Cacao : le Togo décroche l’or mondial à Amsterdam et s’impose désormais sur le marché du chocolat premium

Les points clés :

  • Le cacao togolais remporte pour la troisième fois une distinction mondiale majeure.

  • Le pays se positionne progressivement sur le segment du cacao haut de gamme à forte valeur ajoutée.

  • Cette reconnaissance internationale pourrait transformer durablement l’économie agricole togolaise et ouest-africaine.


À Amsterdam, capitale européenne historique du commerce du cacao, le Togo vient de franchir un nouveau cap stratégique dans son ambition agricole. En remportant, pour la troisième fois, le prestigieux Cocoa of Excellence Awards 2026, le pays confirme une évolution silencieuse mais profonde : celle du passage d’un producteur marginal à un acteur reconnu du cacao d’excellence mondial.

La distinction, attribuée à l’issue d’une évaluation scientifique rigoureuse d’échantillons provenant des principaux bassins producteurs mondiaux, consacre cette année une performance exceptionnelle. Le Togo a décroché les deux médailles d’or réservées à l’Afrique et à l’océan Indien, une première qui repositionne le pays dans la cartographie internationale du cacao premium. La récompense a été officiellement reçue à Amsterdam par l’ambassadeur togolais auprès du Bénélux, lors d’une cérémonie réunissant producteurs, chocolatiers industriels, investisseurs agricoles et institutions internationales du secteur.

Une reconnaissance mondiale qui dépasse le symbole

Créé avec l’appui de la Organisation internationale du cacao (ICCO) et du Centre du commerce international, le programme Cocoa of Excellence constitue aujourd’hui la référence mondiale pour l’identification des cacaos fins et aromatiques. Selon les données de l’ICCO, moins de 8 % de la production mondiale de cacao est classée dans la catégorie « cacao fin », segment destiné principalement au chocolat haut de gamme et à la chocolaterie artisanale internationale.

Dans cet univers extrêmement sélectif dominé historiquement par l’Équateur, Madagascar ou le Pérou, la répétition des distinctions togolaises en 2021, 2023 et désormais 2026 traduit une amélioration structurelle de la qualité plutôt qu’un succès ponctuel. Les critères d’évaluation portent sur l’arôme, la fermentation, la traçabilité, la durabilité environnementale et les pratiques post-récolte, autant d’éléments devenus déterminants dans les chaînes d’approvisionnement mondiales.

Le repositionnement stratégique du cacao togolais

Longtemps resté dans l’ombre des géants régionaux que sont la Côte d’Ivoire et le Ghana, le Togo adopte désormais une stratégie différente. Plutôt que la course au volume, le pays privilégie la montée en gamme. La production togolaise demeure modeste à l’échelle mondiale, estimée entre 20 000 et 30 000 tonnes par an selon les statistiques agricoles régionales, mais elle bénéficie d’un avantage décisif : des exploitations de petite taille favorisant le contrôle qualité et la culture agroforestière.

Cette orientation correspond parfaitement à l’évolution du marché mondial du chocolat. D’après le rapport 2025 de la Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la demande mondiale pour les cacaos durables et traçables progresse plus rapidement que celle du cacao conventionnel, portée par les consommateurs européens et nord-américains. Le marché du chocolat premium connaît ainsi une croissance annuelle supérieure à 7 %, selon les analyses sectorielles publiées par l’International Trade Centre.

L’adhésion à l’Accord international sur le cacao 2026 : un tournant politique et économique

Cette consécration intervient dans un contexte stratégique marqué par l’adhésion récente du Togo à l’Accord international sur le cacao 2026, cadre multilatéral visant à améliorer la transparence du marché, la durabilité environnementale et la rémunération des producteurs.

Cet engagement rapproche le pays des standards internationaux en matière de gouvernance agricole, de certification et de commerce équitable. Selon l’ICCO, les pays engagés dans ces mécanismes bénéficient généralement d’un meilleur accès aux acheteurs internationaux et aux financements climatiques destinés aux filières agricoles durables.

Une opportunité économique majeure pour la transformation locale

Au-delà du prestige, la reconnaissance obtenue à Amsterdam ouvre une perspective économique bien plus large : celle de la transformation locale. L’Afrique produit près de 75 % du cacao mondial, mais capte moins de 10 % de la valeur générée par l’industrie chocolatière, selon la Banque mondiale. La majorité des revenus reste concentrée en Europe et en Amérique du Nord où s’effectue la transformation industrielle.

Pour le Togo, la reconnaissance internationale constitue un levier pour attirer des investissements dans la transformation semi-industrielle et artisanale : broyage, fabrication de beurre de cacao, poudre ou chocolat fini. Cette stratégie rejoint les politiques agricoles observées dans plusieurs économies ouest-africaines cherchant à sortir du modèle d’exportation brute des matières premières.

Le signal envoyé aux marchés internationaux

Dans les chaînes d’approvisionnement modernes, la réputation qualitative devient un facteur d’investissement aussi important que le volume produit. Un cacao primé peut se vendre 30 % à 200 % plus cher que le cacao standard sur les marchés spécialisés, selon les analyses du commerce international du cacao publiées par l’ITC.

La triple distinction du Togo agit ainsi comme une certification implicite auprès des chocolatiers premium européens, japonais et nord-américains, susceptibles de sécuriser des contrats directs avec les coopératives togolaises.

Pourquoi est-ce important ?

Le succès du cacao togolais dépasse largement les frontières nationales. Il illustre une mutation progressive de l’économie agricole ouest-africaine vers la qualité, la durabilité et la création de valeur locale. Alors que la Côte d’Ivoire et le Ghana cherchent à renforcer leur pouvoir de fixation des prix via des mécanismes communs, des pays comme le Togo, le Nigeria ou la Sierra Leone explorent une autre voie : celle du cacao différencié, premium et traçable.

Cette diversification réduit la vulnérabilité des économies agricoles face aux fluctuations internationales des prix des matières premières. Elle favorise également des revenus plus élevés pour les producteurs, limite la pression sur les terres agricoles et encourage des pratiques environnementales durables.

Pour l’Afrique de l’Ouest, région qui demeure le cœur mondial de la production cacaoyère, la montée en puissance de nouveaux acteurs qualitatifs pourrait redéfinir l’équilibre du marché global du chocolat au cours de la prochaine décennie. Le sacre d’Amsterdam confirme ainsi une tendance majeure : l’avenir du cacao africain ne se jouera plus uniquement sur la quantité produite, mais sur la capacité des pays à transformer leur excellence agricole en puissance économique durable.

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