L’Italie mise sur Lomé : Naos Investimenti relance l’attractivité du Togo comme hub financier régional entre l’Europe et l’UEMOA

Les points clés :

  • La société italienne Naos Investimenti S.p.A. explore des opportunités d’expansion au Togo, en coopération avec Christian Dominici, pour mobiliser financement et solutions financières innovantes.

  • L’initiative vise à améliorer l’accès au crédit pour les TPME, les jeunes, les femmes et les acteurs de l’économie informelle, souvent exclus des circuits classiques.

  • Ce mouvement s’inscrit dans un contexte d’amélioration du climat des affaires au Togo, avec des réformes, des investissements structurants et une stratégie volontariste de la CCI-Togo.


Au début de l’année 2026, Lomé a accueilli une délégation d’affaires de la société italienne Naos Investimenti S.p.A. et de son partenaire Christian Dominici S.p.A., en quête d’opportunités d’intervention au Togo, suscitant un intérêt croissant tant dans les milieux économiques togolais que dans les réseaux d’investisseurs européens. Ces discussions, qui se sont tenues avec la Chambre de commerce et d’industrie du Togo (CCI-Togo), illustrent une volonté explicite de faire du pays un point d’ancrage continental pour des stratégies financières plus inclusives et innovantes, au carrefour entre l’Europe et l’Afrique de l’Ouest.

Pour Naos Investimenti, acteur financier spécialisé dans les solutions intégrées de cession et de valorisation de crédits fiscaux, le Togo offre un terrain propice à la création de mécanismes financiers adaptés aux réalités locales. L’objectif affiché est d’améliorer l’accès aux services financiers pour des catégories souvent sous-servies, notamment les femmes, les jeunes, les très petites, petites et moyennes entreprises (TPME/PME), ainsi que les acteurs de l’économie informelle, un segment économique qui, dans de nombreux pays africains, représente une part significative de l’activité mais reste exclu des circuits de financement classiques.

Cette démarche représente une évolution dans l’approche des investisseurs européens en Afrique : au lieu de se concentrer uniquement sur les grands contrats publics ou les ressources naturelles, il s’agit ici de co-construire des produits financiers qui génèrent à la fois de la liquidité pour les opérateurs économiques togolais et des possibilités de rendement pour des investisseurs internationaux. Une telle approche peut aider à combler l’un des principaux freins structurels à la croissance des entreprises : le manque de liquidité, qui empêche souvent les PME de se développer, d’investir ou même de stabiliser leurs opérations quotidiennes.

À Lomé, la rencontre avec la CCI-Togo s’inscrit dans un moment clé de l’agenda économique national, alors que l’institution consulaire prépare, en parallèle, un fonds d’investissement dédié aux start-ups et projets innovants pour l’année 2026. Cette initiative va de pair avec la stratégie plus large de la CCI-Togo, qui place la jeunesse et l’innovation au cœur de son action, notamment dans les secteurs du numérique, de l’agro-industrie, de l’artisanat et des services, des domaines qui attirent traditionnellement des flux de capitaux plus agiles et des modèles hybrides d’investissement.

Au plan régional, le choix du Togo n’est pas anodin. Selon des données récentes, malgré un niveau encore modeste de flux d’investissements directs étrangers (IDE), environ 34 millions USD en 2023, le pays démontre une volonté politique d’améliorer son attractivité pour les investisseurs étrangers, notamment par des réformes visant à renforcer la protection des investissements et à faciliter les procédures d’implantation. Dans le même temps, la Banque mondiale a engagé un programme de 150 millions USD pour soutenir des réformes structurelles destinées à attirer davantage de capitaux privés et améliorer les conditions d’investissement, créant un environnement plus favorable à des acteurs comme Naos Investimenti.

Les initiatives de la CCI-Togo vont au-delà de l’accueil d’investisseurs : elles comprennent des efforts pour faciliter l’accès au financement, structurer des produits adaptés au marché local et renforcer la formation et l’accompagnement des entrepreneurs. Cela répond à une demande bien connue des PME et des start-ups du pays, qui peinent souvent à trouver des fonds pour franchir le seuil critique qui sépare l’amorçage de la croissance durable.

Le rôle de la Chambre de commerce, qui sert de pont entre les autorités publiques et le secteur privé, est central dans cette dynamique. Elle constitue à la fois une interface pour les investisseurs étrangers et une plateforme de soutien pour les entreprises locales. La création d’un fonds d’investissement dédié aux start-ups, annoncé par la Chambre, vise précisément à combler le déficit de financements structurés, souvent cité comme l’un des principaux obstacles au développement des entreprises innovantes.

Outre les initiatives institutionnelles internes, Lomé multiplie les actions pour renforcer sa dimension internationale. Des forums économiques bilatéraux, notamment avec l’Égypte en 2025, attestent de cette ambition de tisser des liens de coopération économique qui dépassent les frontières régionales traditionnelles de l’UEMOA et de la CEDEAO.

Un climat régional favorable et des défis persistants

Dans l’ensemble de l’UEMOA, le climat des affaires montre des signes encourageants, avec des scores positifs pour des pays comme le Togo, le Sénégal et le Bénin, reflétant un environnement relativement stable et attractif pour les entreprises. Malgré cela, l’investissement direct étranger reste faible par rapport à d’autres économies africaines, ce qui souligne la nécessité de continuer les réformes et d’améliorer l’écosystème financier.

La stratégie de Naos Investimenti rejoint d’ailleurs un besoin confirmé par une enquête nationale sur l’inclusion financière menée par le gouvernement togolais avec la BCEAO : renforcer l’accès aux produits financiers, surtout pour les petites entreprises et les populations vulnérables, est une priorité centrale des politiques publiques. Cette démarche correspond à une tendance régionale dans laquelle la digitalisation, l’innovation financière et les services adaptés s’imposent comme leviers d’inclusion et de croissance.

En parallèle, les projections macroéconomiques de grandes institutions internationales montrent que le Togo reste sur une trajectoire de croissance stable autour de 5 % par an, bien que des efforts supplémentaires soient nécessaires pour atteindre des niveaux plus élevés et générer des emplois durables. L’intégration de nouveaux acteurs comme Naos Investimenti peut apporter à la fois capital, expertise et innovation, des éléments essentiels pour accélérer cette dynamique.

Pourquoi est-ce important ?

L’arrivée potentielle d’un investisseur européen spécialisé, comme Naos Investimenti, au Togo n’est pas seulement une affaire bilatérale isolée : elle symbolise une mutation de fond dans la gestion économique africaine, où la coopération internationale, l’intégration régionale et l’innovation financière convergent pour créer de nouveaux modèles de croissance.

Sur le plan économique national, cette initiative peut contribuer à renforcer l’accès au financement pour les PME, les start-ups et les acteurs informels, une question clé dans un pays où les entreprises locales souffrent souvent d’un manque de liquidité et de solutions financières adaptées. L’implication d’experts pluridisciplinaires, y compris en intelligence artificielle et structuration financière, pourrait accélérer le transfert de compétences et l’adoption de nouveaux outils numériques de financement.

Sur le plan régional, la démarche s’inscrit dans une dynamique plus large de transformation des écosystèmes économiques ouest-africains, où la coopération entre les pays de l’UEMOA et les investisseurs internationaux devient un vecteur de compétitivité et d’intégration économique. Cela peut contribuer à attirer davantage d’IDE, dynamiser des secteurs clés et renforcer la résilience macroéconomique face aux chocs externes.

Enfin, d’un point de vue stratégique continental, ce type d’intervention illustre comment des partenariats public-privé internationaux peuvent enrichir les efforts de développement, en offrant des solutions concrètes aux défis de financement structurel. Pour les jeunes entrepreneurs africains, les femmes et les PME, l’accès à des produits financiers novateurs signifie une meilleure capacité à innover, à croître et à créer des emplois, des facteurs essentiels pour une croissance inclusive et durable dans les années à venir. L’engagement d’acteurs comme Naos Investimenti, associé à des institutions locales comme la CCI-Togo, peut donc constituer un modèle de coopération économique tournée vers l’avenir, profitable à l’Afrique de l’Ouest comme à ses partenaires internationaux.

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