Salon mondial de l’agroécologie en Côte d’Ivoire : une plateforme stratégique pour nourrir durablement l’Afrique face aux défis climatiques, alimentaires et économiques
Les points clés :
San Pedro (Côte d’Ivoire) accueillera du 7 au 10 avril un Salon Mondial de l’Agroécologie centré sur « Agroécologie et souveraineté alimentaire ».
L’événement vise à catalyser dialogue, coopération et innovations durables entre chercheurs, agriculteurs, décideurs et partenaires internationaux.
L’agroécologie est mise en avant comme une réponse concrète aux crises alimentaires, climatiques et environnementales en Afrique.
Le Salon Mondial de l’Agroécologie, qui se tiendra à San Pedro en Côte d’Ivoire du 7 au 10 avril prochain, s’affirme comme un rendez-vous international majeur pour repenser les systèmes alimentaires africains et mondiaux à travers l’innovation durable. Portant le thème « Agroécologie et souveraineté alimentaire : Innover pour nourrir durablement l’Afrique et le Monde », cette rencontre ambitionne de mobiliser un large éventail d’acteurs, chercheurs, agriculteurs, entrepreneurs, institutions publiques et société civile, pour faire converger savoirs scientifiques, pratiques paysannes et initiatives communautaires afin de répondre aux défis climatiques, environnementaux et alimentaires les plus urgents du XXIᵉ siècle.
La Côte d’Ivoire elle-même, premier producteur mondial de fèves de cacao et pilier agricole de l’Afrique de l’Ouest, est au cœur de stratégies visant à renforcer la durabilité des systèmes agricoles, face à une population croissante et à des défis environnementaux croissants. D’après un rapport récent de la FAO sur la transformation des systèmes alimentaires en Afrique de l’Ouest, l’agroécologie y est présentée comme une approche holistique capable d’augmenter les rendements de 30 à 50 % tout en améliorant la résilience climatique et la biodiversité des sols.
L’organisation de ce salon, portée par l’Union Inter-régionale des Sociétés Coopératives (UIREC) et ses partenaires, répond à une demande croissante d’espaces stratégiques de dialogue et de coopération entre acteurs locaux, nationaux et internationaux. Selon les promoteurs, il s’agit de créer une vitrine internationale d’innovations agroécologiques, valorisant non seulement les avancées scientifiques et technologiques, mais aussi les savoirs locaux et les pratiques paysannes qui sont au cœur de la résilience des systèmes alimentaires africains. Cette démarche rejoint les objectifs plus larges de transformation durable des systèmes agricoles, mis en avant par la CEDEAO dans ses programmes agroécologiques régionaux qui soulignent l’importance de pratiques agricoles durables pour renforcer la sécurité alimentaire, protéger la biodiversité et lutter contre la pauvreté rurale.
San Pedro, qui abrite le plus grand port cacaoyer du monde, est un choix symbolique pour cet événement. La région, malgré sa puissance agricole, fait face à des défis tels que la dégradation des sols, l’utilisation excessive d’intrants chimiques, et des changements climatiques qui affectent les rendements agricoles. Des projets comme Projet VITAL, coordonnés par l’UIREC, illustrent déjà comment l’agroécologie peut stimuler la résilience des exploitations familiales et améliorer la santé des sols, la diversité économique et l’autonomie alimentaire des communautés locales.
Le salon proposera une série de débats et panels autour de thématiques clés telles que l’agriculture et le changement climatique, l’agroécologie appliquée à diverses filières (vivrier, maraîchage, élevage), la mise en marché des produits agroécologiques, la préservation de la biodiversité, et les mécanismes de financement adaptés à ces nouvelles pratiques. Ces discussions auront pour objectif de mettre en lumière des solutions concrètes et adaptées aux contextes climatiques et socio-économiques locaux, tout en facilitant la création de partenariats durables entre acteurs publics, privés et communautaires.
Sur le plan des impacts concrets, l’agroécologie est de plus en plus intégrée dans les stratégies de sécurité alimentaire à travers le continent. L’approche agroécologique, qui met l’accent sur la diversification des cultures, la gestion durable des sols et de l’eau, ainsi que la réduction des intrants chimiques, est considérée par la FAO comme une clé pour renforcer la sécurité alimentaire et la résilience climatique, en particulier dans des zones vulnérables d’Afrique de l’Ouest. Cette approche va bien au-delà de simples techniques agricoles : elle implique une réorganisation des systèmes alimentaires, la valorisation des circuits courts et l’autonomisation des communautés rurales et urbaines.
De nombreux projets régionaux et internationaux participent déjà à cette dynamique. Par exemple, le projet 2PAI-NE en Côte d’Ivoire vise à renforcer l’agriculture résiliente au climat en intégrant des pratiques agricoles adaptées aux conditions climatiques extrêmes, avec des bénéfices attendus pour plus de 37 000 ménages ruraux. De même, des initiatives comme des conférences internationales sur l’agroécologie ou encore des programmes de renforcement des sols en Afrique de l’Ouest démontrent une prise de conscience croissante des acteurs publics et privés autour de la nécessité de transformer les systèmes alimentaires de manière inclusive et durable.
Le Salon Mondial de l’Agroécologie s’inscrit donc dans une tendance globale et régionale de promotion de systèmes agricoles qui allient productivité, durabilité environnementale et justice sociale. Les pratiques agroécologiques permettent d’intégrer des savoirs scientifiques et traditionnels, d’encourager l’innovation locale, et de renforcer la participation des petits producteurs, des femmes et des jeunes dans des chaînes de valeur plus résilientes.
Pourquoi est-ce important ?
La tenue du Salon Mondial de l’Agroécologie à San Pedro représente bien plus qu’un simple événement sectoriel. Elle constitue un pivot stratégique pour la préparation du continent africain aux chocs climatiques, économiques et alimentaires du XXIᵉ siècle. Dans une région où près de 43 millions de personnes faisaient face à l’insécurité alimentaire en Afrique de l’Ouest en 2023, selon certaines estimations, et où la population est appelée à croître de manière significative dans les décennies à venir, il est impératif de développer des systèmes agricoles durables et résilients.
L’agroécologie, en valorisant les savoirs locaux, en réduisant la dépendance aux intrants coûteux, et en favorisant la diversification des productions, offre une voie crédible pour atteindre la souveraineté alimentaire, réduire la pauvreté rurale et renforcer l’autonomie économique des communautés. Dans un contexte où des initiatives similaires sont soutenues par des partenaires internationaux, des institutions régionales comme la CEDEAO et des projets locaux dans toute l’Afrique de l’Ouest, le salon constitue une plateforme essentielle pour consolider ces efforts, faciliter le partage de bonnes pratiques et encourager les investissements publics et privés dans l’agroécologie.
Pour les économies ouest-africaines, où l’agriculture représente une part significative du PIB et de l’emploi, la transition agroécologique est à la fois une réponse aux défis immédiats de sécurité alimentaire et un levier de développement durable à long terme, capable de stimuler l’innovation, d’améliorer les revenus agricoles et de renforcer la résilience face au changement climatique. Le salon, en réunissant une diversité d’acteurs et de perspectives, contribue à faire avancer cette vision d’une agriculture africaine plus productive, inclusive et durable, au bénéfice des populations locales et du continent tout entier.