Togo : une croissance de 6,3 % qui confirme l’émergence industrielle et la transformation structurelle de l’économie
Les points clés :
La croissance togolaise reste solide malgré un contexte international incertain.
L’industrie et les services deviennent les véritables moteurs économiques du pays.
Le modèle économique togolais s’oriente progressivement vers la transformation et la valeur ajoutée.
Au moment où plusieurs économies africaines subissent encore les effets combinés du ralentissement mondial, de la volatilité des matières premières et du durcissement des conditions financières internationales, le Togo affiche une trajectoire économique remarquablement résiliente. Les dernières données publiées par Institut national de la statistique et des études économiques et démographiques (INSEED) confirment une progression du Produit intérieur brut réel de 6,3 % au troisième trimestre 2025, comparativement à la même période en 2024.
Cette performance intervient après une croissance de 7,1 % enregistrée au deuxième trimestre, traduisant non pas un essoufflement, mais plutôt une normalisation du rythme d’expansion dans un environnement économique mondial marqué par l’inflation persistante, les tensions géopolitiques et le ralentissement des échanges internationaux, selon les analyses économiques publiées par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale.
Une économie qui change progressivement de visage
En valeur nominale, le PIB togolais atteint 1 840,6 milliards de FCFA, contre 1 729,2 milliards de FCFA un an plus tôt. Sur les neuf premiers mois de 2025, l’activité économique cumulée s’élève à 4 876,1 milliards de FCFA, contre 4 586,1 milliards en 2024, confirmant une tendance haussière continue.
Ces chiffres illustrent une transformation plus profonde qu’une simple reprise conjoncturelle. Depuis plusieurs années, le Togo cherche à réduire sa dépendance historique à l’agriculture primaire et aux activités commerciales informelles pour bâtir une économie davantage tournée vers l’industrie, la logistique et les services à forte valeur ajoutée.
Selon les perspectives économiques régionales publiées par la Banque mondiale dans son rapport Africa’s Pulse, l’Afrique de l’Ouest devrait enregistrer une croissance moyenne proche de 4 % en 2025, plaçant ainsi le Togo au-dessus de la moyenne régionale.
L’industrie, nouveau pilier de la croissance togolaise
Le véritable moteur de la performance économique observée demeure le secteur secondaire, dont la valeur ajoutée brute progresse de 9,1 %. L’industrie extractive enregistre une hausse notable de 16,6 %, portée notamment par l’exploitation du phosphate, ressource stratégique pour le pays. Le Togo figure parmi les principaux producteurs africains de phosphates, une filière historiquement centrale pour les recettes d’exportation.
Parallèlement, le bâtiment et travaux publics affiche une croissance spectaculaire de 22,9 %, reflet direct des investissements publics et privés dans les infrastructures routières, portuaires et industrielles. L’expansion des zones économiques spéciales, notamment autour de la Plateforme industrielle d’Adétikopé, contribue fortement à cette dynamique industrielle.
Les branches manufacturières montrent également une mutation structurelle. Le textile et l’habillement progressent de 43 %, tandis que la production de matériaux de construction bondit de 56,5 %, témoignant d’un effet d’entraînement entre industrialisation, urbanisation et investissements immobiliers. Selon la Banque africaine de développement, la transformation locale constitue aujourd’hui l’un des principaux leviers permettant aux économies africaines d’améliorer leur productivité et de capter davantage de valeur dans les chaînes d’approvisionnement mondiales.
Agriculture et services : des soutiens essentiels à la stabilité économique
Le secteur primaire enregistre une progression de 4 %, soutenue par l’agriculture, l’élevage et la sylviculture. Bien que moins dynamique que l’industrie, ce secteur demeure essentiel puisqu’il emploie encore une large part de la population active. Les réformes agricoles engagées ces dernières années, notamment dans la mécanisation, l’accès aux intrants et la structuration des filières, contribuent à stabiliser la production et à réduire la vulnérabilité alimentaire.
Le secteur tertiaire progresse quant à lui de 4,9 %, tiré par la vitalité des transports, des télécommunications et des services sociaux. Le positionnement stratégique du Port autonome de Lomé comme hub logistique régional renforce le rôle du pays dans les échanges commerciaux sous-régionaux. Les indicateurs conjoncturels liés à la production industrielle, au commerce et à la construction restent orientés à la hausse, suggérant une continuité de la dynamique économique jusqu’à la fin de l’exercice 2025.
Des performances soutenues malgré un environnement mondial contraignant
La croissance togolaise intervient dans un contexte international marqué par des taux d’intérêt élevés et une contraction relative des flux financiers vers les économies émergentes. Le FMI souligne dans ses perspectives économiques mondiales que plusieurs pays africains subissent encore les effets du renchérissement du financement extérieur.
Dans ce contexte, la performance du Togo s’explique également par une politique d’investissement public soutenue, des réformes du climat des affaires et une diversification progressive des moteurs économiques. Le pays s’appuie notamment sur des investissements logistiques, industriels et énergétiques visant à renforcer sa compétitivité régionale au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine.
Pourquoi est-ce important ?
La croissance enregistrée par le Togo dépasse la simple performance nationale. Elle révèle une mutation économique observée dans plusieurs pays ouest-africains cherchant à sortir d’un modèle basé exclusivement sur les matières premières brutes.
Dans l’espace UEMOA, des économies comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou le Bénin poursuivent également des stratégies d’industrialisation, d’investissement logistique et de transformation locale. Le cas togolais illustre cependant une dynamique particulière : celle d’un petit marché intérieur capable de devenir un hub industriel et commercial régional grâce à la logistique, aux zones industrielles et aux services. Cette évolution renforce l’attractivité de l’Afrique de l’Ouest auprès des investisseurs internationaux à la recherche de nouvelles bases manufacturières proches des marchés africains en expansion.
À moyen terme, la consolidation de cette croissance pourrait favoriser la création d’emplois industriels, l’élargissement de l’assiette fiscale et une meilleure résilience face aux chocs extérieurs. Pour l’économie ouest-africaine, la trajectoire togolaise constitue ainsi un indicateur clé d’un changement plus large : le passage progressif d’économies d’exportation primaire vers des économies de transformation intégrées aux chaînes de valeur régionales et mondiales.