Togo : la rigueur macroéconomique a reconquis la confiance des bailleurs


Les points clés :

  • La gestion macroéconomique du Togo en 2025 a convaincu les grands bailleurs internationaux, avec des revues positives du programme appuyé par le FMI.

  • La croissance reste robuste autour de 5,2 % à 6 %, l’inflation est contenue sous les seuils communautaires, et la dette retrouve une trajectoire plus soutenable.

  • La Banque mondiale et d’autres institutions multilatérales intensifient leurs appuis financiers, ciblant l’agriculture, l’emploi, les infrastructures et la transformation économique.


Dans un contexte mondial marqué par des risques élevés, ralentissement économique, tensions financières et pressions inflationnistes, le Togo s’est distingué en 2025 par une gestion macroéconomique rigoureuse et cohérente, saluée par les principaux partenaires financiers internationaux. Cette année a représenté un verdict de confiance des institutions multilatérales, reposant sur des indicateurs favorables tels que la croissance, la maîtrise de l’inflation et un effort soutenu de réforme structurelle.

Les relations de Lomé avec les grands bailleurs ont été consolidées en particulier à travers le programme soutenu par la Facilité Élargie de Crédit (FEC) du Fonds Monétaire International (FMI). En mars 2024, le conseil d’administration du FMI avait approuvé un accord de 42 mois d’un montant d’environ 390 millions de dollars en faveur du Togo pour soutenir les politiques économiques et faire face aux chocs économiques successifs depuis 2020.

L’achèvement de la deuxième revue de cet accord par le conseil exécutif du FMI en juin 2025 a confirmé que les autorités ont mis en œuvre les réformes convenues de manière globalement satisfaisante, ce qui a permis le décaissement immédiat d’environ 44 millions de DTS (environ 60,5 millions de dollars) supplémentaires, destinés au soutien budgétaire. Cette étape marque une étape clé dans la coopération entre le Togo et le FMI et traduit la crédibilité retrouvée de la politique économique nationale.

Les performances économiques sous-jacentes expliquent en grande partie cette dynamique de confiance. Après une croissance robuste estimée à environ 5,3 % en 2024, les projections de croissance pour 2025 restent solides autour de 5,2 %, avec une trajectoire ascendante autour de 5,5 % à moyen terme si l’environnement externe reste favorable. D’autres sources locales évoquent même une croissance anticipée autour de 6,3 % en 2025, portée notamment par les services, le commerce, l’industrie et l’agriculture.

L’inflation, qui avait connu des épisodes de tension dans les années précédentes, a, quant à elle, été contenue sous les seuils communautaires de l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA), tombant à environ 2,6 % à 2,8 % en 2025 selon les chiffres du FMI. Cette stabilisation a permis de soutenir le pouvoir d’achat des ménages et de réduire les risques de spirales inflationnistes qui pèsent souvent sur les économies de la région.

La discipline budgétaire est également au centre de ce tableau, même si l’effort de consolidation est encore en cours. Les déficits budgétaires ont été réduits progressivement, avec des projections visant à les ramener autour de 3 % du PIB dès 2026, après des niveaux plus élevés en 2024 en raison des besoins de réponse aux chocs et de renforcement de la sécurité. La dette publique, qui avait augmenté ces dernières années du fait de financements liés aux chocs mondiaux, voit sa charge relative au PIB se stabiliser autour de 69 % à 70 %, ce qui reste inférieur aux seuils de viabilité définis par certains indicateurs internationaux.

Bien plus qu’une simple photographie des performances macroéconomiques, l’année 2025 a été marquée par une intensification des appuis financiers de la Banque mondiale et d’autres partenaires, qui ont mobilisé des financements importants pour soutenir des secteurs stratégiques. Ces engagements viennent compléter l’appui du FMI en offrant des ressources pour la modernisation des chaînes de valeur agricole, le développement du secteur privé, la création d’emplois, particulièrement pour les jeunes et les femmes, ainsi que pour le financement d’infrastructures économiques et sociales.

Une attention particulière est portée sur la création d’emplois et l’inclusion socio-économique, avec des programmes visant à renforcer la création de richesses durables et à améliorer l’accès aux services essentiels. Ces efforts s’inscrivent dans une logique de développement inclusif, qui cherche à tirer profit des réformes structurelles pour renforcer les opportunités économiques à un niveau plus large que la simple résilience macroéconomique.

Le dialogue avec les institutions multilatérales s’est également intensifié sur les réformes structurelles, avec des recommandations visant à renforcer la mobilisation des recettes fiscales, améliorer le climat des affaires et réduire les risques budgétaires tout en préservant des dépenses prioritaires pour le développement humain et social. Cette approche intégrée, liant discipline budgétaire, croissance inclusive et réforme structurelle, est présentée comme un modèle de coopération mature entre un pays en développement et ses partenaires internationaux.

Pourquoi est-ce important ?

L’année 2025 représente un tournant dans la relation entre le Togo et la communauté internationale, illustrant comment une gestion macroéconomique rigoureuse peut reconquérir la confiance des bailleurs, attirer des financements et créer un contexte favorable à la croissance durable. Cette dynamique est d’autant plus significative dans un environnement où de nombreux pays de la région sont confrontés à des défis similaires volatilité des prix des matières premières, pressions inflationnistes importées, contraintes fiscales et risques d’endettement excessif.

Pour l’économie ouest-africaine, le cas togolais offre plusieurs enseignements clés. D’abord, il montre que même dans un environnement international contraignant, les réformes cohérentes et crédibles peuvent atténuer les risques perçus par les investisseurs et les partenaires multilatéraux, renforçant ainsi l’attractivité des financements concessionnels et le soutien technique. Ensuite, la trajectoire togolaise met en évidence l’importance de coupler stabilité macroéconomique et inclusion sociale pour assurer une croissance qui profite à une plus large fraction de la population.

Enfin, l’exemple du Togo s’inscrit dans une tendance régionale plus large où la discipline budgétaire, la maîtrise de l’inflation, la gestion prudente de la dette et l’engagement constructif avec les institutions internationales constituent des facteurs déterminants pour renforcer la résilience des économies ouest-africaines face aux chocs externes. Dans un contexte de concurrence croissante pour les financements mondiaux, cette stratégie de renforcement des institutions économiques nationales et d’adaptation des politiques publiques pourrait bien servir de référence pour d’autres pays de la région cherchant à consolider leur propre trajectoire de développement durable et inclusif.

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