Automobile : le Togo lance son premier salon international et veut s’imposer comme hub régional de la mobilité
Les points clés :
Le Togo organise en mars 2026 la première édition du Salon International de l’Automobile du Togo au CETEF de Lomé.
L’événement ambitionne de structurer un écosystème automobile national encore largement dominé par l’importation.
Dans un contexte de croissance du marché africain, Lomé cherche à se positionner comme pôle logistique et commercial sous-régional.
Le 17 février 2026, à la Salle Africa du Centre Togolais des Expositions et Foires de Lomé, sera officiellement lancé le Salon International de l’Automobile du Togo, plus connu sous l’acronyme SIAT. Derrière cet événement inédit se dessine une ambition plus large : faire de Lomé un point d’ancrage stratégique de l’écosystème automobile en Afrique de l’Ouest.
La première édition, prévue du 11 au 15 mars 2026, s’articule autour d’un thème évocateur, « L’Afrique en mouvement, le Togo en pôle ». L’intitulé n’est pas anodin. Il renvoie à la volonté affichée par les organisateurs de positionner le pays non seulement comme un marché de consommation, mais aussi comme une plateforme d’échanges, d’innovations et de partenariats pour l’industrie automobile régionale.
Le secteur automobile en Afrique connaît une transformation progressive. Selon les analyses publiées par la Banque africaine de développement, l’urbanisation rapide et l’essor des classes moyennes soutiennent la demande de véhicules particuliers et utilitaires.
D’après les données de l’Organisation internationale des constructeurs automobiles, l’Afrique représente encore une part modeste du parc automobile mondial, mais affiche un potentiel de croissance important, notamment en Afrique subsaharienne. La majorité des marchés ouest-africains restent dominés par l’importation de véhicules d’occasion, principalement en provenance d’Europe et d’Asie.
Dans ce contexte, le Togo se distingue par son rôle logistique. Le Port Autonome de Lomé constitue l’un des principaux points d’entrée des véhicules dans la sous-région. Selon les statistiques portuaires, le port togolais traite un volume significatif de véhicules en transit vers les pays enclavés comme le Burkina Faso et le Niger. Cette fonction de hub de redistribution confère au Togo un avantage stratégique dans la chaîne de valeur automobile régionale.
Le SIAT s’inscrit donc dans une dynamique cohérente avec cette réalité logistique. En réunissant concessionnaires, équipementiers, prestataires de services et institutions partenaires, l’événement vise à structurer un écosystème encore fragmenté. Le président du comité d’organisation, Steeven Amevor, affirme que les préparatifs avancent avec rigueur afin de proposer une vitrine à la hauteur des ambitions nationales.
L’initiative intervient dans un environnement macroéconomique marqué par des efforts de diversification. Selon les données pays du Fonds monétaire international, le Togo poursuit des réformes visant à renforcer son climat des affaires et à attirer davantage d’investissements directs étrangers. La promotion d’un secteur automobile plus structuré pourrait s’inscrire dans cette stratégie.
À l’échelle régionale, plusieurs pays ouest-africains ont engagé des politiques pour développer une industrie automobile locale. Au Ghana, le gouvernement a adopté une politique nationale de développement automobile afin d’encourager l’assemblage local de véhicules, avec l’installation d’usines d’assemblage par des marques internationales. Au Nigeria, une politique similaire a été mise en œuvre pour stimuler la production locale et réduire la dépendance aux importations.
Face à ces initiatives, le Togo semble privilégier une approche progressive, axée d’abord sur la structuration du marché, la mise en réseau des acteurs et la valorisation des opportunités d’affaires. Le SIAT pourrait servir de catalyseur pour attirer des investisseurs intéressés par l’assemblage léger, la distribution régionale ou les services associés, notamment la maintenance, le financement automobile et l’assurance.
L’enjeu environnemental constitue également un facteur structurant. La transition vers des véhicules moins polluants et, à terme, électriques, s’impose progressivement sur le continent. Selon la Banque mondiale, la mobilité durable représente un axe prioritaire pour les économies africaines confrontées aux défis urbains et climatiques. Le SIAT pourrait ainsi devenir un espace de réflexion sur l’introduction progressive de solutions de mobilité plus propres au Togo.
Le choix du Centre Togolais des Expositions et Foires de Lomé comme cadre de l’événement renforce également la portée symbolique du salon. Le CETEF accueille déjà des manifestations économiques d’envergure, contribuant à positionner Lomé comme un carrefour d’affaires régional.
Au-delà de l’exposition de véhicules, l’événement ambitionne d’être un lieu de rencontres professionnelles. Dans un secteur où la chaîne de valeur englobe importateurs, concessionnaires, banques, assureurs, logisticiens et autorités réglementaires, la création d’un espace de dialogue formel peut favoriser la transparence et la formalisation des activités.
Pourquoi est-ce important ?
Le lancement du Salon International de l’Automobile du Togo dépasse le simple cadre événementiel. Il traduit la volonté d’inscrire le pays dans une dynamique régionale de structuration industrielle et de modernisation de la mobilité. En capitalisant sur son positionnement logistique et son port en eau profonde, le Togo cherche à consolider son rôle dans la redistribution des flux automobiles en Afrique de l’Ouest.
Dans une sous-région où la demande de mobilité est appelée à croître avec l’urbanisation et l’expansion démographique, la capacité des États à organiser et réguler ce secteur aura un impact direct sur l’emploi, les recettes fiscales et la balance commerciale. Les efforts engagés par le Ghana et le Nigeria en matière d’assemblage local montrent que la compétition industrielle est déjà engagée.
Pour le Togo, l’enjeu consiste à transformer son avantage logistique en levier de création de valeur. Si le SIAT parvient à attirer des partenariats structurants et à impulser des investissements dans la distribution, la maintenance ou l’assemblage, il pourrait devenir un instrument stratégique de diversification économique. Dans un contexte ouest-africain en quête d’industrialisation et d’intégration régionale, la mobilité apparaît plus que jamais comme un secteur clé de la transformation structurelle.