Togo : la révolution silencieuse des données agricoles pour transformer l’ananas, le soja et le maïs en moteurs de croissance

Les points clés :

  • Le Togo modernise ses bases de données agricoles pour mieux structurer les filières ananas, mangue, maïs, soja et manioc.

  • L’initiative, soutenue par l’Union européenne et la coopération allemande, vise à renforcer la compétitivité et l’accès aux marchés.

  • La fiabilité des données devient un levier stratégique pour la productivité, l’agro-industrie et l’emploi rural en Afrique de l’Ouest.


Au Togo, la transformation agricole ne passe plus uniquement par les intrants ou les infrastructures. Elle s’appuie désormais sur un actif stratégique souvent sous-estimé : la donnée. Le gouvernement togolais a engagé une mise à jour structurée des bases de données agricoles afin de fiabiliser l’identification des acteurs des filières ananas, mangue, maïs, soja et manioc. Réunis récemment à Lomé, les professionnels du secteur ont travaillé à la révision des critères d’adhésion aux familles sectorielles, avec pour objectif de renforcer l’organisation des producteurs, coopératives et interprofessions.

L’initiative est portée par le Programme de promotion de la compétitivité du secteur privé (ProComp), soutenu par l’Union européenne et la coopération allemande à travers la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ). Elle s’inscrit dans une dynamique plus large de modernisation de l’économie togolaise et de structuration des chaînes de valeur agricoles.

L’agriculture, pilier de l’économie togolaise

L’agriculture représente environ 20 à 25 % du PIB togolais et emploie une part importante de la population active, selon les données de la Banque mondiale. Au-delà des chiffres, elle constitue un levier social et territorial majeur.

Le maïs, le manioc et le soja figurent parmi les cultures vivrières stratégiques, tandis que l’ananas et la mangue participent au positionnement du Togo sur les marchés d’exportation. Selon la base de données FAOSTAT de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la production de soja en Afrique de l’Ouest a connu une croissance soutenue ces dernières années, tirée par la demande régionale et internationale.

Le Togo s’est progressivement imposé comme un acteur notable sur certains segments, notamment le soja non OGM exporté vers les marchés asiatiques et européens. Cependant, l’un des défis structurels demeure la fragmentation de la production et la faiblesse de la traçabilité.

La donnée comme outil de gouvernance économique

La modernisation des bases de données agricoles vise à résoudre un problème central : l’asymétrie d’information. Dans de nombreux pays ouest-africains, l’absence de données fiables sur les producteurs, les superficies cultivées, les rendements et les organisations professionnelles limite l’efficacité des politiques publiques.

La FAO souligne dans plusieurs rapports que la qualité des statistiques agricoles conditionne la planification, la gestion des intrants et l’accès au financement. En actualisant les critères d’adhésion aux différentes familles sectorielles, le Togo cherche à professionnaliser ses interprofessions et à renforcer la gouvernance des filières. Une meilleure identification des acteurs permet d’optimiser la distribution des engrais, des semences améliorées et des appuis techniques.

Cette approche rejoint les recommandations de la Banque africaine de développement (BAD), qui insiste sur la digitalisation des systèmes agricoles comme facteur clé de compétitivité. Dans ses rapports sur la transformation agricole en Afrique, la BAD met en avant la nécessité de plateformes numériques pour améliorer la transparence et l’efficacité des chaînes de valeur.

Structurer les filières pour conquérir les marchés

La modernisation des données ne constitue pas une fin en soi. Elle vise à améliorer l’accès aux marchés nationaux et internationaux. L’Union européenne demeure un partenaire commercial stratégique pour les exportations agricoles ouest-africaines. Selon les données de la Commission européenne sur le commerce extérieur, l’UE est l’un des principaux débouchés pour les fruits tropicaux et certains produits transformés africains.

Dans ce contexte, la traçabilité devient déterminante. Les exigences sanitaires et phytosanitaires des marchés européens imposent des systèmes fiables d’identification des producteurs et de suivi des productions. Une base de données agricole actualisée constitue donc un outil essentiel pour répondre aux normes internationales.

Pour l’ananas et la mangue togolais, la conformité aux standards d’exportation conditionne la capacité à capter davantage de valeur ajoutée. Le développement de la transformation agro-industrielle locale dépend également d’une meilleure structuration des filières amont.

Pourquoi c’est important ?

Au-delà des exportations, l’enjeu est aussi social. L’amélioration de la planification publique et de l’accès aux intrants peut stimuler la productivité agricole. Selon la Banque mondiale, la croissance agricole est jusqu’à deux fois plus efficace pour réduire la pauvreté que la croissance dans d’autres secteurs en Afrique subsaharienne.

En renforçant les coopératives et les interprofessions, le Togo cherche à consolider des modèles économiques collectifs capables de négocier de meilleurs prix, d’accéder au crédit et d’investir dans la transformation locale.

Le soja et le manioc, par exemple, offrent un potentiel important pour l’agro-industrie régionale, notamment dans l’alimentation animale, la transformation en farine ou en amidon. La structuration des données facilite l’identification des volumes disponibles et la planification des investissements industriels.

La modernisation agricole togolaise s’inscrit dans une tendance régionale. Dans le cadre de la politique agricole de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), les États membres cherchent à renforcer la souveraineté alimentaire et la compétitivité des chaînes de valeur locales.

Précédent
Précédent

Commerce extérieur du Bénin : envolée des exportations, recul des importations, le pari gagnant du coton face aux marchés asiatiques

Suivant
Suivant

Togo : l’IPDCP accélère en 2026 pour faire de la protection des données un levier stratégique de l’économie numérique