ses levées de fonds de l’objectif initial de 332 milliards FCFA pour 2025, avec, par exemple, une opération de 33 milliards FCFA levés en novembre 2025 avec un taux de couverture de 160,86 %.
Pour le Togo, la hausse projetée à 463 milliards FCFA en 2026 reflète non seulement l’ambition de financer davantage de projets publics, mais aussi de renforcer la résilience des finances publiques. Cela intervient dans un contexte où, selon des données officielles, le pays a dû déjà rembourser 302 milliards FCFA de dettes sur le marché UMOA-Titres au premier semestre 2025, soit une hausse de 22,5 % par rapport à la même période en 2024. Cette dynamique souligne une gestion active du portefeuille de dette, combinant remboursement et renouvellement des titres.
La forte demande observée pour les émissions togolaises témoigne de la confiance des investisseurs régionaux dans la signature de Lomé. Dans un environnement où plusieurs économies de l’UEMOA (Union Monétaire Ouest Africaine) cherchent à se refinancer à des conditions favorables, la capacité du Togo à attirer des capitaux sur le marché des titres publics est un indicateur de stabilité relative. En comparaison, d’autres États de la zone ajustent également leurs stratégies pour répondre à des besoins de financement accrus sans compromettre la soutenabilité de leurs dettes.
Sur le marché obligataire régional, l’établissement de taux attractifs et l’adaptation des maturités jouent un rôle clé dans la mobilisation des capitaux. Par exemple, sur certaines émissions récentes, les OAT ont été proposées avec des taux d’intérêt fixes autour de 6,25 %, ce qui témoigne d’un compromis entre attractivité pour les investisseurs et maîtrise des coûts pour le Trésor.
Toutefois, la montée en puissance de la mobilisation via le marché UMOA-Titres s’inscrit dans un contexte opposé de pression budgétaire et d’incertitudes macroéconomiques. À l’échelle régionale, l’UEMOA fait face à des défis communs, notamment la nécessité de diversifier les sources de financement, de réduire la vulnérabilité aux chocs externes et d’améliorer la structure de la dette publique. La stratégie togolaise, qui mise sur une intégration plus profonde au marché financier régional, pourrait servir de modèle à d’autres pays de la sous-région confrontés à des besoins similaires tout en préservant la soutenabilité.
Par ailleurs, la participation continue des investisseurs à ces émissions indique une maturité croissante du marché financier ouest-africain. Une telle dynamique encourage la création de produits financiers plus innovants et peut contribuer à renforcer la liquidité et la profondeur du marché, rendant l’UEMOA plus attractive pour les capitaux longs. Dans ce contexte, la mobilisation de 463 milliards FCFA en 2026 pourrait également jouer un rôle catalyseur pour des initiatives plus ambitieuses en matière de financements régionaux.
Pourquoi est-ce important ?
La projection du Togo visant à lever 463 milliards FCFA en 2026 sur le marché UMOA-Titres est significative non seulement pour la gouvernance économique du pays, mais aussi pour l’ensemble de l’économie ouest-africaine. Premièrement, elle illustre l’importance croissante des marchés régionaux de capitaux comme alternative aux financements externes traditionnels, réduisant la dépendance vis-à-vis des prêts multilatéraux ou bilatéraux onéreux. Deuxièmement, cette mobilisation soutient directement la mise en œuvre du budget national, essentiel pour financer les priorités de développement, stimuler la croissance et répondre aux besoins sociaux. Enfin, en renforçant la confiance des investisseurs régionaux et internationaux, la stratégie togolaise contribue à dynamiser le marché financier ouest-africain, encourageant la circulation des capitaux et la coopération économique entre États membres de l’UEMOA. Dans un paysage macroéconomique où la gestion de la dette publique est un défi majeur, la capacité du Togo à lever des fonds importants tout en maintenant l’intérêt des investisseurs représente une étape clé vers une intégration financière régionale plus profonde et plus résiliente.