Togo : 505 milliards FCFA d’importations au 3ᵉ trimestre 2025, révélateur d’une économie en expansion mais toujours sous pression commerciale
Les points clés
Les importations togolaises atteignent 505 milliards FCFA au troisième trimestre 2025 pour 1,59 million de tonnes de marchandises.
Le déficit commercial se creuse à –255,8 milliards FCFA, confirmant une dépendance structurelle aux biens importés.
La Chine reste premier fournisseur, tandis que la France consolide sa place stratégique avec 6,6 % des importations.
Au troisième trimestre 2025, les importations du Togo ont atteint 505 milliards FCFA, selon les dernières données publiées par l’Institut national de la statistique et des études économiques et démographiques (INSEED). En volume, 1,59 million de tonnes de marchandises ont été importées, traduisant une progression significative par rapport à la même période en 2024.
Ces chiffres confirment une dynamique double. D’un côté, ils illustrent une économie togolaise en phase d’expansion, portée par une demande intérieure soutenue. De l’autre, ils mettent en lumière une vulnérabilité persistante : un déficit commercial qui s’établit à –255,8 milliards FCFA, alors que les exportations plafonnent à 249,1 milliards FCFA.
Derrière ces agrégats, se dessinent des enjeux structurels pour le Togo et, plus largement, pour l’économie ouest-africaine.
Une demande intérieure en forte progression
L’augmentation des importations reflète d’abord une consommation intérieure dynamique. Le Togo affiche depuis plusieurs années une croissance économique relativement robuste. Selon la Banque mondiale, la croissance du PIB togolais s’est maintenue au-dessus de 5 % en 2023 et 2024, soutenue par les services, les infrastructures et la logistique.
La hausse des importations concerne principalement trois catégories : les biens de consommation, les produits énergétiques et les équipements industriels. Cette structure est cohérente avec la transformation progressive de l’économie togolaise, marquée par l’urbanisation, l’essor des classes moyennes urbaines et les investissements dans les infrastructures.
Le rôle du Port autonome de Lomé est central dans cette dynamique. Unique port en eau profonde de la sous-région capable d’accueillir de grands navires, il constitue une plateforme logistique stratégique pour le Togo et pour les pays enclavés voisins comme le Burkina Faso ou le Niger. Selon les données publiées par l’autorité portuaire, le trafic global du port a dépassé les 30 millions de tonnes ces dernières années, confirmant son statut de hub régional.
Cette intensification des flux renforce la position du Togo comme carrefour commercial, mais elle accroît également sa dépendance aux importations stratégiques, notamment énergétiques.
Chine en tête, France partenaire stratégique
La Chine demeure le principal fournisseur du Togo, une tendance conforme à l’évolution globale des échanges africains. Selon la base de données du Centre du commerce international (ITC Trade Map), la Chine est devenue le premier partenaire commercial de nombreux pays africains au cours de la dernière décennie.
Les importations en provenance de Chine concernent majoritairement des produits manufacturés, des équipements, des matériaux de construction et des biens de consommation courante.
La France, pour sa part, représente 6,6 % du total des importations togolaises au troisième trimestre 2025. Cette part confirme son rôle de partenaire économique structurant. Les exportations françaises vers le Togo comprennent des produits alimentaires transformés, des équipements industriels, des produits pharmaceutiques et du matériel technique.
La relation franco-togolaise s’inscrit dans une histoire économique de long terme, mais elle se redéfinit aujourd’hui dans un environnement concurrentiel dominé par l’Asie. Pour le Togo, diversifier ses partenaires demeure une stratégie de sécurisation des approvisionnements.
Un déficit commercial structurel
Le déficit commercial de –255,8 milliards FCFA met en évidence un déséquilibre persistant entre importations et exportations. Cette situation n’est pas propre au Togo. Selon les données de la Banque africaine de développement (BAD), de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest affichent des balances commerciales déficitaires, en raison de la faiblesse de la transformation industrielle locale.
Au Togo, les exportations reposent essentiellement sur les phosphates, le clinker, le ciment et certains produits agricoles. La dépendance aux cours internationaux expose l’économie aux fluctuations des marchés mondiaux.
La théorie économique montre que le déficit commercial n’est pas nécessairement problématique s’il finance des investissements productifs. Si les importations d’équipements industriels et de biens intermédiaires soutiennent l’industrialisation et la productivité future, elles peuvent générer à moyen terme des gains de compétitivité.
Cependant, lorsque la facture énergétique ou alimentaire pèse trop lourdement, elle fragilise les comptes extérieurs et la stabilité monétaire.
Un contexte régional en mutation
Au niveau régional, la mise en œuvre progressive de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) pourrait modifier la structure des échanges. Les documents officiels de l’Union africaine détaillent les objectifs d’intégration commerciale visant à stimuler le commerce intra-africain, qui reste inférieur à 20 % des échanges totaux du continent selon la CNUCED.
Pour le Togo, hub logistique naturel en Afrique de l’Ouest, cette intégration représente une opportunité stratégique. En renforçant ses capacités industrielles et logistiques, le pays pourrait transformer une partie des flux d’importation en activités de transformation et de réexportation vers les marchés régionaux.
Perspectives pour le quatrième trimestre
Les chiffres du quatrième trimestre 2025 ne sont pas encore publiés par l’INSEED. Toutefois, les tendances observées au troisième trimestre suggèrent une poursuite de la dynamique importatrice, soutenue par la consommation et les investissements publics.
La stabilité des partenariats commerciaux, notamment avec la France et la Chine, sera déterminante pour garantir la continuité des approvisionnements, dans un contexte international encore marqué par des tensions géopolitiques et logistiques.
Pourquoi est-ce important ?
L’évolution des importations togolaises dépasse la simple lecture statistique. Elle révèle les tensions et les ambitions d’une économie en transition.
Pour le Togo, le défi consiste à transformer cette dépendance aux importations en levier de modernisation productive. L’enjeu est de développer davantage de chaînes de valeur locales afin de réduire le déficit commercial structurel.
À l’échelle ouest-africaine, la question est similaire. Les pays de la région cherchent à industrialiser leurs économies, à renforcer la transformation locale des matières premières et à réduire leur vulnérabilité aux chocs extérieurs. Le Togo, grâce à sa position géographique et à son infrastructure portuaire, peut jouer un rôle pivot dans cette transformation.
Si les importations actuelles soutiennent la modernisation industrielle et l’intégration régionale, elles pourraient constituer un investissement stratégique pour l’avenir. Dans le cas contraire, le déséquilibre commercial risque de peser durablement sur la stabilité macroéconomique.
Le troisième trimestre 2025 apparaît ainsi comme un signal clair : l’économie togolaise accélère, mais la bataille de la compétitivité et de la souveraineté économique reste ouverte.