Top 500 du Bloomberg Billionaires Index : 7 milliardaires africains ont gagné près de 22 milliards de dollars en un an
Les points clés :
En 2025, la fortune cumulée des 7 milliardaires africains présents dans le Top 500 mondial a bondi de près de 27 %.
Cette envolée est portée par des performances boursières exceptionnelles, des effets de change favorables et des repositionnements stratégiques d’actifs.
Le contraste est saisissant avec une croissance économique africaine moyenne limitée à environ 4,2 %.
À la fin de l’année 2025, seuls sept milliardaires africains figurent dans le Top 500 du Bloomberg Billionaires Index, un classement dominé par les États-Unis et la Chine. Le seuil d’entrée dans ce club est particulièrement élevé, avec un patrimoine minimum estimé à 7,37 milliards de dollars, selon les données compilées par Bloomberg .
Ces sept fortunes africaines représentent à elles seules 103,2 milliards de dollars, soit une hausse annuelle de 21,87 milliards de dollars, correspondant à une progression de 26,89 %. Une dynamique remarquable dans un contexte où la richesse cumulée des 500 plus grandes fortunes mondiales a augmenté de 2 200 milliards de dollars, atteignant 11 900 milliards de dollars en 2025 .
Le périmètre retenu exclut les milliardaires d’origine africaine dont les actifs sont majoritairement situés hors du continent, concentrant l’analyse sur ceux dont la création de valeur reste étroitement liée aux économies africaines.
Une géographie de la richesse concentrée sur trois pôles africains
La cartographie de ces fortunes révèle une forte concentration géographique. Trois milliardaires sont sud-africains, deux nigérians et deux égyptiens. L’Afrique de l’Ouest n’est représentée que par le Nigeria, tandis que l’Afrique centrale et francophone est totalement absente du classement, un indicateur révélateur des déséquilibres structurels de création de richesse sur le continent.
Le Nigérian Aliko Dangote demeure la première fortune africaine avec un patrimoine estimé à 30 milliards de dollars, le plaçant au 74ᵉ rang mondial. Il reste le seul Africain présent dans le Top 100 mondial. Son empire industriel, centré sur le ciment, l’agroalimentaire et désormais le raffinage pétrolier, continue de bénéficier d’une forte intégration régionale et d’une montée en puissance industrielle sans équivalent en Afrique subsaharienne.
Le cas Abdul Samad Rabiu, symbole d’un capitalisme africain en accélération
La plus forte progression individuelle en 2025 est enregistrée par Abdul Samad Rabiu, président du BUA Group. Sa fortune a été multipliée par plus de trois en un an, passant de 3,14 milliards à 9,99 milliards de dollars, soit une hausse de 6,85 milliards de dollars.
Cette performance est directement liée à l’envolée boursière de BUA Foods et BUA Cement, dont les actions ont progressé respectivement de 92,51 % et 91,94 % sur la Nigerian Exchange (NGX) en 2025. À cet effet boursier s’ajoute un facteur monétaire déterminant : l’appréciation du naira nigérian, qui s’est renforcé de 6,65 % face au dollar, un phénomène rare après plusieurs années de dépréciation.
Des marchés boursiers africains en année exceptionnelle
Contrairement aux idées reçues, 2025 a été une année de forte expansion pour plusieurs places boursières africaines. Le NGX All Share Index de Lagos a progressé de 51,19 %, le FTSE/JSE All Share Index de Johannesburg de 42,16 %, l’EGX 30 du Caire de plus de 42 %, et le MASI de Casablanca de 27,57 %. Ces performances, parmi les plus élevées au monde, ont mécaniquement dopé la valorisation des actifs détenus par les milliardaires africains, dont les sociétés figurent souvent parmi les plus grosses capitalisations boursières locales.
L’effet devises, un accélérateur silencieux de richesse
Un facteur souvent sous-estimé explique également cette explosion patrimoniale : l’effet de change. En 2025, le naira nigérian et la livre égyptienne se sont appréciés respectivement de 6,5 % et 6,14 % face au dollar, après plusieurs années de forte dévaluation. Les fortunes étant exprimées en dollars, cette appréciation monétaire a mécaniquement gonflé la valeur nette des actifs libellés en monnaies locales, sans création de richesse réelle supplémentaire.
L’Afrique du luxe et des conglomérats mondialisés
En Afrique australe, Johann Rupert & family et Nicky Oppenheimer ont respectivement porté leur fortune à 19,5 milliards et 13,8 milliards de dollars. La performance de Johann Rupert repose largement sur la hausse du titre Richemont, géant suisse du luxe propriétaire de marques emblématiques comme Cartier et Montblanc, dont l’action a progressé de près de 24 % en 2025 .
En Égypte, Naguib Sawiris s’impose comme l’un des grands gagnants de l’année, avec une fortune en hausse de 3,74 milliards de dollars, portée par les performances spectaculaires des titres Orascom Construction Industries et Orascom Investment Holding, dans un contexte de rebond historique de la Bourse du Caire.
Une richesse déconnectée de l’économie réelle africaine ?
Le paradoxe est frappant. Alors que la richesse de ces milliardaires a progressé de près de 27 %, la croissance économique moyenne du continent africain est restée limitée à environ 4,2 % en 2025, selon les estimations de la Banque mondiale et du FMI.
Cette divergence souligne une concentration accrue de la richesse, principalement tirée par les marchés financiers, les effets de change et les secteurs capitalistiques, plutôt que par une industrialisation massive ou une transformation structurelle inclusive.
Pourquoi est-ce important ?
L’envolée des fortunes africaines en 2025 est à la fois un signal positif et un avertissement. Elle montre que le continent est capable de générer des champions économiques mondiaux, connectés aux marchés financiers internationaux et capables d’attirer des capitaux massifs.
Mais elle révèle aussi les limites du modèle actuel de création de richesse, encore largement concentré dans quelques pays, quelques secteurs et quelques mains. Pour l’Afrique de l’Ouest en particulier, l’exemple nigérian souligne l’importance de marchés financiers profonds, de réformes monétaires crédibles et d’un tissu industriel intégré régionalement.
À l’échelle régionale, la question centrale demeure : comment transformer ces succès individuels en leviers de développement collectif, capables de financer l’industrialisation, l’emploi et la souveraineté économique du continent. Sans cette translation vers l’économie réelle, la montée en puissance des milliardaires africains risque de rester une réussite spectaculaire, mais isolée.