Nucléaire civil au Togo : un partenariat quinquennal avec l’AIEA pour impulser la santé, l’agriculture et la science au service du développement

Les points clés :

  • Le Togo et l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) ont signé un nouveau cadre de coopération de cinq ans pour renforcer l’usage pacifique des technologies nucléaires.

  • Cette alliance vise à soutenir des secteurs clés comme la santé (notamment la lutte contre le cancer avec Rays of Hope), l’agriculture (Atoms4Food) et d’autres applications utiles au développement durable.

  • L’accord s’inscrit dans une politique nationale de renforcement des capacités nucléaires et de sécurité juridique, alors que le Togo occupe désormais un siège au Conseil des Gouverneurs de l’AIEA (2025-2027).


Alors que l’énergie nucléaire reste un sujet sensible à l’échelle mondiale, le Togo franchit une étape stratégique en scellant un partenariat quinquennal avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). L’accord, conclu sous les auspices du ministère des Affaires étrangères et de l’agence onusienne dirigée par Rafael Mariano Grossi, inscrit désormais Lomé dans un cadre formel de coopération scientifique et technologique axé sur des applications strictement pacifiques du nucléaire, loin de toute dimension militaire.

Ce partenariat intervient dans un contexte où le Togo a multiplié, ces dernières années, les initiatives pour structurer un cadre national cohérent autour des sciences nucléaires. Outre son adhésion à l’AIEA depuis 2012, le pays s’est doté en 2025 d’un Commissariat à l’énergie atomique (CEAT) chargé de coordonner la recherche, la formation et les applications technologiques dans les domaines civil et scientifique. Cette institution stratégique illustre la volonté de Lomé de valoriser les avantages des technologies nucléaires dans des secteurs porteurs comme la santé, l’agriculture ou encore la gestion environnementale.

L’un des axes centraux de cette coopération est la santé publique, en particulier la lutte contre le cancer via l’initiative Rays of Hope de l’AIEA. Lancée sur plusieurs continents, cette initiative vise à renforcer les capacités diagnostiques, thérapeutiques et de prise en charge des patients atteints de cancer dans les pays membres qui en sont dépourvus ou insuffisamment équipés. Des équipements de radiothérapie, des technologies de médecine nucléaire et des formations associées sont au cœur de cette démarche, comme l’a confirmé l’AIEA dans ses rapports sur les projets en Afrique.

L’agriculture constitue un autre pilier du partenariat. À travers le programme Atoms4Food, l’AIEA et ses partenaires, parfois en collaboration avec des organisations comme la FAO, cherchent à déployer des techniques fondées sur des isotopes et des technologies nucléaires pour améliorer la productivité agricole, la gestion des sols et la résilience face aux changements climatiques. L’initiative vise à soutenir des systèmes alimentaires durables, optimiser l’usage des fertilisants et réduire les pertes post-récolte, autant d’enjeux cruciaux pour des économies agricoles comme celle du Togo et de nombreux pays de la région.

Sur le plan énergétique, même si le Togo ne dispose pas de centrales nucléaires civiles, l’accord avec l’AIEA ouvre une porte à l’amélioration des cadres réglementaires, à l’établissement de normes de sûreté nucléaire et à l’exploration de solutions innovantes adaptables au contexte énergétique ouest-africain. Le pays s’est engagé récemment à renforcer son cadre national de sûreté et de sécurité, en adoptant des lois et instruments juridiques internationaux pour prévenir, détecter et gérer toute situation d’urgence radiologique, une étape indispensable pour intégrer en toute sécurité des technologies nucléaires avancées.

La portée diplomatique de cette coopération ne doit pas être sous-estimée. En 2025, le Togo a été élu membre du Conseil des Gouverneurs de l’AIEA pour un mandat de deux ans (2025-2027), une instance clé qui supervise les orientations de l’agence, approuve les budgets et participe à la définition des politiques internationales relatives à l’utilisation pacifique du nucléaire. Cette élection confère au Togo une voix accrue au sein de l’agenda nucléaire international et reflète sa progression en matière de gouvernance et de maîtrise scientifique.

Pourquoi est-ce important ?

L’accord quinquennal entre le Togo et l’AIEA n’est pas qu’un symbole diplomatique : il représente un levier concret pour intégrer des technologies scientifiques avancées au service de défis socio-économiques majeurs. En renforçant les capacités nationales en santé, agriculture et énergie, ce partenariat contribue à créer un écosystème plus résilient face aux défis contemporains, qu’il s’agisse de la croissance des besoins sanitaires, de la sécurité alimentaire ou des objectifs d’accès à l’énergie.

Pour l’économie ouest-africaine, l’utilisation pacifique des technologies nucléaires est une opportunité d’accélérer des progrès structurels dans des secteurs traditionnellement sous-investis. En s’appuyant sur des cadres internationaux de sûreté et de régulation, le Togo démontre que la science nucléaire peut être intégrée de manière responsable et bénéfique, tout en renforçant son stature sur la scène diplomatique mondiale. Enfin, cette dynamique encourage d’autres pays de la région à explorer des approches innovantes et scientifiques dans leurs stratégies nationales de développement, un pas de plus vers une Afrique plus compétitive, autosuffisante et technologiquement avancée.

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