Le Naira en réhabilitation : le Nigeria met fin à 13 ans de dépréciation


Les points clés :

  • Le naira nigérian a achevé 2025 en hausse, clôturant à environ ₦1 429 pour un dollar, marquant sa première appréciation annuelle depuis 2012 après treize années de dépréciation continue.

  • Cette progression d’environ 7,4 % sur l’année résulte d’un ensemble de réformes du marché des changes et de politiques monétaires plus strictes mises en œuvre par la Central Bank of Nigeria (CBN).

  • La durabilité de ce rebond dépendra étroitement de la maîtrise de l’inflation, de l’attraction de capitaux étrangers et de la diversification des sources de devises, des enjeux cruciaux pour la stabilité macroéconomique en 2026.


Dans une économie longtemps marquée par la faiblesse graduelle de sa monnaie, le Nigeria a signé un tournant historique à la fin de 2025 : le naira a terminé l’année en appréciation pour la première fois depuis plus d’une décennie. Cette performance n’est pas simplement symbolique : au 31 décembre 2025, le taux de change officiel a été établi à ₦1 429 pour un dollar, en progression par rapport aux niveaux observés à la fin de 2024, où la devise avait clôturé à environ ₦1 535/$1.

Ce résultat représente un changement significatif après treize années consécutives de dépréciation qui avaient progressivement érodé le pouvoir d’achat, la compétitivité extérieure et la stabilité économique du pays. Cela reflète un effort concerté de réformes conduites par la Central Bank of Nigeria (CBN) et les autorités économiques nigérianes, tout en soulignant la complexité des défis macroéconomiques auxquels fait face la première économie d’Afrique.

Pour comprendre l’importance de cet événement, il faut revenir sur les années précédentes, où la monnaie avait subi une série de pressions structurelles. Parmi celles-ci figuraient des pénuries chroniques de devises étrangères, une forte dépendance aux importations pour les biens de consommation et les intrants industriels, ainsi que des déséquilibres persistants sur le marché des changes qui avaient alimenté l’inflation et réduit les réserves de change.

2025 : une année de volatilité avant la reprise

L’année 2025 a été tout sauf linéaire pour le naira. Après avoir débuté l’année près de ₦1 538,50/$1, la devise s’est affaiblie davantage au premier semestre, atteignant un point bas autour de ₦1 602/$1 en avril sous l’effet conjugué d’une inflation élevée, d’une demande soutenue de dollars et de retards dans les entrées de devises.

Ce n’est qu’à partir de la mi-année, puis plus nettement au quatrième trimestre, que la tendance s’est inversée. Septembre 2025 a marqué un tournant critique, le naira rejoignant durablement le seuil des ₦1 500/$1 avant de continuer à se renforcer, pour atteindre finalement ₦1 429/$1 en fin d’année. Ce mouvement traduit une amélioration graduelle de la confiance du marché et des fondamentaux monétaires.

Les réformes clés qui ont soutenu cet élan

Les observateurs attribuent largement cette évolution positive aux réformes du marché des changes introduites par la CBN à partir de 2024 et poursuivies en 2025. Parmi les plus significatives : le resserrement de l’écart entre les taux de change officiels et parallèles à moins de 5 %, réduisant les comportements spéculatifs et améliorant la transparence du marché. L’adoption d’un code de conduite pour les changes au début de 2025, encadrant plus strictement les pratiques des acteurs du marché des devises. La politique monétaire plus rigoureuse de la CBN, qui a maintenu des taux élevés pour maîtriser l’inflation et soutenir la stabilité financière. Ce resserrement et ces mesures de transparence ont contribué à un meilleur alignement entre l’offre et la demande de devises, améliorant ainsi la confiance des investisseurs et des opérateurs économiques dans la monnaie nationale.

Perspectives économiques et tentatives de consolidation

La performance du naira s’inscrit dans une perspective plus large de redressement économique au Nigeria. La CBN, dans ses projections pour 2026, anticipe une modération sensible de l’inflation à environ 12,94 %, contre une moyenne proche de 21,3 % en 2025, grâce à une combinaison de mesures monétaires et structurelles qui devraient apaiser les pressions sur les prix, notamment alimentaires et énergétiques.

Parallèlement, la croissance du Produit Intérieur Brut (PIB) est anticipée à environ 4,49 % en 2026, portée par la stabilisation du marché des changes, l’amélioration des flux de capitaux et un environnement macroéconomique plus cohérent. Toutefois, ces prévisions restent conditionnelles : l’économie nigériane doit continuer à attirer des capitaux étrangers, diversifier ses sources de devises au-delà des exportations de pétrole et maintenir des réformes robustes pour éviter que la monnaie ne replonge dans la volatilité.

Le fond monétaire international (FMI) et d’autres institutions financières internationales avaient salué précédemment les réformes de la CBN, soulignant que des améliorations dans la gestion du marché des changes et une plus grande transparence pouvaient soutenir une reprise plus soutenue de la monnaie et de l’économie.

Défis structurels et vulnérabilités persistantes

Malgré ces signes positifs, plusieurs défis restent sur la route d’une stabilisation durable. L’inflation nigériane demeure élevée par rapport aux standards internationaux, avec des prix alimentaires souvent volatils et sensibles aux chocs externes, ce qui continue de peser sur le pouvoir d’achat des ménages. Les économies ouest-africaines, dont le Nigeria constitue la première, sont souvent confrontées à de tels défis structurels, où la dépendance aux importations et les déséquilibres commerciaux amplifient la fragilité des monnaies locales.

La diversification de l’économie nigériane, jugée indispensable pour réduire la dépendance au pétrole et aux flux de devises externes, reste un chantier majeur. Sans une transformation profonde des secteurs productifs et une meilleure intégration des petites et moyennes entreprises dans les chaînes de valeur régionales, la pression sur le naira pourrait resurgir lors de périodes de tensions extérieures ou de chocs de demande.

Pourquoi est-ce important ?

La reprise du naira en 2025 marque un tournant crucial pour l’économie nigériane, non seulement comme indicateur financier mais aussi comme baromètre de confiance dans les politiques économiques nationales. Une monnaie plus forte favorise une meilleure stabilité des prix, réduit les coûts des importations et peut contribuer à attirer davantage d’investissements étrangers, essentiels à la croissance durable d’une économie en pleine mutation.

À l’échelle ouest-africaine, ce rebond a des répercussions plus larges. En tant que première économie de la région, la trajectoire du naira influence les dynamique régionales des échanges, des investissements et des flux financiers. La réduction de la volatilité et l’amélioration relative de la stabilité monétaire pourraient encourager des investissements intra-régionaux, renforcer le Commerce intra-CEDEAO et inspirer des réformes similaires dans d’autres pays confrontés à des déséquilibres monétaires.

Cependant, la durabilité de ces gains dépendra de la capacité du Nigeria à poursuivre ses réformes, à gérer l’inflation et à diversifier son économie pour réduire sa vulnérabilité aux chocs externes. Dans un contexte où les marchés mondiaux demeurent incertains et où les économies africaines cherchent à affirmer leur résilience, le cas du naira offre une leçon stratégique : une politique monétaire cohérente, des réformes structurelles et la volonté de transparence dans la gestion des changes peuvent, progressivement, restaurer la confiance dans une monnaie longtemps fragilisée. Dans cette optique, l’expérience nigériane en 2025 constitue une référence majeure pour l’avenir économique de l’Afrique de l’Ouest.

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