Togo : boom apparent du secteur extractif en 2023 avec 124 milliards FCFA de revenus

Les points clés :

  • Le secteur extractif du Togo a généré 124,25 milliards FCFA en 2023, soit plus de 553 % de progression par rapport à 2022, selon le Rapport ITIE Togo 2023.

  • Cette hausse spectaculaire reflète surtout des opérations de compensation de dettes autour de la Société Nouvelle des Phosphates du Togo (SNPT), plus que de réelles augmentations de production.

  • Malgré cette manne ponctuelle, le secteur ne représente qu’environ 1,1 % du PIB national mais demeure crucial pour les exportations (15,6 %) et les recettes publiques (10,9 %).


L’économie togolaise a connu une évolution spectaculaire des revenus déclarés du secteur extractif en 2023, avec 124,25 milliards FCFA, une progression apparente de 553,8 % par rapport à l’année précédente, où les revenus avaient été estimés à environ 19 milliards FCFA. Cette explosion des chiffres, mise en lumière dans le Rapport ITIE Togo 2023, a surpris de nombreux observateurs économiques, car elle ne traduit pas une multiplication prodigieuse de la production minière elle-même, mais davantage des opérations de compensation financière entre créances et dettes impliquant la Société Nouvelle des Phosphates du Togo (SNPT), pour un montant de 102,99 milliards FCFA.

Pour replacer ce chiffre dans un contexte plus large, en 2021 le secteur extractif avait rapporté au Trésor public environ 19,84 milliards FCFA, selon le rapport ITIE de cette année-là, avec une contribution d’environ 1,4 % du PIB et près de 13 % des exportations nationales, dominé par le phosphate, le clinker et le calcaire. Cette progression historique contraste donc avec l’impact réel de l’extraction sur la base productive du pays.

L’économie togolaise a pour sa part un PIB estimé à 5 563 milliards FCFA en 2023, en croissance d’environ 9 % sur un an, ce qui met en perspective le poids relativement modeste du secteur extractif, environ 1,1 % du PIB total malgré la forte publicité donnée aux revenus de 2023. Pourtant, ce secteur reste central pour l’équilibre des finances publiques : il représente environ 15,6 % des exportations totales du pays et contribue à hauteur d’environ 10,9 % aux recettes publiques.

La composition des recettes extractives en 2023 reflète aussi la structure habituelle du secteur : la plupart des recettes proviennent de l’impôt sur les sociétés (IS) et des droits et taxes douaniers, complétés par des recettes non fiscales comme les dividendes et les redevances minières versés par les acteurs du secteur.

Malgré ces résultats chiffrés, le rapport de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE) relève plusieurs fragilités structurelles. La forte dépendance à un petit nombre d’opérateurs, notamment la SNPT et SCANTOGO MINES, qui à elles seules représentent plus de 97 % des contributions totales du secteur, expose l’économie togolaise aux aléas de quelques grandes entreprises. Ce phénomène de concentration est conforme à une tendance déjà observée dans les années précédentes : en 2021, les principaux acteurs du secteur extractif, dominés par l’exploitation du phosphate, représentaient près de 90 % des recettes extraites et une part significative des exportations.

L’ITIE met également en évidence que certaines subventions implicites, telles que des tarifs préférentiels d’électricité accordés à des sociétés extractives comme SNPT, WACEM et SCANTOGO MINES, constituent un manque à gagner pour l’État, assimilable à des dépenses quasi-budgétaires, évaluées à environ 9,98 milliards FCFA en 2023. Ces mécanismes, qui permettent par exemple à des entreprises énergivores de bénéficier de conditions tarifaires plus avantageuses que celles du marché, reflètent des choix politiques de soutien à l’investissement mais peuvent aussi réduire la transparence économique et fausser l’évaluation des contributions réelles au budget national.

Au-delà des chiffres agrégés, l’analyse des recettes et des flux financiers met en lumière le besoin de clarté pour mesurer l’impact réel du secteur extractif sur les finances publiques. C’est précisément ce que recommande l’ITIE dans son rapport 2023 : procéder à une lecture consolidée des recettes, des compensations et des soutiens quasi-budgétaires afin d’éclairer les choix de politique économique et d’optimiser la gestion des ressources naturelles dans l’intérêt du développement national.

Pour l’année 2026, des projections citées dans le rapport anticipent que les redevances minières “au sens strict” pourraient atteindre un peu plus de 10 milliards FCFA, bien en deçà de la contribution globale projetée du secteur au budget de l’État, notamment à travers l’impôt sur les sociétés, qui pourrait être estimé à environ 201,1 milliards FCFA, une large part provenant des entreprises extractives.

Derrière ces données financières, il est aussi important de considérer le potentiel encore sous-exploité du secteur extractif togolais. Le phosphate reste le chantre historique de l’activité minière du pays, bien que sa contribution relative au PIB soit faible comparée à des pays africains aux économies extractives plus matures. En 2021, des rapports indiquaient une production de phosphate d’environ 1,45 million de tonnes, ce qui a généré des recettes substantielles mais n’a pas résulté en une transformation industrielle importante ou une diversification productrice de valeur ajoutée locale.

Dans l’ensemble, malgré une croissance publique spectaculaire de ses recettes déclarées en 2023, le secteur extractif togolais demeure marginal dans le tissu productif national — contribuant modestement à la richesse globale mais jouant un rôle non négligeable dans la mobilisation de devises, le financement budgétaire et le commerce extérieur.

Pourquoi est-ce important ?

L’analyse du secteur extractif au Togo en 2023 illustre un paradoxe fréquent dans les économies africaines peu diversifiées : des chiffres globaux impressionnants peuvent cacher des réalités structurelles fragiles. Une forte concentration des recettes autour de quelques acteurs expose l’économie à des risques de dépendance cyclique et réduit la résilience face aux variations du marché mondial des matières premières.

En termes d’impact sur l’économie ouest-africaine, la situation togolaise reflète une tendance régionale. Dans des pays comme le Ghana ou la Côte d’Ivoire, l’exploitation de ressources (or, pétrole, cacao) occupe une place plus visible dans les exportations et les budgets, mais ils savent aussi que transparence fiscale, diversification et transformation locale sont des leviers essentiels pour transformer les revenus extractifs en croissance inclusive.

Pour les efforts des pays ouest-africains, l’expérience du Togo montre l’importance de systèmes de gouvernance robustes, de régimes fiscaux clairs et de plans de développement industriel qui valorisent les ressources naturelles tout en favorisant la création d’emplois, l’innovation technologique et l’intégration régionale. Une simple augmentation des chiffres n’est pas suffisante sans la structuration de chaînes de valeur locales, des politiques fiscales transparentes et une stratégie sectorielle claire.

Enfin, la recommandation de l’ITIE pour une lecture consolidée des recettes et des flux financiers ne concerne pas seulement le Togo : elle appelle à un cadre de transparence et d’efficacité budgétaire pour tous les pays africains extractifs, afin d’optimiser les gains économiques issus de la nature et de maximiser le bien-être social à long terme.

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