Biodiversité : lancement de BIOFIN à Lomé pour relier nature, économie et finance durable
Les points clés :
Le Togo a officiellement lancé à Lomé le Programme pour la finance de la biodiversité (BIOFIN), une initiative du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) destinée à mobiliser des ressources durables pour la conservation de la nature.
BIOFIN aide à développer des plans nationaux de financement de la biodiversité avec une méthodologie structurée en cinq étapes, allant de l’analyse de politiques à la mobilisation de nouveaux financements.
À l’échelle mondiale, l’initiative a aidé plus de 130 pays à débloquer plus de 2,7 milliards USD pour la conservation de la biodiversité depuis 2012.
La perte de biodiversité s’accélère et les effets du changement climatique mettent en péril les systèmes naturels et les moyens de subsistance. Dans ce contexte, le financement durable de la nature apparaît comme une nécessité stratégique et économique. C’est précisément cette dynamique globale que le Togo a embrassée en lançant, le 21 janvier 2026 à Lomé, son programme national de financement de la biodiversité BIOFIN, sous l’égide du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).
Cette cérémonie a rassemblé autorités publiques, partenaires techniques et financiers, représentants de la société civile et acteurs privés, reflétant l’importance que les parties prenantes accordent à la conservation du capital naturel dans le cadre du développement durable du pays. Le lancement intervient alors que la dégradation des écosystèmes togolais est avérée : entre 1985 et 2020, le pays a perdu en moyenne 0,12 % de sa superficie forestière chaque année, soit plus de 42 000 hectares de forêts détruits chaque année, exposant ainsi les communautés dépendantes des ressources naturelles à des risques économiques et climatiques accrus.
Le Programme pour la finance de la biodiversité (BIOFIN) est une initiative mondiale du PNUD lancée en 2012 pour aider les pays à élaborer et mettre en œuvre des plans nationaux de financement de la biodiversité, en réponse au manque chronique de capitaux dédiés à la nature. À l’échelle internationale, le programme a été adopté par plus de 130 pays, qui entament des processus similaires pour identifier, aligner et mobiliser des financements adaptés à leurs priorités environnementales et économiques. Ces plans sont en ligne avec le Cadre mondial pour la biodiversité de Kunming-Montréal, un accord international visant à combler des lacunes de financement estimées à plusieurs centaines de milliards de dollars par an pour atteindre les objectifs de conservation d’ici 2030.
Le lancement de BIOFIN au Togo s’inscrit dans cette dynamique globale, mais il répond aussi à des enjeux nationaux urgents. Comme l’a expliqué Abiziou Tchninguilou, chargé de programme environnement du PNUD au Togo, le projet s’inscrit dans la vision stratégique du PNUD pour 2026-2029, notamment à travers l’axe intitulé « Une planète saine », qui relie explicitement développement durable et prospérité économique. Ce cadre stratégique vise à intégrer la biodiversité au cœur des décisions économiques et financières nationales, non seulement comme un objectif environnemental, mais comme un vecteur de croissance inclusive et de résilience climatique.
La méthodologie BIOFIN repose sur cinq étapes rigoureuses, à commencer par l’analyse des politiques publiques et des institutions impliquées dans la conservation, pour identifier les lacunes dans les stratégies existantes. Cette phase est ensuite suivie par une analyse des dépenses liées à la biodiversité, tant dans le secteur public que privé, afin d’identifier les flux financiers positifs et négatifs pour la nature. La troisième étape consiste à évaluer les besoins financiers, en s’appuyant sur les plans nationaux de biodiversité pour estimer les coûts des actions prioritaires. Les étapes ultérieures conduisent à l’élaboration d’un plan de financement national, qui vise à mobiliser de nouvelles ressources et à redistribuer efficacement celles déjà disponibles pour maximiser les bénéfices écologiques.
Pour le Togo, ce processus intervient dans un environnement où les pressions sur les écosystèmes sont nombreuses : déforestation, pression foncière, urbanisation et exploitation non durable des ressources naturelles menacent non seulement la biodiversité, mais aussi les moyens de subsistance des populations rurales. BIOFIN apparaît ainsi non seulement comme un outil technique, mais comme un instrument de politique publique capable de faciliter la transition vers une économie plus verte et plus résiliente, tout en tenant compte des priorités nationales.
L’appui du PNUD se traduit également par des projets complémentaires déjà en cours, tels que le soutien à la gestion durable des terres et des écosystèmes des zones semi-arides du nord, des initiatives de développement bas carbone dans les terroirs villageois, et l’assistance à la mise en œuvre des Contributions déterminées au niveau national (CDN) dans le cadre de l’accord de Paris sur le climat. Ces projets cumulés ont permis de mobiliser plus de 15 millions USD au profit de la préservation de l’environnement et de la résilience communautaire au Togo au cours des cinq dernières années.
À l’échelle mondiale, l’initiative BIOFIN a montré son impact en aidant les pays à débloquer plus de 2,7 milliards USD de financements en faveur de la biodiversité, un chiffre en forte croissance par rapport aux années précédentes, reflétant l’importance croissante accordée à l’intégration de la nature dans les systèmes financiers nationaux et internationaux. Ces financements proviennent d’un large éventail de solutions, allant des obligations vertes (green bonds) aux transferts fiscaux écologiques, en passant par des mécanismes d’assurance liés à la biodiversité, la réaffectation de subventions dommageables, et des partenariats public-privé innovants.
D’autres pays africains ont également franchi des étapes similaires dans le renforcement de leur finance de la biodiversité, comme le Ghana, qui a lancé son programme national avec le soutien du PNUD pour fermer l’importante lacune de financement dans ce domaine. Cette dynamique régionale souligne l’émergence d’une approche intégrée de la biodiversité comme levier de développement économique et social, plutôt que comme une simple préoccupation environnementale isolée.
Pourquoi est-ce important ?
La mise en œuvre de BIOFIN au Togo revêt une importance stratégique majeure pour l’économie ouest-africaine et pour la mise en place de modèles de développement réellement durables. Premièrement, elle contribue à internaliser les coûts de la dégradation écologique dans les politiques budgétaires, rendant les décisions publiques plus cohérentes avec les objectifs de long terme du développement économique, de la sécurité alimentaire et de la résilience climatique. Cette intégration est essentielle dans une région où l’agriculture et les ressources naturelles constituent des piliers économiques clés.
Deuxièmement, le processus de financement durable de la biodiversité favorise l’innovation financière : il incite les pays à développer des instruments financiers adaptés, tels que des obligations vertes, des mécanismes fiscaux incitatifs ou des assurances basées sur la nature, qui peuvent attirer à la fois des capitaux publics et privés vers des projets à fort impact écologique et social. En Afrique de l’Ouest, où le besoin de capitaux pour financer les transitions économiques est considérable, ces instruments peuvent stimuler des investissements verts et renforcer les chaînes de valeur locales.
Troisièmement, l’approche BIOFIN met en lumière l’importance d’un dialogue multisectoriel entre gouvernements, secteur privé et sociétés civiles, condition nécessaire pour assurer que la finance de la biodiversité ne demeure pas une préoccupation marginale mais devienne un élément central de la planification économique et financière. Dans une région en pleine transition, où les pressions démographiques, climatiques et économiques s’intensifient, cette articulation entre durabilité environnementale et prospérité économique est un facteur clé de résilience.
Enfin, en s’inscrivant dans une initiative mondiale et en collaborant avec d’autres pays africains, tels que le Ghana ou la République centrafricaine sur des trajectoires similaires, le Togo favorise non seulement sa propre transition vers une économie verte, mais participe également à une réponse régionale coordonnée aux défis mondiaux de la biodiversité et du climat. À l’heure où les discussions internationales, comme celles autour du Cadre mondial pour la biodiversité, soulignent la nécessité de mobiliser des centaines de milliards de dollars par an pour la protection de la nature, des initiatives comme BIOFIN deviennent des leviers essentiels pour aligner les économies africaines sur des trajectoires durables, inclusives et résilientes.