UT Marché : la révolution numérique qui peut transformer le marché des titres publics de l’UEMOA

Les points clés :

  • UT Marché, la nouvelle plateforme de cotation et de négociation des titres publics de l’Union monétaire ouest-africaine (UEMOA), a été officiellement lancée à Lomé le 27 janvier 2026.

  • Elle modernise le marché secondaire des bons et obligations du Trésor, en améliorant la transparence, la liquidité et la formation des prix.

  • Ce nouvel outil technologique est un jalon du renforcement de l’intégration financière régionale et de l’attractivité des titres publics auprès des investisseurs régionaux et internationaux.


Dans un contexte où les économies ouest-africaines cherchent à renforcer leurs cadres financiers et à mobiliser davantage de ressources locales, l’Union monétaire ouest-africaine (UEMOA) a franchi une étape décisive. Le mardi 27 janvier 2026, à Lomé (Togo), l’agence régionale UMOA-Titres a inauguré officiellement UT Marché, une plateforme numérique de cotation et de négociation des titres publics, notamment des Bons Assimilables du Trésor (BAT) et des Obligations Assimilables du Trésor (OAT), destinés à moderniser le marché secondaire de la zone.

Ce lancement s’est déroulé dans le cadre de la 8ᵉ édition des Rencontres du Marché des Titres Publics (REMTP), qui se tiennent à Lomé du 27 au 28 janvier 2026. Organisé par UMOA-Titres, cet événement rassemble les principaux acteurs du marché financier régional, Trésors nationaux, investisseurs institutionnels, spécialistes de la finance, pour réfléchir aux défis et perspectives du marché des titres publics dans l’espace UEMOA.

La plateforme UT Marché représente une réponse opérationnelle à une faiblesse persistante du marché financier régional : le manque de transparence et de liquidité sur le marché secondaire des titres publics. Dans les marchés bien développés, c’est précisément la transparence des transactions et la fluidité des échanges qui attirent investisseurs institutionnels, fonds de pension ou investisseurs internationaux. Or, dans la zone UEMOA, les titres publics, bien que massifs en volume d’émission, restaient souvent détenus jusqu’à l’échéance par des investisseurs locaux, avec peu de reventes intermédiaires, ce qui limite la formation de prix clairs et une vraie dynamique secondaire.

UT Marché change la donne en offrant une visibilité en temps réel des offres et demandes, ce qui devrait améliorer la formation des prix et la transparence des transactions. Selon la direction d’UMOA-Titres, ce système répond à des attentes concrètes des émetteurs et des investisseurs en leur fournissant un cadre plus fluide, plus performant et plus accessible pour négocier les titres publics.

La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a joué un rôle important dans le développement de ce projet, notamment sur le plan technique et opérationnel. Le gouverneur de la BCEAO, Jean-Claude Kassi Brou, a souligné lors de la cérémonie l’importance de renforcer l’animation du marché secondaire, de mieux évaluer les politiques menées et d’intensifier la participation des investisseurs institutionnels. Cette collaboration institutionnelle reflète une volonté politique forte de modernisation financière au sein de l’espace monétaire commun.

Historiquement, le marché des titres publics de l’UEMOA s’est développé progressivement depuis la création d’UMOA-Titres en 2013. Cette agence, dédiée à la mobilisation de l’épargne régionale pour financer les politiques publiques, a accompagné l’émission d’importants volumes de bons et d’obligations du Trésor par les États membres souvent sous forme de BAT à court terme et d’OAT à long terme.

Cependant, malgré une évolution positive des levées de fonds et des montants émis, l’un des principaux défis restait la liquidité limitée du marché secondaire. Selon des données officielles du gouvernement togolais publiées en janvier 2026, le volume total des ressources mobilisées sur le marché des titres publics de l’UEMOA avait atteint 11 858 milliards de francs CFA en 2025, un chiffre en croissance, mais avec une faible part de transactions secondaires.

L’absence d’un mécanisme efficace de revente limitait l’attrait des titres publics pour de nombreux investisseurs, particulièrement ceux qui recherchent une flexibilité de sortie et des signaux de prix fiables. L’introduction de UT Marché vise précisément à remédier à cette lacune, ce qui pourrait renforcer la participation des investisseurs institutionnels, tels que les fonds de pension, les compagnies d’assurance, les gestionnaires d’actifs et les investisseurs étrangers, qui sont sensibles aux conditions de liquidité et de transparence.

Bien plus qu’un simple outil numérique, la plateforme s’inscrit dans un mouvement plus large de modernisation des marchés financiers en Afrique de l’Ouest, qui vise à rapprocher les standards régionaux de ceux des marchés développés. Dans les économies avancées, les marchés secondaires des titres publics sont essentiels pour alléger les coûts de financement des États, faciliter la gestion des dettes souveraines et attirer des flux de capitaux durables. En Afrique de l’Ouest, l’approfondissement du marché secondaire peut également contribuer à la mobilisation de l’épargne locale, réduisant la dépendance historique aux financements externes en devises.

Au plan technique, UT Marché devrait permettre une meilleure formation des courbes de rendement (yield curves), essentielles pour la tarification des instruments financiers et pour la gestion des risques par les investisseurs. La disponibilité de données consolidées et transparentes sur les prix et les volumes échangés est aussi un outil précieux pour les décideurs, leur permettant d’identifier les déséquilibres et d’ajuster les politiques d’émission en conséquence.

Les observateurs financiers régionaux voient en UT Marché une étape clé vers une intégration financière plus profonde. La plateforme pourrait servir de fondement à un marché des capitaux plus structuré, où les entreprises privées de la région pourraient, à terme, accéder plus facilement au financement obligataire en monnaie locale, et non plus dépendre presque exclusivement des banques traditionnelles. Un marché obligataire domestique robuste est souvent un signe de maturité financière, favorisant l’essor de produits innovants tels que les green bonds, les titres indexés sur l’inflation ou les obligations à impact social.

À plus long terme, l’amélioration du fonctionnement du marché des titres publics peut aussi favoriser une réduction des coûts d’emprunt pour les États membres, car une meilleure liquidité et une transparence accrue réduisent les primes de risque exigées par les investisseurs. Cela peut, indirectement, faciliter des politiques budgétaires plus ambitieuses en matière d’infrastructures, de santé ou d’éducation, sans alourdir excessivement les charges d’intérêt.

Pourquoi est-ce important ?

Pour l’économie ouest-africaine, le lancement de UT Marché ne se limite pas à une innovation technologique : il représente une transformation structurelle du marché financier régional. En rendant les titres publics plus liquides, transparents et attractifs, l’UEMOA se rapproche des standards des marchés développés, tout en favorisant la mobilisation de l’épargne intérieure pour le financement du développement.

Dans une région où l’accès aux financements reste un obstacle majeur pour les investissements publics et privés, un marché obligataire profond et efficient peut devenir un pilier de développement durable, réduisant la dépendance aux prêts multilatéraux en devises, atténuant les risques de change et offrant des opportunités de placement aux acteurs locaux.

Le renforcement du marché secondaire des titres publics est également un vecteur de stabilité macroéconomique, car il favorise une meilleure gestion des dettes souveraines, une plus grande transparence budgétaire et une allocation plus efficiente du capital. Enfin, pour les pays de l’UEMOA, l’émergence d’un marché attractif peut attirer des investisseurs internationaux à la recherche de rendements stables en monnaie locale, renforçant ainsi la crédibilité financière de la région face aux marchés mondiaux.

En définitive, UT Marché n’est pas seulement une plateforme : c’est un levier de croissance, d’intégration financière et de souveraineté économique pour l’Afrique de l’Ouest et un signal fort que la région est prête à moderniser ses infrastructures financières pour soutenir sa trajectoire de développement.

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