2015-2025 : une décennie de montée en puissance à la BRVM


Les points clés :

  • La BRVM a terminé 2025 avec une performance exceptionnelle, affichant un gain de +25,26 % pour son indice principal, le BRVM Composite, l’une de ses meilleures années historiques.

  • La capitalisation boursière des actions a franchi pour la première fois la barre des 13 000 milliards de FCFA, traduisant un regain de confiance des investisseurs dans les sociétés de l’espace UEMOA.

  • Cette année record a aussi été marquée par des transactions historiques, un volume échangé élevé et plusieurs événements structurels influents pour l’avenir du marché.


L’année 2025 restera gravée dans l’histoire de la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) comme un millésime exceptionnel. Cette place financière, commune aux huit pays de l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA), a consolidé sa position comme l’un des marchés boursiers les plus dynamiques du continent. L’indice principal, le BRVM Composite, a terminé l’année sur une performance nette de +25,26 %, l’une des cinq meilleures performances annuelles jamais enregistrées.

Cette progression s’inscrit dans une trajectoire ascendante qui avait déjà été observée depuis 2021, où l’indice avait débuté une série de hausses suivies (avec +39,15 % en 2021, +28,89 % en 2024, etc.). Entre le 1ᵉʳ janvier 2021 et le 31 décembre 2025, le BRVM Composite est ainsi passé de 145,37 points à 345,75 points, soit une progression cumulative de près de 99 %. Cela illustre une consolidation structurelle de la bourse régionale face à un environnement économique mondial souvent incertain.

Capitalisation : un record historique porté par les actions

Un des faits marquants de 2025 a été l’atteinte d’un nouveau record de capitalisation boursière pour le marché des actions, dépassant 13 000 milliards de FCFA au mois d’octobre. Cette barre, qui avait été franchie pour la première fois de manière durable, témoigne du regain d’intérêt des investisseurs pour les valeurs cotées de l’espace UEMOA.

D’autres sources confirment qu’à la clôture de l’année, la capitalisation des actions a culminé à environ 13 330,71 milliards de FCFA, soit une progression de 32,27 % par rapport à fin 2024. Lorsque l’on intègre le marché obligataire, la capitalisation globale de la BRVM se rapproche ainsi de 24 781,32 milliards de FCFA, représentant plus de 18 % du PIB de l’UEMOA.

Cette forte croissance répond à une combinaison de facteurs : de meilleures perspectives de croissance économique dans la zone UEMOA, une politique monétaire accommodante menée par la BCEAO, et surtout une attractivité accrue du marché due à des performances positives de nombreuses valeurs cotées et aux distributions régulières de dividendes.

Une liquidité et un volume d’échanges en forte expansion

Au-delà de la valorisation, l’année 2025 a aussi été caractérisée par une nette amélioration de la liquidité du marché. Le volume des titres échangés a plus que doublé par rapport à 2024, atteignant environ 269,56 millions de titres traités, contre 128,92 millions un an plus tôt, soit une progression exceptionnelle de +109 %.

Cette montée en puissance de l’activité traduit un élargissement progressif de la base d’investisseurs, une meilleure culture financière dans la zone, et une attractivité renforcée des valeurs boursières régionales. Elle reflète également une plus grande efficience des opérations, notamment avec l’adoption du cycle de règlement-livraison T+2 à partir de décembre 2025, alignant la BRVM sur les standards internationaux de compensation et de règlement.

Les valeurs qui ont rythmé 2025

Sur les 40 valeurs en hausse en 2025, dix ont affiché des performances spectaculaires supérieures à +100 %, tandis que 32 autres surpassaient une progression de plus de +20 %. Cette dynamique a été portée par des gains cumulés de bénéfices (+15 %) et une augmentation des profits des sociétés cotées (+17 % au troisième trimestre) qui ont encouragé l’appétit des investisseurs.

Les secteurs qui ont contribué à ces performances comprennent non seulement les plus grandes banques et télécommunications de la région, mais aussi certaines valeurs de consommation et industrielles. L’effet combiné de gains solides, de perspectives de dividendes attractives, et d’un contexte macroéconomique relativement stable a renforcé le sentiment des investisseurs.

Dividendes records et best-performers

Les sociétés cotées ont redistribué plus de 803 milliards de FCFA de dividendes en 2025, établissant un nouveau record historique, et dépassant les 678 milliards de FCFA versés en 2024. Parmi les principaux contributeurs figurent Sonatel (184 milliards FCFA), Orange Côte d’Ivoire (108 milliards) et Société Générale Côte d’Ivoire (58 milliards), illustrant la capacité des grandes entreprises régionales à générer des flux de trésorerie conséquents.

L’action FILTISAC s’est particulièrement distinguée, offrant le meilleur rendement du marché en 2025 avec près de 45,92 %, stimulant les échanges tout au long de l’année.

Événements marquants et ruptures de tendance

L’année 2025 n’a pas été exempte d’événements atypiques. Notamment, la BRVM a vu s’interrompre une saisonnalité bien ancrée : pour la première fois en dix ans, le traditionnel rebond haussier de décembre a fait place à une légère baisse de -0,05 %, contre une moyenne positive de +3,95 % sur la période 2020-2024.

Sur le plan structurel, l’introduction en bourse de BIIC (Banque Internationale pour l’Industrie et le Commerce du Bénin) a été un point fort, enrichissant l’offre du marché avec près de 323,45 milliards de FCFA de capitalisation initiale. Des mouvements d’actions notables, comme la cession de Unilever Côte d’Ivoire à un consortium ivoirien, ont également marqué les esprits, avec une progression du titre jusqu’à +429 % avant suspension en 2025.

Ruptures et risques observés

Comme toute année exceptionnelle, 2025 a aussi révélé des segments plus fragiles. La Loterie Nationale du Bénin (LNB) et Bank of Africa Niger (BOA Niger) ont annoncé des baisses significatives de résultats nets prévues (-47 % et -50 % respectivement), sous l’effet de ralentissements dans leurs activités.

Par ailleurs, le cas d’Oragroup Togo, qui avait essuyé des pertes importantes en 2024 et dû renégocier un plan de financement avec le soutien de la BOAD, rappelle que la consolidation financière reste une priorité pour certaines valeurs cotées, même si des relais de croissance ont été retrouvés au troisième trimestre 2025.

Pourquoi est-ce important ?

L’année 2025 à la BRVM est révélatrice d’un marché financier ouest-africain en profonde mutation. En affichant une performance exceptionnelle, la BRVM intrigue autant qu’elle inspire, à la fois comme un baromètre de confiance des investisseurs et un outil de financement du développement régional.

Pour l’économie ouest-africaine dans son ensemble, ces résultats signifient plusieurs choses. D’abord, ils traduisent une maturation des marchés de capitaux dans l’UEMOA, capables d’attirer davantage de capitaux privés, de mobiliser l’épargne locale et de financer des projets structurants. Dans un contexte où les économies de la sous-région cherchent à réduire leur dépendance à la finance bancaire traditionnelle, la BRVM apparaît comme une plateforme essentielle pour le financement des entreprises et des États.

Ensuite, l’embellie boursière renforce la visibilité internationale de la région financière ouest-africaine. En comparant la dynamique de la BRVM à celle d’autres marchés africains, tels que le JSE (Afrique du Sud), NGX (Nigeria) ou EGX (Égypte), on constate que la performance de 2025 s’inscrit dans une tendance globale de consolidation des places boursières africaines comme moteurs de développement.

Enfin, pour les États membres de l’UEMOA, la croissance boursière représente un levier stratégique de mobilisation de capitaux long terme, capable de soutenir l’industrialisation, d’attirer les investissements étrangers et de stimuler l’innovation économique. Dans une Afrique où l’accès à la finance reste un obstacle majeur à la transformation productive, la consolidation de la BRVM est un message fort : les marchés de capitaux sont désormais des acteurs clés de l’économie ouest-africaine, à la fois pour les entreprises, les investisseurs et les décideurs publics.

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