Hydrocarbures : avec “Calao South”, la Côte d’Ivoire découvre 1,4 milliard de barils équivalent pétrole et change d’échelle énergétique

Les points clés

  • Une nouvelle découverte commerciale d’hydrocarbures a été annoncée le 16 février 2026 sur le bloc CI-501, opérée par ENI et PETROCI.

  • Les ressources estimées sur les blocs CI-501 et CI-205 atteindraient environ 1,4 milliard de barils équivalent pétrole.

  • Abidjan confirme son ambition de devenir un pôle énergétique majeur en Afrique de l’Ouest.


La Côte d’Ivoire franchit une nouvelle étape dans sa stratégie énergétique. Le 16 février 2026, les autorités ivoiriennes ont annoncé une nouvelle découverte commerciale d’hydrocarbures dans le bassin sédimentaire national. Baptisé “Calao South”, le gisement a été identifié sur le bloc CI-501 à la suite du forage du puits d’exploration Murène South-1X, qui a atteint une profondeur totale de 5 058 mètres.

L’opération est menée par le groupe italien ENI en partenariat avec PETROCI Holding, la société publique pétrolière ivoirienne.

Cette découverte intervient après celles des champs Baleine, annoncée le 1er septembre 2021, et Calao, révélée le 7 mars 2024. Le champ Baleine, opéré également par ENI, avait déjà marqué un tournant en étant présenté comme la plus importante découverte d’hydrocarbures en Côte d’Ivoire à ce jour, selon les communiqués officiels d’ENI et du gouvernement ivoirien.

Le nouveau forage Murène South-1X, situé à environ 8 kilomètres au sud-ouest du puits Murène-1X sur le bloc CI-205, a révélé la présence de pétrole léger, de gaz naturel et de condensats. Cette combinaison constitue un atout économique majeur. Le pétrole léger est généralement plus recherché en raison de ses coûts de raffinage plus faibles, tandis que le gaz naturel joue un rôle stratégique dans la production d’électricité domestique.

Les premières analyses techniques estiment les ressources identifiées sur les blocs CI-501 et CI-205 à environ 1,4 milliard de barils équivalent pétrole. Si ces volumes sont confirmés lors des phases d’évaluation et de développement, ils repositionneraient significativement la Côte d’Ivoire dans la hiérarchie énergétique régionale.

Pour mesurer l’ampleur de cette annonce, il convient de la replacer dans le contexte régional. L’Afrique de l’Ouest demeure importatrice nette de produits pétroliers raffinés malgré la présence de producteurs comme le Nigeria. Le développement de nouvelles capacités en amont pourrait contribuer à réduire la dépendance énergétique de certains pays de la région.

La demande énergétique en Afrique subsaharienne est en croissance soutenue. D’après l’Agence internationale de l’énergie, les besoins en électricité et en carburants devraient augmenter fortement d’ici 2030, portés par la croissance démographique et l’urbanisation.

En Côte d’Ivoire, la stratégie énergétique vise à consolider la position du pays comme hub électrique régional. Le pays exporte déjà de l’électricité vers plusieurs voisins, notamment le Ghana, le Burkina Faso et le Mali, selon les données publiées par le ministère ivoirien des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, disponibles sur les portails gouvernementaux officiels.

L’exploitation accrue de gaz naturel issu des nouveaux gisements pourrait renforcer cette capacité d’exportation électrique, en alimentant les centrales thermiques domestiques. Le gaz représente un levier stratégique pour sécuriser l’approvisionnement énergétique tout en limitant l’exposition aux importations de combustibles.

Sur le plan macroéconomique, la Côte d’Ivoire affiche une croissance robuste, supérieure à 6 % ces dernières années. Le développement pétro-gazier pourrait renforcer les recettes fiscales et améliorer la balance des paiements, sous réserve d’une gestion rigoureuse des revenus.

L’expérience d’autres producteurs africains montre toutefois que la transformation d’une découverte en richesse durable dépend de la gouvernance. Le Nigeria, premier producteur d’Afrique, illustre à la fois le potentiel et les défis liés à la dépendance aux hydrocarbures. La Côte d’Ivoire semble, pour l’heure, adopter une stratégie graduelle, combinant développement pétrolier, diversification économique et investissements dans les infrastructures.

Le bassin sédimentaire ivoirien, longtemps considéré comme sous-exploré, gagne en attractivité. La présence d’un acteur majeur comme ENI renforce la crédibilité du pays auprès des investisseurs internationaux. Les décisions finales d’investissement dépendront néanmoins des résultats des forages d’évaluation, des conditions du marché international du pétrole et de la stabilité réglementaire.

Au niveau ouest-africain, la découverte Calao South intervient dans un contexte de recomposition énergétique. Le Sénégal et la Mauritanie ont récemment lancé la production de gaz offshore, tandis que le Ghana poursuit l’exploitation de ses champs en mer. La concurrence pour attirer les capitaux internationaux s’intensifie.

Pourquoi est-ce important ?

La découverte de Calao South ne constitue pas seulement une avancée technique. Elle peut redéfinir la trajectoire énergétique et budgétaire de la Côte d’Ivoire. Avec des ressources estimées à 1,4 milliard de barils équivalent pétrole, le pays pourrait accroître sa production, sécuriser son approvisionnement en gaz et consolider son rôle d’exportateur d’électricité dans la sous-région.

Pour l’Afrique de l’Ouest, cette montée en puissance énergétique ouvre des perspectives de coopération accrue en matière d’infrastructures, d’interconnexions électriques et de sécurité énergétique. Dans un contexte où la demande régionale augmente rapidement, chaque nouvelle capacité de production contribue à stabiliser l’offre.

La clé résidera dans la gestion des revenus, la transparence et l’investissement dans la diversification économique. Si la Côte d’Ivoire parvient à transformer cette découverte en levier de développement durable, elle pourrait s’imposer comme l’un des pôles énergétiques structurants de l’Afrique de l’Ouest, tout en renforçant sa résilience face aux chocs externes.

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