La Côte d’Ivoire, nouvelle locomotive des investissements pétroliers en Afrique
Les points clés :
La Côte d’Ivoire a émergé en 2025 comme l’un des 7 principaux hubs d’investissement pétrolier et gazier en Afrique, chacun attirant plus de 500 millions USD.
Le gisement Baleine, avec plus de 2,5 milliards de barils et 3,3 trillions de pieds cubes de gaz, est devenu un catalyseur clé pour attirer Eni, Vaalco, Petrobras et d’autres investisseurs internationaux.
Les réformes réglementaires ivoiriennes et une vision stratégique ambitieuse visent à porter la contribution du secteur énergie/mines à 14 % du PIB d’ici 2040 et la production à 500 000 b/j d’ici 2035.
Dans un paysage africain où le capital upstream (exploration et production pétrolière et gazière) est historiquement concentré autour de quelques grands marchés, la Côte d’Ivoire s’affirme désormais comme un acteur incontournable, aux côtés de puissances établies comme le Nigeria, l’Angola et le Mozambique. Une analyse des flux de capitaux du secteur montre que, en 2025, plusieurs pays, Nigeria, Angola, Congo, Mozambique, Ouganda, Côte d’Ivoire, Ghana et Gabon, ont chacun attiré plus de 500 millions USD d’investissements upstream, signalant un renouveau de l’appétit des majors pour des zones à fort potentiel, même en marge des grands bassins traditionnels.
La dynamique ivoirienne s’incarne surtout dans le gisement de Baleine, découvert en 2021 et désormais mis en production, qui représente une révolution dans l’industrie énergétique nationale. Les phases 1 et 2 du projet, développées sous l’égide de Eni et de la société nationale PETROCI, ont généré une production combinée de plus de 62 000 barils de pétrole par jour et 75 millions de pieds cubes de gaz par jour, une proportion importante destinée tant au marché domestique qu’à l’exportation.
Ce développement n’est pas seulement quantitatif : Baleine est également le premier projet upstream net zéro émissions Scope 1 et 2 en Afrique, fruit d’une stratégie intégrant des technologies de réduction carbone, des programmes sociaux et des initiatives environnementales locales. La phase 3, dont la décision finale d’investissement est attendue d’ici fin 2025, devrait porter la production à 150 000 barils de pétrole par jour et 200 millions de pieds cubes de gaz naturel par jour, consolidant encore davantage l’attractivité du pays pour les capitaux internationaux et les chaînes de valeur régionales et mondiales.
L’essor de la Côte d’Ivoire dans le classement upstream n’est pas accidentel : il résulte d’une combinaison d’atouts géologiques, d’un cadre réglementaire assaini et d’une forte volonté politique. Les autorités ivoiriennes ont entrepris des réformes pour clarifier les conditions d’investissement, renforcer la sécurité juridique des contrats pétroliers et ouvrir des rondes de licences attractives pour les compagnies internationales. Cette stratégie a été portée à l’international via des roadshows aux États-Unis et ailleurs, où des groupes comme Vaalco et Murphy Oil ont renforcé leurs engagements, et où Petrobras a amorcé des négociations pour acquérir de nouveaux blocs offshore.
En parallèle de Baleine, la découverte du champ Calao estimée entre 1 à 1,5 milliard de barils de ressources potentielles, ajoute une dimension supplémentaire à cette trajectoire ascendante. Elle devrait stimuler l’exploration et le développement de nouveaux actifs gaziers et pétroliers sous licences attribuées récemment, élargissant la base productive du pays.
L’environnement économique ivoirien, déjà caractérisé par une diversification significative hors du cacao et du café, bénéficie de ces avancées upstream. Outre les hydrocarbures, le pays a multiplié les initiatives pour renforcer les services, l’industrie et les infrastructures énergétiques. Par exemple, Eni a augmenté les volumes de gaz dédiés à la production électrique, jusque-là limités, contribuant à la sécurité énergétique nationale tout en créant des synergies entre production d’hydrocarbures et développement industriel.
L’arrivée sur le marché de capital upstream africain d’acteurs comme Vitol, qui a acquis une participation significative dans Baleine, témoigne également d’un repositionnement des sociétés intermédiaires et des traders de matières premières vers les actifs de production, signe d’une maturité croissante et d’une diversification stratégique du capital investisseur en Afrique.
Dans ce contexte, la Côte d’Ivoire a intégré un club assez restreint de marchés attractifs, non seulement en raison de la taille des réserves et de la production, mais aussi grâce à la stabilité politique et juridique du pays, un critère crucial pour les majors mondiaux confrontés à des risques dans d’autres bassins africains. À titre de comparaison, le Nigeria demeure de loin la principale destination d’investissements upstream sur le continent, avec environ 13,5 milliards USD de Final Investment Decisions (FIDs) en 2024 et plusieurs projets majeurs comme Iseni Gas, Ubeta Gas ou Bonga North bénéficiant d’injections massives de capitaux.
Cependant, à côté de cette domination nigériane, l’émergence de hubs secondaires comme celui d’Abidjan reflète une redistribution des cartes d’investissements. Cela s’inscrit dans une tendance plus large en Afrique où des zones frontalières ou sous-explorées commencent à voir des flux de capitaux significatifs en amont, notamment au Ghana, au Gabon ou en Ouganda, souvent grâce à des cadres clairs, à un soutien institutionnel fort et à la mise en place de politiques incitatives ciblées.
Cette évolution est d’autant plus stratégique que le marché énergétique mondial se transforme. Face aux objectifs nets zéro, les économies africaines cherchent à concilier développement des hydrocarbures et transition énergétique, soutenant une production responsable tout en intégrant des initiatives de réduction d’émissions, comme cela est en cours à Baleine.
Sur le plan domestique, Abidjan a également articulé une vision à long terme, incarnée par la Politique intégrée des ressources minérales et de l’énergie (PIRME) adoptée en décembre 2025, qui vise à doubler la contribution du secteur mines-énergie au PIB, de 7 % à 14 % d’ici 2040 (texte fourni). Ce cadre ambitionne également de porter la production pétrolière nationale à 500 000 barils par jour d’ici 2035, ce qui ferait de la Côte d’Ivoire un top-5 africain en termes de production.
Pourquoi est-ce important ?
L’entrée de la Côte d’Ivoire dans le cercle des principaux hubs upstream africains représente un tournant majeur pour l’économie ouest-africaine. Historiquement dominé par quelques marchés matures, notamment le Nigeria et l’Angola, le continent voit désormais sa carte énergétique se redistribuer, avec des pays auparavant moins mis en lumière devenant des destinataires crédibles de capitaux internationaux. Cette dynamique contribue à renforcer l’intégration régionale, à diversifier les sources d’exportations et à créer des effets d’entraînement pour les services, l’industrie et les infrastructures autour des hydrocarbures.
Pour l’Afrique de l’Ouest, l’évolution ivoirienne montre qu’un cadre réglementaire stable, une promotion internationale proactive et une vision stratégique à long terme peuvent attirer des investissements substantiels, même dans des pays qui n’étaient pas traditionnellement considérés comme des géants pétroliers. Cela crée des modèles potentiels pour des voisins comme le Ghana ou le Sénégal, qui s’efforcent eux aussi de valoriser leurs actifs offshore et d’attirer des majors internationaux.
Sur le plan macroéconomique, l’augmentation des investissements upstream est un levier puissant pour stimuler la croissance, créer des emplois spécialisés, renforcer les recettes fiscales et attirer les investissements directs étrangers. Dans un monde où la transition énergétique est en pleine accélération, concilier croissance des hydrocarbures et réduction des émissions, comme à Baleine, est également un message fort sur la capacité des économies africaines à participer de manière responsable à l’économie énergétique mondiale.
Enfin, cette tendance envoie un signal politique et économique fort aux investisseurs : l’Afrique n’est plus seulement une source de matières premières, mais un terrain d’innovation, de partenariat structuré et de croissance durable, où des stratégies nationales claires peuvent transformer des découvertes énergétiques en moteurs de transformation économique.