Coton en Afrique de l’Ouest : du peloton de tête régional au défi mondial de la productivité selon le rapport USDA

Les points clés :

  • Le Bénin domine l’Afrique de l’Ouest en productivité cotonnière avec 0,73 t/ha, devant le Nigeria (0,56 t/ha), le Mali (0,53 t/ha), le Burkina Faso (0,46 t/ha) et la Côte d’Ivoire (0,44 t/ha).

  • Au plan africain, le Cameroun affiche le rendement le plus élevé du continent à 1,54 t/ha, surpassant l’Inde (0,85 t/ha) et la moyenne ouest-africaine (~0,54 t/ha).

  • La performance productive reste loin des niveaux mondiaux, avec la Chine en tête à 3,18 t/ha, soulevant des enjeux structurels pour la filière africaine.


Dans un contexte où le marché mondial du coton fait face à des fluctuations de production et une concurrence accrue, le rapport mensuel du Département américain de l’agriculture (USDA) publié en décembre 2025 éclaire une réalité contrastée pour l’Afrique de l’Ouest : si certains pays progressent en rendement, ils demeurent encore loin des standards mondiaux, mais aussi rarement capables à eux seuls de transformer cette fibre blanche en moteur durable de croissance économique inclusive.

Selon les données du rapport, le Bénin caracole en tête de la productivité régionale, atteignant 0,73 tonne de coton par hectare. Ce rendement le place devant des voisins plus souvent cités pour leur production brute, telle que le Mali ou le Burkina Faso. Sur la campagne 2023-2024, le Bénin a récolté 637 697 tonnes de coton graine, ce qui le maintient comme un acteur central de la filière en Afrique de l’Ouest.

Au Nigeria, où la culture du coton constitue une activité agricole importante, la productivité s’établit à environ 0,56 t/ha. Cette performance se concentre principalement dans la région nord du pays, notamment à Katsina, un bastion historique de l’or blanc nigérian.

Le Mali, qui demeure le premier producteur de coton de la région en volume total avec une récolte dépassant 650 000 tonnes malgré une baisse de production estimée à 4,8 % sur la dernière campagne, affiche une productivité de 0,53 t/ha selon les estimations USDA. Cette dynamique malienne est en ligne avec son rôle de leader traditionnel, bien que les rendements reflètent encore une marge de progression par rapport aux pratiques agricoles modernes.

Un peu plus au sud, le Burkina Faso présente un rendement de 0,46 t/ha pour sa filière cotonnière. Malgré un recul de la production à environ 286 623 tonnes sur la même campagne, la filière maintient une place significative dans l’économie rurale du pays, qui dépend du coton pour une large part de ses recettes d’exportation.

La Côte d’Ivoire s’est elle aussi imposée au top 5 des producteurs ouest-africains, avec une productivité de 0,44 t/ha. Les exportations ivoiriennes ont atteint environ 348 000 tonnes en 2024, reflétant un effort de relance de la filière après des difficultés liées aux jassides et autres ravageurs dans certaines zones.

Pour replacer ces données dans un contexte continental, l’USDA signale que c’est le Cameroun qui affiche la productivité cotonnière la plus élevée d’Afrique, avec un rendement de 1,54 tonne par hectare sur la campagne 2023-2024. Ce niveau dépasse largement la moyenne des cinq principaux producteurs d’Afrique de l’Ouest (~0,54 t/ha), mais aussi celle de l’Inde (0,85 t/ha), deuxième producteur mondial derrière la Chine.

Les raisons de cette performance supérieure au Cameroun sont variées : au-delà d’une adaptation climatique favorable, le pays s’appuie sur un respect rigoureux des cahiers des charges agricoles, une utilisation judicieuse des intrants comme les engrais, une sélection technique des semences et une lutte efficace contre les ravageurs, ainsi que des dispositifs de crédit bien ciblés pour les agriculteurs répondant à des critères de productivité.

À l’échelle planétaire, les performances cotonnières africaines restent modestes comparées aux leaders mondiaux. La Chine, par exemple, enregistre des rendements quasiment deux fois supérieurs à ceux du Cameroun, avec 3,18 tonnes par hectare grâce à des technologies agricoles avancées, des systèmes d’irrigation efficaces et une mécanisation largement répandue. D’autres pays comme le Brésil et l’Australie affichent aussi des rendements supérieurs à la moyenne africaine, respectivement autour de 2,91 t/ha et 2,48 t/ha dans leurs principales régions productrices.

Ces données montrent bien la double réalité du coton en Afrique de l’Ouest : la région est incontournable en termes de volumes historiques et de poids dans certaines économies rurales, mais elle demeure à la traîne en terme de productivité par hectare, rendant difficile la concurrence sur les marchés mondiaux de la fibre où la qualité et le coût de production deviennent des critères essentiels.

L’importance de la filière dans l’espace ouest-africain dépasse les simples rendements. Le coton représente une part non négligeable des exportations agricoles, notamment vers des marchés asiatiques comme le Bangladesh, qui a importé 41 % de son coton depuis l’Afrique lors de la campagne 2024/25. Cette demande extérieure souligne le rôle stratégique des producteurs africains dans la supply chain mondiale, mais met aussi en lumière les défis d’un secteur qui doit répondre à des normes de plus en plus exigeantes pour pérenniser ses débouchés.

Pour comprendre pleinement les enjeux liés à ces chiffres, il faut saisir que le rendement à l’hectare n’est pas seulement une statistique agricole, mais un indicateur direct de compétitivité et de capacité à générer des revenus durables pour les petites exploitations, qui constituent l’essentiel de la production cotonnière en Afrique de l’Ouest.

Pourquoi est-ce important ?

La filière cotonnière est un pilier économique fondamental pour de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest. Elle constitue souvent la principale source de revenus agricoles pour des millions de petits producteurs, et une part significative des exportations agricoles des États membres de l’UEMOA. À cet égard, le rendement à l’hectare est un indicateur crucial non seulement de productivité agricole, mais aussi de potentiel économique rural, d’emploi, de revenus des ménages et de contribution au PIB national.

Pour des économies comme le Bénin, le Mali, le Burkina Faso ou la Côte d’Ivoire, améliorer la productivité par hectare signifie potentiellement réduire la pression sur des surfaces agricoles déjà largement exploitées, augmenter la valeur ajoutée locale et renforcer les positions sur les marchés internationaux. Alors que les marchés mondiaux du coton sont de plus en plus compétitifs, avec des concurrents qui affichent des rendements très élevés comme la Chine ou le Brésil, les pays ouest-africains doivent intensifier les efforts pour améliorer les intrants agricoles, les systèmes d’irrigation, les pratiques de lutte contre les ravageurs et la formation technique des agriculteurs.

Ces améliorations sont essentielles non seulement pour la croissance économique intérieure, mais aussi pour permettre à ces pays de participer plus activement à la chaîne de valeur mondiale du coton, attirant ainsi des investissements, soutenant leurs industries textiles locales et contribuant à une intégration économique régionale plus forte. En fin de compte, les évolutions du rendement cotonnier sont le reflet de dynamiques plus larges de transformation agricole, de mécanisation, de politique publique et de compétitivité, qui structurent l’avenir agricole et économique de l’Afrique de l’Ouest.

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