Réseau en crise : Orabank Togo ferme quatre agences, un coup dur pour la banque de proximité
Les points clés :
Orabank Togo annonce la fermeture progressive de quatre de ses agences à travers le pays, à compter du 28 février 2026, dans une stratégie de réorganisation de son réseau.
La banque assure la continuité des opérations pour tous les clients concernés, avec transfert vers des agences voisines et maintien de services via guichets automatiques et partenaires KEAZ SPOT.
Cette décision s’inscrit dans un contexte plus large de réduction de l’empreinte physique des banques face à la digitalisation croissante et à l’adoption massive des services numériques.
Dans un mouvement qui allie restructuration stratégique et adaptation aux nouvelles pratiques bancaires, Orabank Togo a officialisé la fermeture progressive de quatre agences physiques réparties sur l’ensemble du territoire national à compter du 28 février 2026. Parmi les établissements concernés figurent ceux du Boulevard des Armées à Lomé, de Mango, de Kégué et d’Assahoun, des localités déjà intégrées à des vagues précédentes de fermetures ou de réorganisation de son réseau.
Cette décision intervient alors que les établissements bancaires africains, comme leurs homologues internationaux, s’engagent dans une logique de rationalisation de leurs réseaux physiques, conséquence directe de la digitalisation accrue des services bancaires et des évolutions des comportements des usagers. Dans plusieurs économies africaines, la montée en puissance de la banque en ligne et des solutions à distance transforme radicalement la manière dont les clients interagissent avec leurs banques, réduisant la fréquence des visites en agence pour des opérations simples telles que les virements, les paiements ou les consultations de compte.
La communication de la banque indique que cette réorganisation vise à optimiser les services et à mieux répondre aux exigences actuelles du marché, tout en maintenant un service de proximité pour ses clients. Orabank précise que les comptes domiciliés dans les agences fermées resteront pleinement fonctionnels et accessibles dans les agences environnantes, sans modification des coordonnées bancaires ni des informations de compte. L’agence de Hédzranawoé, par exemple, prendra le relais des opérations de l’agence de Kégué, tandis que d’autres guichets automatiques continueront de permettre l’accès à des services essentiels tels que les retraits d’espèces.
Cette stratégie d’adaptation semble s’inscrire dans une tendance plus large observée dans le paysage bancaire africain. À l’instar de ce qui se passe dans des pays comme l’Afrique du Sud, de nombreuses banques réduisent progressivement leurs réseaux d’agences traditionnelles au profit d’offres digitales et de plateformes en ligne, répondant à la montée des transactions électroniques et au recours massif aux outils mobiles pour la gestion des finances personnelles et professionnelles.
Mais au-delà des tendances générales, la décision d’Orabank Togo s’inscrit également dans un contexte local spécifique. L’établissement, filiale du groupe bancaire panafricain Oragroup, compte historiquement un vaste réseau de points de contact au Togo, au service de ses 230 000 clients, dont 205 000 particuliers et 25 000 entreprises (TPE, PME/PMI), via un effectif d’environ 404 collaborateurs et un réseau s’étendant à 38 agences sur l’ensemble du territoire.
Ce vaste maillage a longtemps été perçu comme un instrument essentiel de proximité bancaire, notamment dans un pays où l’inclusion financière est une priorité stratégique. Selon des sources nationales, le taux d’inclusion financière au Togo atteignait déjà de bons niveaux ces dernières années, soutenu par l’essor des services bancaires traditionnels et des solutions de microfinance.
La fermeture de ces quatre agences représente donc un ajustement significatif, surtout pour les populations qui, historiquement, dépendaient fortement d’un point de contact physique pour leurs opérations financières quotidiennes. Dans ce contexte, Orabank invite aussi les clients à se rapprocher de son réseau de partenaires KEAZ SPOT, des points agréés capables de réaliser des opérations de dépôts et de retraits, constituant une alternative de proximité au service en agence.
Cette démarche de transformation du réseau s’inscrit dans une stratégie globale de digitalisation déjà engagée depuis plusieurs années par l’institution. Par exemple, Orabank Togo a été pionnière dans l’adoption de solutions de WhatsApp banking, permettant aux clients d’effectuer des opérations comme la consultation de solde ou des virements directement via l’application de messagerie, marquant un tournant dans l’offre de services numériques bancaires dans le pays.
Ce choix stratégique de fermeture d’agences peut également être analysé à la lumière de la performance financière du groupe. Après une période difficile marquée par des pertes, Orabank a enregistré un bénéfice net de 18,3 milliards de FCFA au 30 juin 2025, renversant ainsi une situation déficitaire de l’année précédente, un signe que ses ajustements opérationnels et sa stratégie de gestion des coûts commencent à produire des effets positifs.
Toutefois, ces fermetures successives soulèvent des questions au sein de la clientèle et du grand public, certains internautes s’interrogeant sur les motifs sous-jacents de cette rationalisation, qui pourraient dépasser une simple adaptation aux usages numériques et recouvrir des tensions internes ou des défis opérationnels propres à la banque.
Pourquoi est-ce important ?
La décision de fermer quatre agences bancaires au Togo par Orabank n’est pas un simple ajustement local : elle s’inscrit dans la mutation profonde des services financiers en Afrique, où les réseaux physiques traditionnels cèdent progressivement la place à des solutions digitales plus flexibles et moins coûteuses. Cette transformation, qui embrasse la banque mobile, les services en ligne, les applications et les services alternatifs comme WhatsApp banking, modifie radicalement la relation entre les institutions financières et leurs clients, tout en posant d’importants défis pour l’inclusion financière des populations non bancarisées ou peu connectées.
Dans une sous-région où l’accès aux services bancaires reste essentiel pour les petites entreprises, les commerçants et les populations rurales, ces fermetures peuvent être perçues comme un signal fort d’une évolution structurelle vers des modèles hybrides, combinant points de contact physiques réduits et plateformes numériques omniprésentes. Elles posent également la question de savoir comment les institutions financières continueront à équilibrer coût, accessibilité et qualité de service, tout en répondant aux aspirations des populations dans des économies souvent tributaires de l’inclusion bancaire pour stimuler l’investissement, l’épargne et la croissance.
Pour les pays de l’espace UEMOA et, plus largement, pour l’Afrique de l’Ouest, ces évolutions sont révélatrices d’un tournant stratégique qui pourrait redessiner la carte des services financiers de proximité pour les décennies à venir : une carte où les banques physiques se réinventent, se concentrent dans les zones à forte densité ou à forte activité économique, et où le digital devient le principal vecteur de sécurité, d’efficacité et d’inclusion financière, à condition qu’il soit accompagné de politiques publiques fortes et d’investissements dans l’éducation financière et l’accès numérique pour tous.