Nigeria : une trajectoire de consolidation vers 4,68 % de croissance en 2026
Les points clés :
Le Nigeria anticipe une croissance économique de 4,68 % en 2026, portée par la stabilisation de l’inflation, de la monnaie et des réformes structurelles.
L’inflation, qui avait dépassé 33 % en 2024, est retombée autour de 14,45 % en novembre 2025, avant de s’établir en moyenne autour de 16,5 % en 2026.
Le ratio dette publique/PIB a diminué à 36,1 %, l’un des niveaux les plus faibles du continent malgré une hausse nominale apparente de l’endettement.
À l’aube de 2026, le Nigeria, première économie de l’Afrique subsaharienne, projette une étape majeure de sa trajectoire macroéconomique en consolidant les réformes initiées depuis 2023 pour stabiliser une économie longtemps marquée par l’inflation, la volatilité du taux de change et les distorsions fiscales. Selon les autorités nigérianes, l’économie devrait croître de 4,68 % en 2026, un chiffre qui dépasse les estimations antérieures de la Banque centrale du Nigeria (4,49 %) et de l’International Monetary Fund (IMF) qui voyait une hausse à 4,4 % dans ses projections récentes.
Cette projection optimiste a été présentée le 15 janvier 2026 par le ministre des Finances, Wale Edun, lors du lancement du rapport sur les perspectives macroéconomiques du pays, marquant une nouvelle phase que le gouvernement qualifie de « consolidation économique » après deux années de réformes jugées difficiles mais structurantes. Ces réformes incluent notamment la suppression des subventions coûteuses sur les carburants, l’unification des différents taux de change du naira et la refonte du système fiscal pour renforcer la transparence et la collecte des recettes publiques, des mesures que l’administration du président Bola Tinubu a mises en œuvre dès son arrivée au pouvoir en 2023.
Sur le front de l’inflation, un indicateur sensible pour les ménages et les entreprises, l’évolution est spectaculaire. Après avoir culminé à plus de 33 % en 2024, elle est tombée à 14,45 % en novembre 2025, et devrait se stabiliser autour de 16,5 % en moyenne en 2026, selon le gouvernement nigérian. Ce reflux est le fruit de politiques monétaires plus strictes, d’une meilleure gestion des prix des denrées de première nécessité et d’un cadre de change plus prévisible, avec le naira qui s’est renforcé sous la barre des 1 500 pour 1 dollar. Certaines institutions financières privées vont encore plus loin en anticipant une inflation à un niveau inférieur, certains banquiers évoquant même une inflation en chiffres uniques si les mesures de stabilisation se poursuivent efficacement.
La stabilité monétaire a aussi été soutenue par un renforcement des réserves extérieures, qui ont progressé à environ 45,5 milliards USD fin 2025, offrant un filet de sécurité appréciable dans un environnement mondial incertain. Parallèlement, la Bourse nigériane a affiché une performance notable, avec une progression annuelle significative, reflétant une amélioration de la confiance des investisseurs nationaux et étrangers. Cette attractivité a été renforcée par des notations positives et des perspectives plus favorables des grandes agences de notation internationales, qui ont salué les réformes structurelles et l’engagement du gouvernement à améliorer le climat des affaires.
Un volet essentiel de cette dynamique est la gestion de la dette publique, un sujet qui préoccupait jusqu’ici les marchés et les observateurs économiques. Officiellement, le niveau de l’endettement nigérian s’élève à 152 000 milliards de nairas (environ 107 milliards USD), mais le ministre des Finances a clarifié que cette hausse nominale reflète surtout une amélioration de la transparence comptable et l’incorporation de certaines dettes antérieurement non enregistrées, ainsi que des réévaluations liées à la réforme du taux de change. Après ces ajustements, le ratio dette/PIB a reculé à 36,1 %, ce qui place le Nigeria nettement en dessous de la moyenne mondiale et parmi les plus bas niveaux en Afrique, renforçant ainsi sa soutenabilité budgétaire.
Les autorités nigérianes insistent sur le fait que cette étape de consolidation ne doit pas être interprétée comme un signe de relâchement dans l’effort de réforme, mais plutôt comme le socle sur lequel bâtir une croissance plus inclusive, créatrice d’emplois et susceptible d’améliorer le niveau de vie de la population. À cet effet, le gouvernement a annoncé de nouvelles initiatives visant à numériser la collecte des recettes publiques, à renforcer la transparence des finances, à réformer le cadre fiscal pour exonérer les denrées alimentaires de base et soutenir les petites entreprises, tout en élargissant l’assiette fiscale pour accroître les recettes nationales.
Dans le même esprit, des mesures sont prévues pour améliorer le climat des affaires et soutenir le développement du capital humain, des facteurs essentiels pour soutenir une croissance durable à long terme. L’accent sur une stratégie pro-pauvres, combinée à une fiscalité plus équitable, est présenté comme un élément clé pour garantir que les bénéfices de la croissance se diffusent plus largement dans la société.
Les perspectives externes restent toutefois sensibles à des facteurs mondiaux tels que l’évolution des prix du pétrole, principal produit d’exportation nigérian, ou des conditions financières internationales. Malgré ces risques, les projections économiques montrent une trajectoire robuste comparée à d’autres prévisions globales : le Fonds monétaire international a récemment relevé sa prévision de croissance pour le Nigeria à 4,4 % en 2026, tout en soulignant la nécessité de poursuivre les réformes structurelles pour consolider cette trajectoire.
Pourquoi est-ce important ?
L’évolution de l’économie nigériane en 2026 est un indicateur clé pour l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest, où les économies cherchent à sortir de cycles d’instabilité et à attirer davantage d’investissements. Le fait que le Nigeria projette une croissance supérieure à 4,5 % après deux années de réformes profondes montre que des politiques audacieuses peuvent renforcer la résilience macroéconomique, même dans des contextes difficiles. Cette dynamique a des répercussions positives sur la région, car le Nigeria reste l’un des principaux marchés et moteurs économiques de la sous-région, influençant les échanges commerciaux, les investissements transfrontaliers et les chaînes de valeur régionales.
La réduction de l’inflation, la stabilisation des réserves extérieures et la maîtrise relative de la dette créent un environnement plus propice à l’investissement privé, à la création d’emplois et à la croissance inclusive. En outre, l’accent mis sur des réformes structurelles qui améliorent la gouvernance fiscale, l’efficacité des institutions et la transparence ouvre la voie à une compétitivité accrue sur la scène internationale.
Pour les autres pays ouest-africains, ces progrès nigérians servent de catalyseur pour renforcer leurs propres politiques économiques, en s’engageant vers des stratégies similaires de stabilisation, d’attraction des capitaux et de développement durable. Une croissance plus robuste au Nigeria peut ainsi bénéficier à ses partenaires régionaux à travers une intégration économique accrue, des opportunités d’exportation élargies et une amélioration générale de la confiance des marchés dans l’Afrique de l’Ouest comme un espace de croissance durable. Cela souligne l’importance non seulement des chiffres eux-mêmes, mais du cadre institutionnel et politique qui les sous-tend, et qui peut faire de la région un pôle économique dynamique pour les années à venir.