Port d’Abidjan : 46,6 millions de tonnes en 2025, la Côte d’Ivoire s’impose comme le poumon logistique de l’Afrique de l’Ouest

Les points clés :

  • Le trafic global du Port d’Abidjan a bondi de 16,1 % en un an pour atteindre 46,6 millions de tonnes en 2025.

  • Le transit vers le Burkina Faso et le Mali progresse fortement, confirmant le rôle stratégique du corridor abidjanais.

  • Plus de 1 000 milliards FCFA investis depuis 2012 ont transformé la plateforme en hub régional majeur.


En franchissant le seuil de 46,6 millions de tonnes en 2025, contre 40,1 millions en 2024, le Port Autonome d’Abidjan confirme son changement d’échelle. La progression de 16,1 % en un an, traduit une accélération nette de la dynamique commerciale ivoirienne et régionale.

Cette performance repositionne clairement la plateforme abidjanaise au cœur des échanges ouest-africains. Déjà présenté comme le premier port d’Afrique de l’Ouest en tonnage global par les autorités ivoiriennes, le Port d’Abidjan consolide son statut de hub stratégique dans un environnement marqué par une concurrence accrue entre les grandes infrastructures maritimes de la sous-région.

La croissance enregistrée en 2025 repose d’abord sur la vigueur du trafic national. Les volumes liés à l’économie ivoirienne ont atteint 34,2 millions de tonnes, contre un peu plus de 28,5 millions en 2024, soit une hausse proche de 20 %. Cette progression reflète la solidité de la conjoncture intérieure. Selon les données macroéconomiques publiées par la Banque mondiale, la Côte d’Ivoire a maintenu un taux de croissance supérieur à 6 % ces dernières années, malgré les chocs mondiaux récents.

Le port agit comme un baromètre avancé de cette croissance. Les importations stratégiques, notamment énergétiques et industrielles, ont alimenté la hausse des volumes. Les exportations agricoles, en particulier le cacao dont la Côte d’Ivoire demeure le premier producteur mondial selon l’Organisation internationale du cacao, transitent également massivement par Abidjan.

Le trafic conteneurisé confirme cette montée en puissance. En 2025, près de 1,69 million d’EVP ont été traités, contre un peu plus de 1,64 million en 2024, soit une hausse de 3,1 %. Pour la deuxième année consécutive, le port dépasse largement le million de conteneurs.

À l’échelle régionale, cette performance rapproche Abidjan des grands hubs ouest-africains comme le Port of Tema au Ghana et le Port Autonome de Lomé au Togo, qui ont également investi massivement ces dernières années pour accroître leurs capacités en conteneurs. La compétition se joue autant sur la profondeur des quais que sur la fluidité logistique, la digitalisation des procédures et la qualité des corridors terrestres.

L’ambition affichée par les autorités ivoiriennes est claire : atteindre deux millions de conteneurs d’ici 2027 afin de renforcer la visibilité du port dans les classements mondiaux. Cette trajectoire s’inscrit dans la continuité des investissements engagés depuis 2012. Plus de 1 000 milliards de FCFA ont été mobilisés pour moderniser les infrastructures, selon les données officielles du Port Autonome d’Abidjan. Ces investissements ont permis l’extension et l’approfondissement du canal de Vridi, l’aménagement de nouveaux terminaux et l’amélioration des équipements de manutention.

Le transit vers les pays enclavés constitue un autre moteur majeur de la performance 2025. Les marchandises destinées au Burkina Faso et au Mali ont atteint 3,92 millions de tonnes, en hausse de 34,1 %. Le trafic avec le Burkina Faso rebondit à 2,40 millions de tonnes, soit +16,6 %. Du côté malien, la progression dépasse 76 %, avec 1,47 million de tonnes traitées.

Ces chiffres confirment la centralité du corridor abidjanais pour l’approvisionnement de l’hinterland sahélien. Dans un contexte sécuritaire et géopolitique parfois instable, la continuité logistique vers les pays sans façade maritime est un enjeu stratégique. Selon les rapports sur l’intégration régionale publiés par la Banque africaine de développement, l’amélioration des corridors de transport est essentielle pour réduire les coûts commerciaux en Afrique de l’Ouest.

Le seul segment en léger recul concerne le transbordement, en baisse de 1,9 %, à 8,46 millions de tonnes contre 8,63 millions en 2024. Ce tassement s’explique notamment par la concurrence régionale accrue et certaines contraintes logistiques. Les ports de la côte ouest-africaine cherchent tous à capter une part plus importante des flux internationaux, ce qui intensifie la compétition sur les services maritimes.

Sur le plan macroéconomique, la montée en puissance du Port d’Abidjan renforce le rôle logistique de la Côte d’Ivoire dans la sous-région. Les échanges intracommunautaires au sein de la CEDEAO, dépendent largement de la qualité des infrastructures portuaires et routières.

La transformation du port s’inscrit aussi dans une stratégie nationale plus large. Les plans nationaux de développement successifs ont placé les infrastructures au cœur de la compétitivité ivoirienne. Les investissements publics massifs dans les routes, les zones industrielles et l’énergie complètent la modernisation portuaire et renforcent l’attractivité du pays pour les investisseurs internationaux.

Pourquoi est-ce important ?

La performance record du Port d’Abidjan en 2025 dépasse le simple indicateur logistique. Elle reflète la vigueur de l’économie ivoirienne, consolide son leadership régional et renforce l’intégration économique ouest-africaine. En fluidifiant les échanges avec le Burkina Faso et le Mali, Abidjan soutient directement la résilience économique de l’hinterland sahélien.

Dans une Afrique de l’Ouest en quête de transformation structurelle, les ports jouent un rôle déterminant dans la réduction des coûts du commerce et l’amélioration de la compétitivité globale. Les efforts parallèles du Ghana, du Togo et du Sénégal pour moderniser leurs infrastructures témoignent d’une course stratégique au positionnement logistique.

Pour la Côte d’Ivoire, l’enjeu est désormais de convertir cette performance en avantage durable. La capacité à maintenir la qualité des services, à investir dans la digitalisation et à sécuriser les corridors terrestres déterminera la place d’Abidjan dans la hiérarchie portuaire africaine. Au-delà des chiffres, c’est l’architecture même du commerce ouest-africain qui se redessine autour de ces hubs modernisés.

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