She Wins Africa : Abdul Samad Rabiu et la SFI veulent propulser 1000 femmes entrepreneures et redessiner l’économie africaine

Les points clés :

  • Le milliardaire nigérian Abdul Samad Rabiu et la Société financière internationale (IFC) élargissent leur programme « She Wins Africa » pour accompagner 1 000 femmes entrepreneures en Afrique subsaharienne.

  • La première phase a permis à 100 fondatrices de lever plus de 4 millions de dollars, avec 17 entreprises ayant obtenu des financements externes.

  • Cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large où les grandes fortunes nigérianes structurent un écosystème continental d’entrepreneuriat privé, avec un impact potentiel majeur en Afrique de l’Ouest.


L’annonce a été faite le 6 février dans un communiqué conjoint : Abdul Samad Rabiu, deuxième fortune du Nigeria derrière Aliko Dangote, s’associe de nouveau à la Société financière internationale (IFC), bras privé du Groupe de la Banque mondiale, pour étendre leur programme « She Wins Africa ». L’objectif est ambitieux : passer de 100 à 1 000 femmes entrepreneures accompagnées à travers l’Afrique subsaharienne.

Cette montée en puissance ne relève pas du simple effet d’annonce philanthropique. Elle s’inscrit dans un contexte économique continental où l’accès au capital demeure l’un des principaux freins à la croissance des entreprises dirigées par des femmes.

Selon Forbes, Abdul Samad Rabiu figure parmi les plus grandes fortunes africaines, avec des actifs majeurs dans le ciment, le sucre et les infrastructures à travers le groupe BUA.

Une première phase aux résultats mesurables

Le programme « She Wins Africa », conçu par l’IFC et la fondation ASR Africa, a d’abord sélectionné 100 femmes dirigeantes de start-ups parmi des milliers de candidatures africaines. Selon les données communiquées par l’IFC, les participantes ont collectivement mobilisé plus de 4 millions de dollars de financements externes. Dix-sept entreprises ont obtenu des investissements formels auprès de partenaires financiers.

Au cours de cette première phase, 123 heures de soutien technique ont été délivrées, 275 mises en relation ont été organisées entre fondatrices et investisseurs, et 100 mentors ont été mobilisés. Parmi les entreprises accompagnées figurent Advantage Health Africa, active dans la healthtech pour l’accès aux médicaments, ou encore Sulma Wholefoods au Kenya, spécialisée dans l’agriculture durable.

Un enjeu continental : combler le déficit de financement des femmes

Selon le Mastercard Index of Women Entrepreneurs (MIWE), l’Afrique subsaharienne affiche l’un des taux d’activité entrepreneuriale féminine les plus élevés au monde, avec environ 26 % des femmes engagées dans une activité entrepreneuriale. La Banque mondiale souligne que les PME dirigées par des femmes en Afrique font face à un déficit de financement estimé à des dizaines de milliards de dollars.

Le paradoxe africain est clair : forte dynamique entrepreneuriale féminine, mais faible accès aux capitaux structurants. « She Wins Africa » vise précisément à transformer l’auto-emploi informel en entreprises structurées capables d’attirer des investisseurs régionaux et internationaux.

Le Nigeria, locomotive du mentorat entrepreneurial africain

L’initiative de Rabiu s’inscrit dans une tradition nigériane d’engagement privé massif en faveur de l’entrepreneuriat africain. La Tony Elumelu Foundation (TEF), lancée en 2010, revendique plus de 100 millions de dollars injectés dans plus de 21 000 entrepreneurs à travers les 54 pays africains. Selon les données officielles de la fondation, le programme a contribué à la création de plus de 1,5 million d’emplois directs et indirects. Chaque entrepreneur sélectionné reçoit une formation de 12 semaines, un mentorat et un capital d’amorçage de 5 000 dollars.

Aliko Dangote, via la Dangote Foundation, mène également des programmes d’autonomisation économique, principalement orientés vers la santé, la nutrition et les micro-subventions féminines. Ces initiatives s’inscrivent dans la doctrine dite de « l’Africapitalisme », conceptualisée par Tony Elumelu : l’idée que le secteur privé africain doit être le moteur du développement du continent.

Un impact macroéconomique potentiel pour l’Afrique de l’Ouest

L’Afrique de l’Ouest représente l’un des écosystèmes entrepreneuriaux les plus dynamiques du continent, notamment au Nigeria, au Ghana, en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Selon la Banque mondiale, les PME représentent environ 90 % des entreprises et plus de 50 % des emplois en Afrique subsaharienne. L’accès au financement reste toutefois limité, particulièrement pour les femmes. Les données du Global Findex Database montrent que l’écart d’inclusion financière entre hommes et femmes persiste en Afrique subsaharienne.

Dans ce contexte, un programme structuré visant 1 000 entreprises féminines à potentiel de croissance peut générer un effet multiplicateur significatif en termes d’emplois, de formalisation économique et d’élargissement de l’assiette fiscale.

Une stratégie alignée sur les priorités des bailleurs internationaux

L’IFC, branche privée du Groupe Banque mondiale, a pour mandat de soutenir le secteur privé dans les économies émergentes. En Afrique, elle est particulièrement active dans le financement des PME, l’inclusion financière et l’égalité de genre.

Son engagement aux côtés d’ASR Africa renforce la crédibilité du programme auprès des investisseurs internationaux. La Banque mondiale estime que la réduction des inégalités de genre dans l’accès au travail et au capital pourrait accroître significativement le PIB des économies africaines à long terme.

Pourquoi est-ce important ?

L’expansion de « She Wins Africa » dépasse le cadre d’une initiative philanthropique. Elle touche à un levier structurel du développement africain : la transformation de l’entrepreneuriat informel en croissance formelle et scalable.

En Afrique de l’Ouest, où la jeunesse représente une majorité démographique et où le chômage structurel reste élevé, le soutien aux PME dirigées par des femmes constitue un outil puissant de stabilisation sociale et de diversification économique. Si les 1 000 entreprises ciblées réussissent à lever des capitaux, à croître et à embaucher, l’effet d’entraînement pourrait s’étendre aux chaînes de valeur agricoles, technologiques et industrielles régionales.

Dans un contexte où les flux d’investissements directs étrangers vers l’Afrique restent volatils selon le World Investment Report de la CNUCED, le renforcement des capacités internes devient stratégique. Le Nigeria, par l’engagement coordonné de ses grandes fortunes, confirme son rôle de hub financier et entrepreneurial continental. Pour l’Afrique de l’Ouest, ces initiatives privées constituent un complément décisif aux politiques publiques.

L’enjeu n’est pas seulement l’autonomisation de 1 000 femmes. Il s’agit d’ancrer un modèle où le capital africain finance la transformation africaine.

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