Transition énergétique en Afrique : 14 milliards de dollars injectés en 2025, mais une course à deux vitesses se dessine
Les points clés :
L’Afrique a mobilisé près de 14 milliards de dollars d’investissements dans les énergies propres en 2025 à travers 306 transactions.
Plus de 8 milliards de dollars ont été orientés vers la production d’énergie renouvelable, dominée par le solaire et l’éolien.
Les flux se concentrent principalement en Afrique australe et en Afrique de l’Ouest, avec une forte polarisation vers quelques marchés structurés.
En 2025, la transition énergétique africaine a franchi un cap symbolique. Selon le rapport Africa’s Power and Energy Transition Investment Report 2025 publié par Electron Intelligence le 17 février 2026, le continent a attiré près de 14 milliards de dollars de financements pour ses projets énergétiques propres. Au total, 306 transactions impliquant 142 investisseurs ont été recensées dans 43 pays africains.
Ces chiffres confirment une dynamique ascendante, dans un contexte où la pression climatique, la croissance démographique et les déficits énergétiques structurels imposent une transformation profonde des systèmes électriques africains. Mais derrière l’embellie globale se profile une réalité plus nuancée : la transition énergétique africaine progresse, certes, mais à plusieurs vitesses.
14 milliards de dollars : un signal fort dans un contexte mondial tendu
Les 14 milliards de dollars mobilisés en 2025 représentent un volume significatif pour un continent qui, selon l’Agence internationale de l’énergie, n’attire historiquement qu’environ 3 à 4 % des investissements mondiaux dans l’énergie. À titre de comparaison, selon le rapport World Energy Investment 2025 de l’Agence internationale de l'énergie, les investissements mondiaux dans l’énergie dépassent désormais 3 000 milliards de dollars par an, dont une majorité orientée vers les technologies propres.
Dans ce contexte global, la mobilisation africaine reste modeste en valeur absolue, mais elle marque un progrès par rapport aux années précédentes où les flux restaient largement inférieurs aux besoins estimés. La Banque africaine de développement estime que le continent a besoin de plus de 130 milliards de dollars par an pour combler son déficit énergétique et atteindre ses objectifs climatiques.
8 milliards pour la production renouvelable : le solaire en locomotive
Plus de 8 milliards de dollars ont été dirigés vers la production d’énergie renouvelable. Le solaire photovoltaïque domine largement, porté par la baisse continue des coûts technologiques et l’abondance du gisement solaire africain. Selon l’IRENA, le potentiel solaire africain est l’un des plus élevés au monde, mais moins de 1 % de cette capacité est actuellement exploitée. L’éolien et l’hydroélectricité complètent le mix, tandis que les projets de stockage par batteries commencent à attirer davantage d’investissements, signe d’une maturité croissante des marchés.
Mais la transition ne se limite pas à la production. Les segments liés aux réformes des services publics, aux réseaux de transport et de distribution, ainsi qu’au stockage énergétique, captent également une part croissante des capitaux. Cette diversification traduit une compréhension plus systémique des enjeux énergétiques africains : produire davantage ne suffit pas si les réseaux sont obsolètes ou incapables d’absorber l’électricité.
Dette, capitaux propres et financements mixtes : une architecture financière hybride
Le rapport souligne que la dette demeure la principale source de financement. Les institutions multilatérales jouent un rôle moteur, notamment le Groupe de la Banque mondiale et la Banque africaine de développement. La Union européenne intervient également via des mécanismes de subventions et de garanties, tandis que la Standard Bank figure parmi les acteurs privés les plus actifs.
Les financements mixtes, combinant capitaux publics et privés, se développent pour réduire le risque perçu sur des marchés encore jugés fragiles. Cette ingénierie financière devient indispensable dans un contexte où plusieurs pays africains font face à des contraintes budgétaires et à des niveaux d’endettement élevés.
Une transition à deux vitesses : l’Afrique australe et l’Ouest en tête
Géographiquement, les flux se concentrent principalement en Afrique australe et en Afrique de l’Ouest. Les marchés les plus attractifs restent l’Afrique du Sud, l’Égypte, le Nigéria et le Maroc. L’Afrique du Sud demeure le leader continental grâce à la maturité de son marché et à son programme de producteurs indépendants d’électricité. Le Nigéria, malgré ses défis macroéconomiques, attire des capitaux en raison de la taille de son marché et de ses réformes récentes du secteur électrique.
Le Maroc continue de capitaliser sur sa stratégie ambitieuse en matière de solaire et d’éolien, tandis que l’Égypte bénéficie de sa position stratégique et de projets d’envergure. Cette polarisation des flux reflète une réalité structurelle : les investisseurs privilégient les pays disposant d’un cadre réglementaire stable, de marchés financiers plus développés et d’une meilleure solvabilité des opérateurs publics.
L’Afrique de l’Ouest face au défi de la crédibilité réglementaire
En Afrique de l’Ouest, la dynamique reste contrastée. Si le Nigéria concentre l’essentiel des flux, d’autres pays comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou le Ghana progressent grâce à des partenariats public-privé et à des réformes tarifaires.
Selon la Banque mondiale, plus de 50 % de la population d’Afrique subsaharienne n’a toujours pas accès à l’électricité. Dans ce contexte, la transition énergétique ne relève pas uniquement de la lutte contre le changement climatique, mais d’un impératif de développement économique et social.
Un enjeu stratégique pour la compétitivité industrielle
L’accès à une énergie fiable et compétitive conditionne la transformation industrielle du continent. Selon la Commission économique pour l’Afrique des Nations unies, le coût élevé de l’électricité réduit significativement la compétitivité manufacturière africaine.
Pour l’Afrique de l’Ouest, la transition énergétique représente donc un levier d’industrialisation. La baisse progressive du coût des énergies renouvelables pourrait soutenir l’émergence de zones industrielles alimentées par des sources propres, réduisant la dépendance aux combustibles fossiles importés.
Pourquoi est-ce important ?
Les 14 milliards de dollars mobilisés en 2025 envoient un signal positif aux marchés, mais ils restent très en deçà des besoins estimés pour transformer structurellement les systèmes énergétiques africains. Pour l’Afrique de l’Ouest, l’enjeu dépasse la simple question climatique. Il s’agit de sécuriser l’approvisionnement énergétique, de soutenir la croissance industrielle, de réduire les importations de carburants et de renforcer l’intégration régionale à travers des interconnexions électriques.
Les efforts engagés par le Nigéria pour réformer son marché des changes et stabiliser son cadre macroéconomique, les investissements solaires du Sénégal, ou encore les ambitions ivoiriennes en matière de mix énergétique témoignent d’une prise de conscience régionale. Mais sans amélioration du climat des affaires, renforcement des institutions de régulation et réduction du risque pays, la transition énergétique africaine restera concentrée sur quelques pôles.
L’Afrique attire davantage de capitaux verts, mais la question décisive demeure : saura-t-elle transformer cet afflux en transformation durable, inclusive et compétitive ? Pour l’Afrique de l’Ouest, la réponse déterminera en grande partie sa trajectoire économique des deux prochaines décennies.