Inflation au Togo : comment Lomé a fait chuter la hausse des prix à 0,2 % et tenu le cap de l’UEMOA

Les points clés :

  • L’inflation au Togo est tombée à 0,2 % en janvier 2026 après un ralentissement continu en 2025.

  • Le pays respecte durablement le critère communautaire de 3 % fixé par l’UEMOA.

  • La stabilité annuelle masque des tensions sectorielles, notamment sur l’énergie et le logement.


La décrue est spectaculaire. En l’espace d’un an, le Togo est passé d’un taux d’inflation de 2,9 % en janvier 2025 à 0,4 % en décembre 2025, avant d’atteindre 0,2 % en janvier 2026. Ces chiffres, publiés par l’INSEED-Togo, traduisent une stabilisation quasi complète du niveau général des prix. Selon l’Institut national de la statistique et des études économiques et démographiques, l’Indice harmonisé des prix à la consommation s’établit à 102,8 en janvier 2026, un niveau pratiquement identique à celui observé un an plus tôt. En glissement annuel, la variation est de 0,0 %.

Cette performance revêt une importance particulière dans l’espace communautaire. Le Togo respecte en effet de manière continue depuis décembre 2024 le critère de convergence de l’UEMOA relatif à l’inflation, qui fixe un plafond de 3 %. Ce seuil, inscrit dans le Pacte de convergence, de stabilité, de croissance et de solidarité de l’Union, constitue l’un des indicateurs clés de discipline macroéconomique pour les États membres.

Selon Akoly Gentry, directeur général de l’INSEED-Togo, le pays a respecté en 2025 le critère communautaire d’inflation, consolidant ainsi sa crédibilité macroéconomique. Cette conformité intervient dans un contexte régional marqué par les chocs inflationnistes des années 2022 et 2023, liés à la hausse mondiale des prix de l’énergie et des produits alimentaires.

D’après les données de la Banque mondiale, l’inflation moyenne en Afrique subsaharienne a dépassé 7 % en 2023, avec des pics bien supérieurs dans certains pays. Dans ce contexte, le retour à une inflation quasi nulle au Togo constitue un signal fort de stabilisation.

La trajectoire observée en 2025 montre une décélération progressive. Le mouvement s’inscrit dans une dynamique régionale où l’inflation moyenne dans l’UEMOA a légèrement reculé, selon les notes de conjoncture publiées par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest.

L’Indice harmonisé des prix à la consommation, instrument central de cette analyse, repose sur une collecte mensuelle couvrant l’ensemble du territoire togolais depuis 2014. Il distingue milieu urbain et rural et mesure l’évolution d’un panier fixe de biens et services représentatifs de la consommation des ménages. L’IHPC est un outil harmonisé à l’échelle de l’UEMOA, ce qui permet des comparaisons régionales fiables.

La stabilité annuelle observée en janvier 2026 résulte cependant de dynamiques contrastées. Les prix des produits alimentaires et boissons non alcoolisées ont reculé de 4,3 % sur un an. Cette baisse contribue fortement à la modération globale, l’alimentation représentant une part importante des dépenses des ménages togolais. En revanche, la division « Logement, eau, électricité, gaz et autres combustibles » progresse de 9,8 %, principalement sous l’effet des combustibles solides. Les restaurants et services d’hébergement affichent une hausse de 3,3 %, tandis que la santé augmente de 1,0 %.

Ces divergences sectorielles traduisent des tensions structurelles. La baisse des prix alimentaires peut être liée à une amélioration de l’offre locale et à une détente relative sur les marchés internationaux. Les données de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, montrent un reflux progressif des indices mondiaux des prix alimentaires après les pics atteints en 2022. Toutefois, les coûts énergétiques demeurent sensibles aux fluctuations internationales.

Sur une base mensuelle, entre décembre 2025 et janvier 2026, le niveau général des prix a augmenté de 0,6 %. Cette progression est essentiellement imputable aux produits alimentaires, notamment les produits frais dont l’indice progresse de 2,8 % sur un mois. Sur une base trimestrielle, la hausse atteint 1,5 %, tirée par l’alimentation et l’énergie. Ces variations infra-annuelles rappellent que la stabilité annuelle ne signifie pas absence de volatilité à court terme.

Du point de vue macroéconomique, la maîtrise de l’inflation est déterminante pour la stabilité du pouvoir d’achat. Une inflation faible préserve la valeur réelle des revenus et réduit l’incertitude pour les ménages comme pour les entreprises. Elle facilite également la planification budgétaire de l’État. Selon les données pays du Togo publiées par le Fonds monétaire international, la stabilité des prix constitue un pilier des programmes d’ajustement et des cadres macroéconomiques soutenus par les partenaires techniques et financiers.

Dans l’espace UEMOA, la politique monétaire est conduite de manière centralisée par la BCEAO. La crédibilité du cadre monétaire commun dépend en partie de la capacité des États membres à respecter les critères de convergence. En maintenant l’inflation bien en dessous du seuil de 3 %, le Togo contribue à la stabilité de l’ensemble de l’Union monétaire.

Comparativement, certains pays ouest-africains hors UEMOA ont connu des niveaux d’inflation beaucoup plus élevés ces dernières années. Au Ghana, par exemple, l’inflation a dépassé 50 % en 2022 selon les données officielles de la Ghana Statistical Service et les rapports du FMI. Cette divergence illustre l’importance d’un cadre monétaire crédible et d’une discipline budgétaire rigoureuse.

La performance togolaise doit cependant être analysée avec prudence. Une inflation très faible peut refléter une demande intérieure modérée. Elle peut aussi traduire des effets temporaires liés aux prix internationaux. La durabilité de la stabilisation dépendra de la résilience de l’économie face aux chocs externes, notamment énergétiques et climatiques.

Pourquoi est-ce important ?

La stabilisation de l’inflation à 0,2 % en janvier 2026 constitue bien plus qu’un indicateur technique. Elle renforce la crédibilité macroéconomique du Togo dans un environnement régional encore marqué par des vulnérabilités. Elle soutient le pouvoir d’achat des ménages, favorise la prévisibilité pour les investisseurs et consolide la confiance des partenaires internationaux.

À l’échelle ouest-africaine, la convergence des performances en matière d’inflation est un facteur clé d’intégration économique. Le respect durable des critères de l’UEMOA par des pays comme le Togo contribue à la stabilité de la zone et à l’attractivité du marché régional. Dans un contexte où plusieurs économies de la région poursuivent des efforts d’assainissement budgétaire et de réformes structurelles, la discipline inflationniste devient un avantage compétitif.

Pour le Togo, l’enjeu désormais est de transformer cette stabilité des prix en croissance inclusive et durable. La maîtrise de l’inflation crée un socle. La consolidation des réformes structurelles, l’investissement productif et l’amélioration du climat des affaires détermineront si cette accalmie conjoncturelle se convertit en véritable accélérateur de développement pour l’économie nationale et, au-delà, pour l’Afrique de l’Ouest.

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