Pétrole en excès, prix en chute : l’OPEP+ face à sa plus grande équation depuis 2020


Les points clés :

  • L’OPEP+ entame 2026 en maintenant inchangés ses quotas de production pour les trois premiers mois, une décision stratégique face à la volatilité persistante du marché pétrolier mondial.

  • Malgré les hausses de production de 2,9 millions de barils par jour en 2025, les prix du brut ont chuté de plus de 18 % sur l’année, le plus fort recul depuis 2020, reflet d’une surabondance de l’offre.

  • L’Agence internationale de l’énergie anticipe un excédent d’environ 3,8 millions de barils par jour en 2026, soulignant une pression durable sur les prix et les équilibres mondiaux du marché.


Dans un marché pétrolier marqué par une dynamique de surabondance et de pressions baissières persistantes, l’OPEP+ a surpris les observateurs en 2026 en décidant de stabiliser sa production pour le premier trimestre de l’année, au lieu d’augmenter l’offre pour répondre à une demande mondiale incertaine. Cette décision fait écho à une première réunion virtuelle tenue début janvier, où les huit principaux membres producteurs, Arabie saoudite, Russie, Émirats arabes unis, Kazakhstan, Koweït, Irak, Algérie et Oman, ont décidé de ne pas modifier leurs objectifs de production pour janvier, février et mars 2026, confirmant une décision initiale prise en novembre 2025.

Cette pause correspond à une stratégie prudente, dans un environnement où les prix du brut ont connu leur plus forte baisse annuelle depuis la pandémie de la COVID-19, reculs imputés en grande partie à des craintes de surabondance de l’offre et à une demande mondiale modérée. Alors même que le cartel avait relevé ses objectifs de production d’environ 2,9 millions de barils par jour en 2025, soit près de 3 % de la demande mondiale, il a choisi de suspendre de nouvelles augmentations de productivité pour le premier trimestre 2026.

L’OPEP+ face à une offre excédentaire et une demande molle

Le contexte de cette décision s’éclaire lorsqu’on replace l’évolution récente du marché dans une perspective mondiale. Après plusieurs années de réductions volontaires de production visant à soutenir les prix, l’alliance des producteurs avait progressivement inversé la tendance depuis 2024, augmentant les volumes exportés pour regagner des parts de marché. Cette stratégie a toutefois coïncidé avec une demande moins vigoureuse qu’escompté et une croissance rapide de l’offre hors cartel, notamment aux États-Unis, au Brésil, au Canada ou encore en Argentine.

Le prix du pétrole brut a ainsi chuté de plus de 18 % en 2025, selon les données compilées lors de la réunion de l’alliance un recul qui constitue la plus importante baisse annuelle enregistrée depuis 2020, soulignant la difficulté des producteurs à contenir l’impact de l’excédent sur les marchés.

Les perspectives pour 2026 ne sont guère plus rassurantes. Dans sa mise à jour de décembre 2025, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a réaffirmé que le marché pétrolier devrait afficher un excédent d’environ 3,8 millions de barils par jour cette année, légèrement inférieur à ses prévisions antérieures mais toujours significatif. Cette projection anticipe une offre persistante permanente malgré la modestie relative de la croissance de la demande.

Équilibres mondiaux et divergences d’analyse

L’ampleur de l’excédent attendu fait l’objet de débats parmi les institutions de veille économique. Alors que l’AIE maintient une estimation d’un surplus d’environ 3,8 millions de barils par jour, l’OPEP elle-même a évoqué dans un récent rapport une balance offre-demande plus proche de l’équilibre en 2026, avec un surplus pouvant n’être que d’environ 20 000 barils par jour si les taux de production se maintiennent aux niveaux de fin 2025.

Cette divergence reflète la complexité d’un marché influencé par une multitude de variables, allant de la production hors cartel à la consommation dans les économies avancées, en passant par des facteurs structurels tels que la transition énergétique et le rythme de croissance de la demande mondiale. Il est également noté que des réductions de production antérieurement appliquées par l’OPEP+ représentant environ 5,86 millions de barils par jour, soit près de 6 % de la production mondiale actuelle continuent d’exercer une influence sur les fondamentaux du marché.

Géopolitique, tensions internes et incertitudes externes

L’unité du groupe OPEP+ est par ailleurs mise à l’épreuve par des facteurs géopolitiques. Malgré des tensions persistantes entre certaines puissances du Golfe, notamment entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis autour du conflit au Yémen, l’alliance semble privilégier une politique de stabilité globale plutôt que des ajustements radicaux de production qui pourraient accentuer la volatilité prix.

À cela s’ajoutent des questionnements autour de l’avenir des volumes en provenance de pays comme le Venezuela, détenteur des plus grandes réserves prouvées au monde, mais qui voit sa production bridée par des sanctions et le manque d’investissements. D’autres régions hors OPEP+, notamment les États-Unis et certains pays du Bassin de l’Amérique du Sud, continuent à accroître leur production, contribuant à l’augmentation globale de l’offre malgré les prévisions de modération de la demande.

Les prix du brut sous pression permanente

La décision de l’OPEP+ de maintenir ses quotas de production intervient dans un climat où le Brent se négocie sur des niveaux nettement inférieurs à ceux observés au cours de la dernière décennie, avec des indices autour de 57-61 dollars le baril en début 2026, soit une baisse annuelle significative.

Les prévisions pour 2026 convergent vers une pression accrue sur les prix, sous l’effet combiné d’un excédent d’offre et d’une demande mondiale qui croît à un rythme plus lent qu’espéré, notamment face aux vents contraires économiques mondiaux et à la progression des technologies énergétiques alternatives. Cette configuration de marché implique que même si des ajustements de production sont techniquement possibles, leur impact sur les prix sera limité tant que l’excédent persistera.

Pourquoi est-ce important ?

L’orientation adoptée par l’OPEP+ au début de 2026 ne se limite pas à un simple statu quo technique ; elle reflète une lecture profonde des dynamiques structurelles du marché pétrolier mondial. Pour les économies importatrices, notamment en Afrique de l’Ouest, une offre excédentaire et des prix du brut plus bas peuvent signifier une réduction des coûts énergétiques à court terme, atténuant potentiellement les pressions inflationnistes locales sur les carburants et l’énergie.

Cependant, pour les pays exportateurs ou fortement dépendants des revenus pétroliers, ces conditions peuvent exercer une pression continue sur les recettes budgétaires, mettant à l’épreuve les politiques publiques et les capacités d’investissement dans des secteurs essentiels du développement. Dans la région, les grandes économies comme le Nigeria qui tire une part importante de ses recettes en devises de l’exportation pétrolière doivent naviguer dans un environnement où des prix plus bas et un excédent durable pourraient contraindre les perspectives fiscales et la stabilité macroéconomique.

À l’échelle internationale, cette configuration offre un enseignement clé : alors que l’OPEP+ cherche l’équilibre interne entre production et stabilité des prix, la dynamique de surabondance de l’offre, alimentée par des acteurs non membres et les projections d’une croissance de la demande encore modérée, devrait rester le facteur déterminant des prix du pétrole en 2026. Cette évolution aura des impacts significatifs sur les stratégies énergétiques, les investissements dans les énergies fossiles et la transition vers des alternatives plus durables, marquant peut-être une nouvelle ère pour le marché mondial de l’énergie, où la croissance de l’offre et la discipline des marchés deviennent aussi cruciales que la demande elle-même.

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