Commerce extérieur du Bénin : envolée des exportations, recul des importations, le pari gagnant du coton face aux marchés asiatiques

Les points clés :

  • Les exportations béninoises ont bondi de 34,7 % au quatrième trimestre 2025, portées principalement par le coton.

  • Les importations reculent de 9,0 % sur la même période, confirmant un ajustement de la demande intérieure.

  • Le Bangladesh devient le premier client du Bénin, absorbant près de 36 % des ventes extérieures.


Au dernier trimestre 2025, le commerce extérieur du Bénin a connu un tournant spectaculaire. Selon les données officielles publiées par l’Institut National de la Statistique et de la Démographie (INStaD), les exportations de marchandises ont progressé de 34,7 % par rapport au troisième trimestre, tandis que les importations ont reculé de 9,0 %. Ces chiffres traduisent un rééquilibrage notable de la balance commerciale dans un contexte international pourtant marqué par des tensions logistiques, des fluctuations des cours des matières premières et un ralentissement de la croissance mondiale.

Le coton, moteur structurel des exportations béninoises

La dynamique haussière des exportations repose avant tout sur le coton, produit phare de l’économie béninoise. Au quatrième trimestre 2025, le « coton (à l’exclusion des linters), non cardé ni peigné » contribue à hauteur de 17 points de pourcentage à la croissance globale des exportations trimestrielles. En glissement annuel, sa contribution atteint 26,4 points.

Cette performance s’inscrit dans une tendance structurelle. Le Bénin figure parmi les principaux producteurs africains de coton, régulièrement en concurrence avec le Mali et le Burkina Faso pour la première place en Afrique de l’Ouest. Selon les données de la Banque mondiale, le coton représente historiquement entre 35 % et 40 % des recettes d’exportation du pays et constitue une source essentielle de revenus pour des centaines de milliers de ménages ruraux.

Au-delà du coton brut, d’autres produits soutiennent la hausse des exportations. Les « tourteaux et autres résidus solides » contribuent pour 4,2 points à la croissance trimestrielle, tandis que les « barres en fer ou en acier » ajoutent 3 points. Cette diversification, bien que marginale comparée au poids du coton, traduit un élargissement progressif de la base exportatrice.

En glissement annuel, les ventes extérieures progressent de 1,4 %, soutenues également par les « autres graisses végétales fixes » et les « fruits à coque comestibles ». Cette évolution confirme la montée en puissance des produits agricoles transformés, dans la continuité des politiques de valorisation locale engagées ces dernières années.

Une contraction marquée des importations

À l’inverse, les importations reculent de 9,0 % au quatrième trimestre 2025 par rapport au trimestre précédent, et de 11,2 % en glissement annuel. Cette baisse concerne notamment les produits pharmaceutiques spécifiques, les insecticides conditionnés pour la vente au détail et certains produits industriels comme les tubes et tuyaux rigides.

Plus significative encore est la diminution des importations de riz semi-blanchi, qui contribue à hauteur de –6,8 points de pourcentage à la contraction annuelle. Le riz constitue l’un des principaux produits alimentaires importés en Afrique de l’Ouest. Selon les données de la FAO, l’Afrique subsaharienne reste fortement dépendante des importations asiatiques pour sa consommation rizicole.

La baisse des importations d’« huiles de pétrole ou de minéraux bitumineux » (–3,9 points) traduit également un ajustement énergétique. Cette évolution peut être interprétée comme le reflet d’une modération de la demande intérieure ou d’une meilleure gestion des stocks stratégiques.

Le Bangladesh, pivot asiatique des exportations béninoises

Le quatrième trimestre 2025 consacre un basculement géographique majeur. Le Bangladesh devient le premier partenaire commercial du Bénin à l’exportation, représentant 35,9 % de la valeur totale des ventes extérieures.

Les exportations vers ce pays s’élèvent à 43,7 milliards de FCFA pour 45 278,6 tonnes de coton brut. Cette orientation s’explique par la puissance de l’industrie textile bangladaise. Selon les données de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), le Bangladesh figure parmi les plus grands exportateurs mondiaux de vêtements, dépendant largement des importations de coton brut pour alimenter son industrie.

L’Inde occupe la deuxième position avec 11,5 % des exportations béninoises, tandis que les États-Unis représentent 7,1 % des ventes, principalement sous forme de tourteaux et résidus solides.

Cette structuration des débouchés confirme un ancrage croissant du Bénin dans les chaînes de valeur asiatiques, tout en maintenant un accès au marché américain.

Lecture macroéconomique et cohérence régionale

Le commerce extérieur constitue un levier central de la croissance béninoise. Selon les Perspectives économiques régionales publiées par le Fonds monétaire international, la croissance en Afrique de l’Ouest reste étroitement liée aux performances des secteurs extractifs et agricoles.

La performance des exportations béninoises s’inscrit également dans le cadre plus large de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), portée par l’Union africaine. L’objectif est d’accroître la transformation locale et de réduire la dépendance aux matières premières brutes.

Cependant, la structure actuelle des exportations béninoises demeure dominée par le coton non transformé. Selon les bases de données de l’Centre du commerce international, la valeur ajoutée locale dans la filière reste encore limitée comparativement aux standards asiatiques.

Une trajectoire à consolider

La hausse de 34,7 % des exportations trimestrielles constitue un signal fort, mais elle repose sur une base sectorielle étroite. La volatilité des cours mondiaux du coton expose le pays aux cycles internationaux.

La contraction des importations, quant à elle, peut améliorer temporairement le déficit commercial, mais elle pose la question de la capacité d’investissement et de la demande interne.

Pourquoi est-ce important ?

Cette évolution du commerce extérieur béninois dépasse les frontières nationales. Elle illustre les dynamiques en cours dans l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest, où les économies cherchent à consolider leurs positions dans les chaînes de valeur mondiales tout en réduisant leur dépendance alimentaire et énergétique.

Le Bénin montre qu’une spécialisation agricole performante peut générer des gains rapides à l’exportation. Mais l’enjeu pour la région reste la transformation locale. Le Nigeria investit dans la substitution aux importations, la Côte d’Ivoire développe la transformation du cacao, le Sénégal renforce ses capacités agro-industrielles. Tous partagent le même défi : capter davantage de valeur ajoutée sur place.

L’essor des exportations béninoises vers l’Asie confirme l’intégration croissante de l’Afrique de l’Ouest dans les flux Sud-Sud. Cette orientation stratégique peut stimuler les revenus agricoles, améliorer les réserves en devises et renforcer la stabilité macroéconomique.

Mais pour transformer l’essai, l’économie béninoise devra accélérer la diversification, investir dans l’industrialisation textile et agroalimentaire et consolider ses infrastructures logistiques. Car derrière les chiffres spectaculaires du quatrième trimestre 2025 se joue une question fondamentale pour toute l’Afrique de l’Ouest : rester fournisseur de matières premières ou devenir acteur majeur de la transformation industrielle mondiale.

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